‹ La prière des naufragésChapitre 23 sur 41 · LES MÊMES. LUCIEX, LE COMTE · texte numérisé non relu

LES MÊMES. LUCIEX, LE COMTE

LuciEX (poussant un cri de surprise). Ali !

Le Comte. — Ciel !

Lucien. — Est-ce une vision ?. . . (Au Comte.) Eegardez !

Le Comte. — Ces traits. . . mais c'est. . .

Lucien. — Ce sont les traits de mon père.

Horace. — Lucien !

D'Antas. — Que dit-il ? (Ogarîto regarde Lucien et le Comte, puis il va de l'un à l'autre ef secoue la tête comme pour dire : je ne les connais PAS.)

Le Comte. — Est-ce un miracle du ciel ? Qui es-tu, toi qui m'apparais comme un souvenir vivant ? Oh ! parle-moi, parle-moi.

Horace. — Hélas ! monsieur, c'est un enfant de ce pays sauvage qui ne peut ni vous comprendre ni vous parler.

Le Comte. — Et cependant, c'est toi . . . c'est bien. . . (Avec tristesse.) Xon, j'oubliais ces longues années écoulées ; Lucien, ce n'est pas lui, ce n'est que l'image de ton pauvre père.

LuciEX. — Oui, mon père . . . éclatant de jeunesse comme je le revois dans mes rêves.

D'AxTAS. — Ainsi donc, monsieur Lucien, Ogarito ressemble à votre père, à monsieur de Théringe ?

Le Comte. — Mon fils ne portait pas le nom de Théringe. Il a toujours porté le nom de son château de Languedoc.

Lucien. — Il s'appelait Raoul de Lascours.

D'Antas (à part). — Eaoul de Lascours !

Luciex (au Comte). — Mais lui qui nous rappelle tout ce que nous avons aimé, nous ne le quitterons pas ', nous l'emmènerons, n'est-ce pas ?

Le Comte. — Certainement.

Horace. — L'emmener, je le voulais, mais le marquis d'Antas s'y est opposé.

LuciEX. — Vous, monsieur ! c'est impossible.

Le Comte. — ^lonsieur, je vous en conjure.

D'Antas. — Monsieur de Laval, éloignez ce jeune homme.

Le Comte. — Monsieur, au nom du ciel.

Lucien. — Grâce !

Horace. — Georges, parlez, que ferez-vous ?

Georges. — Ami, ce n'est ni mon désir, ni mon cœur qu'il m'est permis de consulter ; il y a ici une volonté plus forte que la mienne.

D'i\.NTAS (avec force). — Et je vous ordonne d'ol)éir !

Horace. — Arrêtez ! . . . pour la dernière fois, consentez-vous à rétracter cet ordre ?

D'Antas. — Xon.

Horace. — Eh bien, Georges, je vais vous rendre libre de n'écouter que le cri de votre conscience. (Il tire son épée.) Capitaine Georges de Laval, je vais vous faire seul maître de votre bord . . . Marquis d'Antas, si votre épée n'est pas celle d'un lâche, défendez-vous.

D'Antas. — Soit! (Il dégaine. — Les armes se croisent.

Lucien. — Arrêtez ! (Il se jette entre eux.) Grand-père ! c'est pour nous qu'il veut mourir. . . Et toi. Dieu des faibles et des orphelins . . .

Ogarito. — Ah ! (Il s'élance vers Lucien et lui met la main sur la bouche.) Dieu des faibles... et des orphelins ...

Le Comte. — Ecoutez, écoutez !

Lucien (avec force). — Sauve-nous. . .

Ogarito (s' agenouillant). — Sauve-nous du gouffre qui dévore et du méchant qui tue. . .

Le Comte. — La prière que récitait son père . . . et qu'il a transmise à son enfant !

Lucien. — Mon frère ! mon frère ! (A d'Aiitas.) Vous voyez bien, monsieur, que c'était mon frère.

Le Comte. — Oserez-vous encore ordonner qu'on nous sépare.

D'Antas. — Xon. monsieur, non. Le marquis d' Antas n'est pas aussi terrible que le suppose cet excellent monsieur Horace. Capitaine, disposez tout pour le départ.

Le Comte, — Oh ! merci, monsieur, merci.

D'Antas (à part). — C'est une fatalité ; mais je me charge de veiller sur lui.

Lucien. — Eegrettes-tu de quitter ce pays, de partir avec nous ... de voir la France.

Ogarito. — France ! France ! (// serre la )nain de Lucien.)

D'Antas — Partons !

LA toile tombe.

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