‹ La prière des naufragésChapitre 6 sur 41 · MÉDOC, CARLOS · texte numérisé non relu

MÉDOC, CARLOS

Carlos. — Qu'y a-t-il donc ?

MÉDOC. — Oh ! rien ! monsieur le passager.

Carlos. — Tu te disputais^ il me semble ?

Médoc. — • Avec ce moucheron de Babilas.

Carlos. — Babilas ? . . . est-ce un des nôtres ?

MÉDOC. — Dieu merci, non ! je ne lui en ferai que mieux son affaire.

Carlos. — Alors, nous avons des récalcitrants ? i

MÉDOC. — Oh ! si peu !

Carlos. — Combien ?.

MÉDOC. — Six.

Carlos. — Pas davantage ?

MÉDOC. — Non, monsieur.

Carlos. — Détaille-les.

MÉDOC. — Il y a le second qui ne sait rien, le mousse Camuset qui ne comprend pas, les nommés Boursicot, Tronche et Délicat, des matelots frileux, et ce coquin de Babilas. . . total, six.

Carlos. — Tu te trompes.

. MÉDOC. — Comment ?

Carlos. — J'en trouve huit, moi.

MÉDOC. — Par exemple î

Carlos. — C^est que tu oublies le capitaine, M. de Lascours.

MÉDOC. — Celui-là ne compte pas.

Carlos. — Il com]ito au moins pour deux, je t'en réponds.

MÉDOC. — Soit, ils sont huit.

Carlos. — Et nous ?

MÉDOC. — Vingt-quatre et des plus solides.

Carlos. — C'est assez.

MÉDOC. — J'espère que vous êtes content de moi, M. Carlos, car j'ai rudement travaillé, pour ma part : en quittant Diinkei-(|ue nous li'étions que dix ; au Cap ITorn j'en avais gagné six

autres, et maintenant nous voilà vingt-quatre. . . Ah ! j'ai eu beaucoup de mal, car ces dial)les de matelots ont la tête dure et Thonneur tendre.

Carlos. — Aussi, maître Médoc, seras-tu récom])ensé comme tu le mérites.

MÉDOC. — A quand les violons ? . . . Je n'ai pas de conseils à vous donner, M. Carlos, mais^^ous savez qu'on arrive, que Téquipage est impatient, que la mèche peut s'éventer. . .

Carlos. — A a demander au capitaine Eaoul de Lascours s'il veut faire au passager Carlos l'honneur de le recevoir.

MÉDOC. — Je pourrai donc tordre le cou à ce vilain poulet.

Carlos. — Qui menaces-tu de la sorte ?

MÉDOC. — Babilas, qui gambade là, sur l'avant, avec le petit du capitaine.

Carlos. — Il est fort gentil ce petit Eobert ! (Robert entre en courant suivi de Bahilas.) Estce que je te fais peur, mon enfant ? . . .

Babilas. — Mais oui, vous lui faites peur. . . et lui aussi, là-bas, le père Médoc . . . que requin que ce père Médoc. (// sort en entraînant Robert.)

MÉDOC. — Je vais faire votre commission.

Carlos {le retenant). — A propos, Médoc...

MÉDOC. — Plaît-il, Monsieur ?

Carlos. — Quand tu remonteras, ne perds pas de vue cet enfant.

MÉDOC. — Convenu. {A part). Quel homme ? il pense à tout. {Il descend chez \e camtaine.)

Carlos (seul). — Un délicieux tableau ! La mer est d'un calme parfait, le vent caresse les

voiles, le soleil dore. les cordages, et cet enfant qui joue complète un ensemble très pittor.esque de repos, de lumière et de douce harmonie. . . Moi, j'ai mis mon habit neuf ; ma «tenue est irréprochable, comment deviner en moi et autour de moi le prélude d'un événement terrible ? . . . Chose étrange que la vie humaine avec ses contrastes, et que c'est bien en vérité une ironie éternelle ! . . . Un éclair, et les vagues vont rugir : tm mot, et le sang va couler ! . . Sers-moi de modèle, océan perfide, qui caches si bien sous une surface riante, tes monstres et tes al)îmes . . . Est-ce encore assez curieux, cela ? Je connais à peine M. de Lascotirs, et il dépend de lui que je reste tout simplement un homme habile, ou que je devienne un criminel de premier ordre. . . Ma foi, que le hasard décide, je suis prêt !

MÉDOC (entrant). — Monsieur . . .

Carlos. — Eh bien ?

iAlÉDOc. — Au lieu de vous recevoir chez lui. le capitaine vient vous trouver ici.

Caklos. — Attention, ne t'éloigne pas.

MÉDOC. — Oli î soyez tranquille, on veille au grain. (// -w/-/. Faoul paraît.)

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