LES MÊMES. LUCIEX, LE COMTE
LuciEX (poussant un cri de surprise). Ali !
Le Comte. — Ciel !
Lucien. — Est-ce une vision ?. . . (Au Comte.) Eegardez !
Le Comte. — Ces traits. . . mais c'est. . .
Lucien. — Ce sont les traits de mon père.
Horace. — Lucien !
D'Antas. — Que dit-il ? (Ogarîto regarde Lucien et le Comte, puis il va de l'un à l'autre ef secoue la tête comme pour dire : je ne les connais PAS.)
Le Comte. — Est-ce un miracle du ciel ? Qui es-tu, toi qui m'apparais comme un souvenir vivant ? Oh ! parle-moi, parle-moi.
Horace. — Hélas ! monsieur, c'est un enfant de ce pays sauvage qui ne peut ni vous comprendre ni vous parler.
Le Comte. — Et cependant, c'est toi . . . c'est bien. . . (Avec tristesse.) Xon, j'oubliais ces longues années écoulées ; Lucien, ce n'est pas lui, ce n'est que l'image de ton pauvre père.
LuciEX. — Oui, mon père . . . éclatant de jeunesse comme je le revois dans mes rêves.
D'AxTAS. — Ainsi donc, monsieur Lucien, Ogarito ressemble à votre père, à monsieur de Théringe ?
Le Comte. — Mon fils ne portait pas le nom de Théringe. Il a toujours porté le nom de son château de Languedoc.
Lucien. — Il s'appelait Raoul de Lascours.
D'Antas (à part). — Eaoul de Lascours !
Luciex (au Comte). — Mais lui qui nous rappelle tout ce que nous avons aimé, nous ne le quitterons pas ', nous l'emmènerons, n'est-ce pas ?
Le Comte. — Certainement.
Horace. — L'emmener, je le voulais, mais le marquis d'Antas s'y est opposé.
LuciEX. — Vous, monsieur ! c'est impossible.
Le Comte. — ^lonsieur, je vous en conjure.
D'Antas. — Monsieur de Laval, éloignez ce jeune homme.
Le Comte. — Monsieur, au nom du ciel.
Lucien. — Grâce !
Horace. — Georges, parlez, que ferez-vous ?
Georges. — Ami, ce n'est ni mon désir, ni mon cœur qu'il m'est permis de consulter ; il y a ici une volonté plus forte que la mienne.
D'i\.NTAS (avec force). — Et je vous ordonne d'ol)éir !
Horace. — Arrêtez ! . . . pour la dernière fois, consentez-vous à rétracter cet ordre ?
D'Antas. — Xon.
Horace. — Eh bien, Georges, je vais vous rendre libre de n'écouter que le cri de votre conscience. (Il tire son épée.) Capitaine Georges de Laval, je vais vous faire seul maître de votre bord . . . Marquis d'Antas, si votre épée n'est pas celle d'un lâche, défendez-vous.
D'Antas. — Soit! (Il dégaine. — Les armes se croisent.
Lucien. — Arrêtez ! (Il se jette entre eux.) Grand-père ! c'est pour nous qu'il veut mourir. . . Et toi. Dieu des faibles et des orphelins . . .
Ogarito. — Ah ! (Il s'élance vers Lucien et lui met la main sur la bouche.) Dieu des faibles... et des orphelins ...
Le Comte. — Ecoutez, écoutez !
Lucien (avec force). — Sauve-nous. . .
Ogarito (s' agenouillant). — Sauve-nous du gouffre qui dévore et du méchant qui tue. . .
Le Comte. — La prière que récitait son père . . . et qu'il a transmise à son enfant !
Lucien. — Mon frère ! mon frère ! (A d'Aiitas.) Vous voyez bien, monsieur, que c'était mon frère.
Le Comte. — Oserez-vous encore ordonner qu'on nous sépare.
D'Antas. — Xon. monsieur, non. Le marquis d' Antas n'est pas aussi terrible que le suppose cet excellent monsieur Horace. Capitaine, disposez tout pour le départ.
Le Comte, — Oh ! merci, monsieur, merci.
D'Antas (à part). — C'est une fatalité ; mais je me charge de veiller sur lui.
Lucien. — Eegrettes-tu de quitter ce pays, de partir avec nous ... de voir la France.
Ogarito. — France ! France ! (// serre la )nain de Lucien.)
D'Antas — Partons !
LA toile tombe.