SCÈNE IV. LES MÊMES, OGARITO, LUCIEN
LucieN.—Mais viens donc, viens donc,
Ogarito.
OGanriTo (entrant lentement).—Me voilà.
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Lucren.—Horace est là sans doute...
Ocariro.—Horace !... (1! s'avance vers d’'Antas qui se retourne et le salue) Non !... ({ s'éloigne de d’Antas.)
Lucren (à part) —Ce n’est pas lui.
D'Anras (à Ogarito)—Monsieur re me voit pas avec plaisir ?
OcariTo. -Non.
Le Coure.—Monsieur le marquis est un étranger. (4 d’Antas.) Excusez-le.
D'Anras.—Oh! de tout mon cœur.
Ocariro.—Pourquoi l'excuser ? Ogarito n'a rien fait de mal.
Le Coure.—Mon enfant! ton rang dans le monde exige de toi certains égards, certaines politesses…
Ocariro.—Etre poli... c'est donc... déguiser sa pensée. D'Antas, ton visage est aimable.
tu es bon. Ogarito est heureux de te voir...
j'ai été poli. (/} va s'asseoir.)
Luciex.—Mon frère !.…
D'Anras—Laissez, laissez-le faire... (Ogarilo se renverse à moitié sur un coussin en s'accoudant sur un fauteuil.)
Le Coure.—Que fais-tu ?
Ocariro—Je me repose, père.—Cest ainsi qu'Ogarito s’appuyait au sommel des montagnes pour contempler l'azur profond, l'immensité, l'infini.
D'AnrTas (s'approchant)—Pourquoi paraissezvous toujours m'en vouloir ?
OcariTo.—Laissez moi !.. laissez-moi !.…
D'AxTas.—Ne me repoussez pas ainsi !
Ocariro.—Il y a des instants où le son de ta voix torture le cœur d’'Ogarito.
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D'Anras.—Mais enfin, pourquoi me haïssezvous ? je ne vous ai jamais fait de rnal ?
OGariTo.—Qui sait ?
D'Anras.—Comment ?
Le CouTE—Ogarito !
OGartro—Dans nos tribus sauvages, on croit à une existence antérieure à celle-ci.
Eh bien! sans ma foi chrétienne, et si je n'avais pas lu ce livre saint, cette Bible, que tu m'as donnée, frère, je croirais que dans une autre vie, j'ai dû souffrir par lui !
D'Axras.—Quelle pensée !
OGariro—QOui, j'en ai la conviction, j'ai déjà entendu cette voix, j'ai déjà senti ce regard peser sur moi, mais où donc, mon Dieu, où donc ?
D’ANTAs (à part) —Il est temps !
Le CourE—Mon fils! c’est de la fièvre, c’est de la déraison !
OGariTO.—Pourquoi ?.. ce n’est pas le seul souvenir effacé de l'esprit d'Ogarito… Enfant, il a reçu les caresses d’une mère, et pourtant il ne se la rappelle pas.
LE COMTE.—Quoi! pes une lueur, pas un indice ?
OGarITOo.—Rien.
Lucien.—Et cette prière, cependant ?....
LE CouTE.—Oui, cette prière commencée par Lucien, et que tu as achevée, d'où te vient-elle ?
OGariTo.—Ogarito la murmurait sans doute quand les Indiens l'ont trouvé évanoui sur la plage ; il avait une blessure à la tête, sa raison était morte... il prononçait des mots que les Indiens ne comprenaient pas ; ils emportèrent
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l'enfant, loin... bien loin..., et lorsqu'il revint
la vie, un voile couvrait le passé, il n’y avait plus derrière lui que la nuit d’un abime sans fond.
Le Coure.—Patience, mon fils, Dieu qui t'a conduit vers nous ne laissera pas son mi- ‘acle inachevé.
OcGariro.—dJ’attends.
D'’AxTas (à part)—Il ne faut plus personne entre lui et moi.
Lucien.—Et tu es heureux auprès de nous, tu ne regrettes rien du passé ?
OGariTo.—Ogarito se souvient des pauvres Indiens qui l'ont recueilli, il avait parmi eux des amis... il les aimait au milieu de la joie et du rire. Vous, je vous aime bien aussi ; làbas, il n'avait que des camarades, ici ila un frère, un vénérable aïeul. Oh! oui, je vous aime,