Idem, ibid., t. III, p
4. Les trois saints Germain de Paris. Paris, 1865, in-8. (Extrait du XXVIIIe volume des Mémoires de la Société des Antiquaires de France.
i s» DAVITY, RANCHIN, ROCOLES.
vers l'emplacement du ci-devant Marché-Neuf, c'està-dire à une cinquantaine de pas sur la gauche quand on avait traversé le Petit-Pont.
L'origine de Saint-Germain-des-Prés ne peut pas donner lieu à contestation. 11 est certain que cette église fut fondée par Childebert 1er, et que^ consacrée d'abord sous l'invocation de Sainte-Croix et de Saint-Vincent, elle dut le nom sous lequel elle est encore connue à la vénération du peuple pour le corps du bienheureux Germain, évéque de Paris, qui y fut déposé en 577. L'origine des deux autres Saint-Germain est restée un problème.
D'après une conjecture déjà exprimée par Du Breul, Saint-Germain-le- Vieux aurait commencé par être une petite communauté de religieux bourguignons, établie par l'évèque Germain dans les dépendances du baptistère primitif de Paris. D'autre part, une tradition qu'on ne peut pas faire remonter bien haut représente Saint- Germain-PAuxerrois comme une fondation de Childebert, à peu près contemporaine de Sainte-Croix et Saint- Vincent. D'un côté comme de l'autre, les preuves font défaut; de sorte que si l'on veut s'en tenir au témoignage des documents, on n'a rien de plus ancien à placer dans l'histoire de la première de, ces églises, que l'inhumation de saint Landry, mort en 656 ; et rien de plus ancien à placer dans l'histoire de la seconde que la translation des reliques de l'évèque Germain, qui y furent apportées de Saint- Vincent lors du siège de Paris par les Normands, en 885.
Un texte dont je crois qu'on n'a jamais bien saisi le sens, en m'ouvrant les yeux sur le véritable fondateur de Saint-Germain-le- Vieux, m'a procuré le moyen de conjecturer avec quelque chance de réussite, je l'espère, quel fut celui de Saint-Germain-l'Auxerrois.
Bertchram, évéque du Mans, sous Clotaire II, avait
été l'un des disciples préférés de Saint-Germain, évêque de Paris. Il fit son testament en 615; on y lit la clause suivante :
« Basilicœ domni et peculiaris patrini met Germant épiscopis qui me dulcissïme nutrivit et sua sancta oratïone etsi indignum ad sacerdotii honorem perduxit, si supersistit in basilica domni Vincent iiy ubi ejus sanctum corpusculum requiescit, donari jubeo in honorem sepiàturœ suce villam Bobanœ, qui est in territorio Stampense, super Jluvio collœ, quam mihi gloriosissimus domnus Chlotarius rex suo muner e contulit. Qiiod jubea ea conditione ut, si sanctum corpus ejus in basilica nova} quant inclytus Chilpericus quondam rex construxit } si convenerit ut inibi transferatur} villa ipsa, ubi sanctum ejus corpus fuerit semper ibi deserviat, ut ipse sanctus pontifex, pro mets facinoribus deprecari dignetur. Rogo, abba il lus tris loci illius, ut nomen me uni in libro vitœ récit et tir i. »
Je traduis en français :
« A la basilique de mon seigneur et patron particulier l'évèque Germain, qui m'a nourri de ses doux enseignements, et qui, par sa sainte intercession, m'a fait parvenir aux honneur suprêmes du sacerdoce, s'il reste dans la basilique de monseigneur Vincent, où repose sa sainte dépouille, j'entends donner en l'honneur de sa sépulture le domaine de Boba, dans le pays d'Etampes, sur la rivière d'Ecole 2, lequel je tiens de la munificence du très glorieux roi Clotaire. Ce que je
1. Pardessus. Diplomata, chartee, etc., ad res gallo-francicas spectantia, t. Itr, p. 202.
■z. Aujourd'hui Saint-Germain-sous-Ecole, arrondissement d'Etampes, Seine-ct-Oise.
i6o DAVITY, RANCH IN, ROC OLE S.
prescris à la condition que, si l'on s'accorde à transférer son saint corps dans la nouvelle basilique que le feu roi Chilpéric a construite, le revenu du domaine y aille également pour toujours, et partout où sera le même corps saint, afin que ledit saint pontife me fasse la grâce d'intercéder pour mes péchés. Illustre abbé du lieu, je vous prie de veiller à ce que mon nom soit porté sur le livre des commémorations. »
Mabillon et l'historien de Saint-Germain-des-Prés, dom Bouillart, ont entendu ce passage comme s'il n'y était question que d'une seule et même église. Au premier abord, on peut s'en étonner, car l'opposition entre la basilique de Saint-Vincent et une basilique neuve construite par Chilpéric est exprimée aussi clairement que possible; mais il faut savoir que Saint-Germain n'avait pas été inhumé d'abord dans la basilique même de Saint-Vincent. Le corps, déposé dans une chapelle attenante qui formait un édicule à part sur le flanc méridional de l'église, resta en cet endroit jusqu'en 752. C'est sur cette circonstance que les Bénédictins ont fondé leur interprétation. Ils ont cru que l'opposition était entre la basilique proprement dite et la chapelle attenante. Pour Mabillon1, l'édifice nouveau était une reconstruction de la basilique childebertine, laquelle aurait péri par un accident quelconque à la fin du XVIe siècle. Pour dom Bouillart2, c'était seulement une reconstruction de la chapelle. Mais on objectera à Mabillon que, si la basilique de Saint-Vincent, l'un des plus beaux monuments de la Gaule barbare, avait été détruite du temps de Chilpéric, Grégoire de Tours n'aurait pas manqué de le dire. On objectera à dom Bouillart que,