AIR COMPUIMÉ : RÉSUMÉ ET CRITIQUES
née. Dans Tair raréfié, nous l'avons vu, les veines et les capilaires superficiels se remplissent, comme si le sang était appelé à a périphérie; dans l'air comprimé, ces vaisseaux se vident, comme i le sang était refoulé' vers les profondeurs. De là, danis le premier as, la théorie de la ventouse générale ; dans le second, celle de écrasement : « l'air comprimé, dit encore M. Foley, qui revient fréuemment sur cette idée avec une énergie singulière, aplatit notre [luqueuse aérienne dans sa totalité » (p. 393).
Les autres auteurs sont généralement plus prudents ; ils se senînt embarrassés par la physique qui proteste contre leur doctrine. lien de plus curieux que les efforts de M. Bucquoy pour échapper à etle contradiction ; mais sa théorie de la pression progressivement écroissante, à mesure qu'on va de la peau aux tissus profonds, 'est pas soulenable (p. 477). Je signale aussi les idées dé M. Junod, e G. Lange, de M. Leroy de Méricourt, sur le prétendu rcfoulelent du sang dans le cerveau, dû à ce que celui-ci. protqgé par i boîte crûnienne, ne pourrait être comprimé directement comme î reste du corps; ces auteurs ont oublié qtie la pression se translet instantanément à la moelle épinière et au cerveau par d'autres oies que les vaisseaux sanguins, en sorte qu'il y a dans cet organe ^inine ailleurs égalité de pression, et que la circulation du sang 'y peut être nullement modifiée*
Biais si l'on peut comprendre que la complexité des conditions résentées par le corps humain, considéré dans son ensemble, ait nlraîné des esprits distingués à des erreurs physiques aussi étonantes, on ne peut guère s'expliquer comment, lorsque là question été réduite à ses termes les plus simples, ils n'aient pas, du prelier coup, reconnu quelle faute ils commettaient. Et cependant, ous avons vu Vivenot, dans le but d'expliquer les modifications ue le séjour dans l'air comprimé apporte dans la forme du pouls, istituer l'étrange expérience plus haut rapportée (p. 493), et pré- 3ndre qu'une pression d'un tiers d'atmosphère suffit pour modifier 3 volume et la réaction élastique d'une poire de caoutchouc remlie d'eau.
J'ai eu la curiosité de répéter cette expérience, non pour m'édier à son sujet, mais pour savoir ce qui avait pu faire obtenir à ivenot des Iracés graphiques différents dans l'air normal et dans 'air comprimé; il est résulté de mes Icnlatives que très-vraisemilablement Vivenot n'avait pas bien fermé son appareil, et que, en utrc, il y avait laissé de l'air. On compivnd qu'il soit absolument
inulilc d'insister sur des conclusions c( ganz unpliysikaliscb b, comme dit Irès-jusleraent Panum. Le plus curieux de raffaire, c est que celle expérience, si étrangement conçue et si malheureusement conduite, a été acceptée et prônée del deux côtés du Rhin. Vivenot a fait une expérience ! dit-on. Et cela suffit à beaucoup de gens; car il existe toute une école médicale dont les sectateurs n'ont, bien entendu, jamais hanté les laboratoires, mais pour qui le mot « expérience » lient lieu de tout, comme le « tarte à la crème » de la comédie.
Pravaz n'a pas manqué d'appliquer à la compression la théorie que nous avons déjà citée plus haut (p. 560), à propos de la décom« pression. Selon lui, le sang est appelé avec plus d'énergie dans les organes profonds lors de l'inspiration dans l'air comprimé, parce que la pression extérieure agit plus énergiquement sur le système veineux. Mais, comme nous Tavons dit déjà, il faudrait démontrer que dans Tair comprimé la pression négative intra-thoracique est plus forte qu'à une atmosphère. Les conclusions de Vivenol l'aflirmenl, il est vrai, mais j'en ai cherché vainement la preuve dans son livre.
Je citerai enfin rintéressanle théorie développée par M. Bouchard (p. 505). Selon lui, la paroi abdominale, refoulée parla pression à cause de la diminution de volume des gaz intestinaui, tendrait à se redresser par son élasticité, et exercerait ainsi sur les organes abdominaux une sorte de succion, qui aurait pour conséquence d'y emmagasiner le sang : d'où les congestions viscérales et l'anémie générale. Je ne saurais, quant à moi, accepter ceHe idée originale; il n'y a pas que la paroi abdominale qui soit portée en dedans; le diaphragme est dans le môme cas, et nous avons yh que le diamètre vertical de la poitrine s'agrandit. Or il me semble impossible d'admettre que ces membranes musculaires présentent une élasticité suffisante pour se roidir contre la compression et opérer ainsi ventouse : elles doivent, au contraire, le diaphragme 1^ surtout, lui céder fort docilement. p
11 n'en est pas moins vrai que, pour des raisons quelconques, le sang parait refoulé de la périphérie vers les organes profondémeot li situés; de là des modifications importantes dans la circulation et h fi nutrition des diverses parties du corps, modifications dont on sent m\ que la thérapeutique a pu tirer grand profit, dont on comprend m que la santé peut, lorsqu'elles persistent trop longtemps, avoir à tn^ souffrir. ■¥