‹ La prière des naufragésChapitre 24 sur 41 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

D'aNTAS, GEORGES.

{Au lever du rideau, Georges est assis, pensif, près d'une table ; on frappe plusieurs coups^ à une porte latérale sans que ce bruit le tire de sa rêverie ; enfin la porte s'ouvre et d'Antas paraît.)

D'Antas. — Monsieur de Laval, je vous salue.

Georges. — Ah î c'est vous, monsieur le marquis ?

D'Antas. — Je vous ai dit hier de m'attendra ici, chez le comte, et je vois avec plaisir que vous êtes exact ... Je vous reproche seulement de m'avoir laissé frapper sans m'ouvrir. . .

Georges. — Pardon, je n'avais pas entendu.

D'Antas. — C'est possible. Du reste, n'oubliez pas que de faire la sourde oreille avec moi, c'est du temps perdu, car j'ai toujours une double clef des serrures et au besoin je les brise.

Georges. — Je vous répète, monsieur, que je n'avais pas entendu frapper. . .

D'Antas. — X'en parlons plus . . . C'est égal, il faut vous soigner, mon cher, votre santé m'inquiète.

Georges. — Comment ?

D'Atas. — Oui, vous avez mal à la conscience

et je ne connais rien de plus malsain que les scrupules. Guérissez-vous de cela.

Georges. — Croyez-vous donc que je puisse me résigner à une existence pareille ? . . . Je ne m'appartiens plus, une main de fer pèse sur moi ... Je subis la volonté d'un maître inflexible.. . Oh ! ne me rendrez-vous jamais ma liberté?

D'Antas. — Votre liberté ? Ingrat ! quand j'ai tant fait pour lui.

Georges. — Vous ?

D'Antas. — Xous sommes en France depuis deux mois à peine, et vous avez la meilleur part de faveurs du régent . . . Cette haute position, n'est-ce pas à moi que vous la devez ? N^est-ce pas moi qui vous ai placé près de son altesse.

Georges. — r Pour que je vous y servisse d'instrument et d'espion.

D'AxTAS. — Parbleu ! où serait la nécessité de faire le bien, si l'on n'y gagnait pas ? . . . Maintenant, parlons d'autre chose, je vous prie, et répondez à mes questions.

Georges, — Si je refusais de répondre ?

D'Antas. — Allons donc !

Georges. — Je refuse !

D'Antas. — A votre aise. . . Un jour, monsieur Georges de Laval, entraîné à de folles dépenses, a, pour se procurer de l'argent, signé un parchemin d'un autre nom que le sien . . .

Georges. — Oh ! taisez-vous !

D'Antas. — Cela s'appelle un faux, je crois.

Georges. — Plus bas, plus bas . . .

D'Antas. — Moi, j'ai acheté ce précieux par-

chemin, et avant une heure il sera remis au régent.

Georges. — Soit ! je serai perdu.

D'Antas. — Mais votre perte, c'est la honte de votre nom, le déshonneur de toute une famille.

Georges. — Mon père ! . . .

D'Antas. — Je vois que vous allez me répondre. . . Ainsi, depuis son arrivée à Paris, le comte de Théringe croit toujours qu'il habite une hôtellerie louée par vous ?

Georges. — Il le croit.

D'Antas. — Il ne soupçonne pas la main mystérieuse qui l'enferme comme dans un cercle magique, l'œil qui le regarde agir, l'oreille qui l'écoute parler !

Georges. — Non . . . cependant, ce qui se passe autour de lui commence à lui sembler étrange.

D'Antas. — Et vous avez soin, comme je vous en ai chargé, d'éloigner ses soupçons ?

Georges. — Oui !

D'Antas. — Bien ! . . . Où est monsieur Horace aujourd'hui ?

Georges. — Au Palais-Eoyal où il sollicite une lieutenance.

D'Antas. — Je ne m'oppose pas à ce qu'on la lui donne . . . s'il est sage . . . dans un régiment des colonies. En attendant faites, je vous prie, annoncer ma visite à monsieur le comte, et allez chez son altesse attendre de nouvelles instructions. (Georges sort.)

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