LOUISE, RAOUL
LOUISE, l'appioclusl de loi.
Raoul!
RAOUL
Eh bien?... noire chère petite Marthe?
LOUISE
Elle dort toujours.
RAOCL.
Tant mieux I
LOUISE
Oui, c'est le sommeil, je le crois, du moi.;.
RAOUL
Tu le crois? *
LOUISE
C'est qu'on voyant ses pauvret petits membre*!» bleuis et raidis par le froid, il y a bien des instants où je medcimudc si clic n'est pas morte !
Morte!
LOUISE
Mais un gémissement sort de sa poitrine, une plainte s'échappe de sa bouche, une larme coule de ses yeux, et je me dis : puisqu'elle pleure, c'est qu'cite existe... oui, les larmes de mon enfant, les cris que lui arrache la douleur, voilà mes joies de mère, à moi ! voilà tout & que j'ai pour rassurer mon dune! Je bénis le ciel, quand je vois pleurer ma fille ; je remercie Dieu, quand je sois bien certaine qu'elle souffre.
RAOUL
Voyons, calmq^toi, lo péril est moins grand que tu ne penses.
LOUISE
Le péril I tu crois que je ne le connais pas, que je ne l'ai pas envisagé avec calme, que je n’ai pas calculé cent fois nos chances de salut ou de perte! Tu to trompes, Raoul I de même que tu te trompais déjà lorsque dans celle barque où ils nous avaient jetés, en m'entendant rire et chanter sur les vagues furieuses, tu croyais que j’étais devenue folle! Follet... moi I... mais je rassurais mon enfant, je me disais : si Dieu veut qu’elle meure, j’aime mieux quelle s’éteigne entre deux baisers, j’aime mieux que sa pauvre petite âme s'envole entro deux sourires I...
RAOUL, l'nntoaiDl.
Oh ! Louise ! il n'y a que le cœur d’une mère capable de cc sublime courage! [
LOUISE
Eh bien, mon »mi, puisque je suis courageuse, parle-moi dono sincèrement. Quand ccs hommes nous ont descendus dans la barque, il s’y trouvait de quoi nous nourrir pcodaut vingt jours à peine, et en voilà quinze qi^iis nous ooi abandonnés.
C’est vrai; mais aidé de Barabas, j’ai pu chasser quelques ol- « seaux de mer, ces ressources se renouvellent chaque jour, nous n’avons rien à craindre de cc côté.
A LOUISE
Soit! mais à peine avions-nous quitté lo bâtiment, qu’une tempête violente s’est élevée cl nous a jetés, après huit grands jours de marche, au milieu de ce» glaces qui menaçaient à chaque instant de nous engloutir. Peu à peu les blocs se sont resserrés davantage, nous nous sommes trouvés enfermés comme dans uno prison. Cc n'est pas sur un continent, ce n’est pas sur uno Ue quo noos sommes id, c'est sur les (lois mêmes que nous marchons, la glace qui nous en sépare gèle nos pieds et fige notre sang; que feras-tu, que deviendrons-nous le jour où ccs glaces se briseront, où ce terrain manquera sous nos pas?
RAOUL
Notre barque est ici près.
LOUISE
Oui, une fragile barqne... sans voile ni boussole.
RAOUL
Elle nous a suffi jusqu’à présent, et pourra nous conduire plus loin... Je sais d aHIcur* que quelques ^avires danois fréquentent ccs parages, et nous avons l’espoir d'eu rencontrer un.
LOUISE
Vivrons-nous jusque-là ?
RAOUL
Mais tu ne souffres pas... tes forces no t’ont pas abandonnée.
LOUISE
Ne parle donc pas de moi !... Est-ce que c'est eu moi qu’est ma fore»? Est-cc que c’est en moi qu’est ma vie?... Tant que ma fille vivra, je vivrai; mais dans celte hutte de neigo que vous avex élevée, et qui est notre seul abri, je n'ai plus rien pour réchauffer notre pauv re Marthe.
RAOUL
Barabas va nous rapporter, je l'espère, on peu de bois, débrb de quelque bâtiment naufragé. Tu vois bien, Louise, qu’il nous est encore permis d’espérer.
LOUISE, lui ift.iljui U mu.
Je vois que ton courage est toujours prêt à raffermir le mien, Raoul! serre la main de ta femme, embrasse la mère de tes enfants ! si c’était le deroier instant que nous devons passer ensemble... qui sait?... une autre fois, plus tard. Dieu ne nous permettra pas peut-être ce baiser, celte étreinte... Je te le dis, Raoul •avec toute* mes larmes, avec toute mon âme, lu as été le me leur cl le plus courageux des hommes ; il u’y a pas uue tache sur ta vie, et les vulgaires faiblesses n’ont jamais, jeu suis sûre, souillé ton noble cœur t... j’ai lâché d'èlrc digne de toi, mais si je n’ai pas toujours réussi, pardonne en ce moment suprême, et quo tou regard soit pour moi comme une muette bénédiction.
RAOUL
Louise I ma femme I
LOUISE
Raool! nous nous sommes sainiemcot aimés, et, je to le jure avec la Toi d’une mourante, nous nous retrouverons dans un monde meilleur, dans ce ciel où nos filles seront des anges!... Maintenant, mon ami, faisans notre devoir avec courage!
MARTHE, lUnt U ImUl.
Maman, maman. *
LOUISE
C’est Marthe qui m’appelle... Adieu, llaoul... à bientôt... nous nous reverrons encore... (u»t.) Ile voilà, mon enfant, me voilà.
(Elle entre Ain» In huile. )
RAOUL, seul.
Elle a tout compris, tout deviné, et mes angoisses sont devenues les siennes !
SCF. N H Ilf.