Recherches sur Parisl t. 1er. Quartier du Louvre
i<52 DAVITY, RANCHIN, ROCOLES.
Aucun des systèmes suggérés par la clause du testament de Bertchram n'est donc acceptable. Il y a lieu, par conséquent, d'en propeser un autre, et la voie naturelle pour arriver là est de dégager bien nettement toutes les données fournies par le texte.
Les mots qui sont en tête de la clause, Basiliae domni Germant episcopi} impliquent tout d'abord l'éventualité du legs. Il se rapporte à l'une comme à l'autre des églises qui seront nommées ensuite : d'une part, à Saint-Vincent, propriété du saint évêque, qui, de son vivant, l'avait reçue en don du roi Childebert1 • d'autre part, à la basilique bâtie par Chilpéric, laquelle ne pouvait être considérée comme basilique de Saint-Germain, qu'autant qu'elle avait été dédiée à sa mémoire. Une église connue, qui n'était pas sous le vocable de Saint- Germain, et une église inconnue, qui était nécessairement sous ce vocable, sont donc englobées dans le terme général « à la basilique de mon seigneur Germain. »
Passons maintenant à la disposition qui termine la clause. Abba illustris locï illius est une invocation qui répond aussi à l'éventualité du legs ; elle s'adresse au supérieur, quel qu'il soit, de l'une ou de l'autre église, de la basilique Saint- Vincent ou de la basilique bâtie par Chilpéric. Le latin met locï illius au lieu de alterutrlus loci; mais c'est du latin barbare auquel- il ne faut pas demander la précision des termes. Pour les gens du XVIIe siècle, il n'y avait pas à hésiter sur le sens, attendu qu'on n'avait le droit de demander sa comme-
i. « Inclitus iste princeps Parisius basilicam in honore Sanctae Crucis et domni Vincentii vel reliquorum sanctorum in unum membrum construxit... ut largitatis suae copiam per testamenti sui paginam nobis habere decrevit. » Privilegium Sancti Germani, ann. %C6.
moration qu'à l'église à qui Ton avait donné quelque chose pour son obit. Le don de Bertchram était conditionnel ; il devait accompagner le corps de saint Germain, rester à Saint-Vincent si le corps y restait, passer à la nouvelle basilique si la translation avait lieu; et, comme un abbé est chargé dans les deux cas d'exécuter la volonté du testateur, c'est que la basilique neuve, aussi bien que la basilique Saint-Vincent, était desservie par la communauté de moines.
Ainsi, il s'agit de trouver une église monastique placée sous l'invocation de Saint-Germain-de-Paris, et assez ancienne pour qu'on en puisse attribuer la fondation à Chilpéric Ier.
Saint-Germain-le- Vieux ne remplit-il pas toutes ces conditions ? Son surnom est le certificat de son antiquité ; son titre fut toujours celui de l'évéque de Paris 5 le premier texte où cette église soit mentionnée de manière à n'être pas confondue avec ses homonymes, la représente comme une maison d'ascètes, arcisterlum 1, ce qui dans le latin barbare, a été la même chose qu'asceterlicm ou monasterium2.
Je me hâte d'ajouter que rien ne s'explique mieux que la construction d'une basilique, accomplie peu de temps après la mort de saint Germain avec l'intention de faire venir son corps dans la Cité. L'église Saint-Vincent avait une situation exceptionnelle. Par la richesse de sa dotation, par la magnificence de ses bâtiments, par l'immunité qu'un synode d'évèques lui avait accordée en 566, à la demande de saint Germain lui-même, elle éclipsait déjà la cathédrale de Paris. Posséder la sépul-
1. <( Tune corpus bcatissimi Gcrmani in arcisterium ejusdom sancti pontificis, in civitatc prxdicata situm, ab ipsis monachis dclatum fuit. » Aimoni monachi historia, lib. V, cap. 41.