‹ La prière divine, le PaterChapitre 17 sur 85 · I . PSALM. VHI · texte numérisé non relu

I . PSALM. VHI

a, Cœli enarranl gloriam Dei, et opéra manuum ejus annuntiat fir mamen/um. (PsALM. xviii.)

prière : Notre Père qui êtes aux cieux : Pater noster qui es in cœlis ^

Manifestation des perfections de Dieu, les cieux attirent notre âme. Nous ne nous sentons pas à notre place dans ce monde terrestre que nous avons appelé si énergiquement et si justement : ici-bas ! Nous y sommes de passage, cherchant la lumière, la vie, le repos, le bonheur, à travers les ombres changeantes et les biens instables qui ne peuvent rassasier nos désirs d'infini. Non, triste demeure de notre mortalité, tu n'es point le lieu qui nous convient. Saint Paul nous le rappelle : « Nous n'avons pas ici, de demeure permanente, dit-il, mais nous sommes en quête de celle qui doit venir. — Tant que nous habitons la tente fragile de ce monde, nous gémissons, appesantis par les fatigues d'une lutte sans merci. — Nous sentons que chaque jour qui s'écoule nous arrache quelque chose, et nous ne voulons pas être dépouillés du bien qui est en nous ; mais nous voulons être revêtus de meilleurs biens ; nous ne voulons pas que notre pauvre vie soit absorbée par la mort, mais que tout ce qui est mortel en nous, soit absorbé par la vie ^ »

1, Ex ore infantium et laclentium. perfecislilaudem. (Psalm. viii.)

2. Non habemus hic manentem civitatem, sed fuluram inquirimus (Hbb. xm, ili). — Qui sumus in hoc tabernaculo, ingemiscimus gravati, eo quod nolumus expoliari, sed supersvestiri, utabsorbeatur quod mortale est a vila. (Il Cor., cap. v, 4)

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Où est-elle cette vie ? — Est-ce dans l'immensité des cieux qui brillent sur nos têtes ? — Ali ! quand nous contemplons pendant les nuits sereines, la voûte du firmament, nous nous précipitons, par la pensée, d'une étoile à une autre étoile. Nous voudrions visiter, l'une après l'autre, toutes les îles lumineuses qui peuplent l'océan d'azur, poser le pied sur chaque terre nouvelle, et dire, en y entrant : c'est à moi ; c'est là que je me reposerai, et que je serai heureux ; et nous chantons avec le poète :

Que ne puis-je, porté sur le char de l'aurore, Vague objet de mes vœux, m'élever jusqu'à toi. Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore? Il n'est rien de commun entre la terre et moi. *

Eh bien, non, le ciel immense que peuplent les astres, n'est pas le séjour de lumière, d'amour, de vie, de repos, de bonheur, dont le désir nous tourmente, l'éminente finalité de notre vie. Montons plus haut, jusqu'à Celui qui a fait les cieux, jusqu'à Dieu. — Dieu, c'est l'infinie perfection qui révèle toutes choses en se révélant ; c'est la cause universelle où l'on voit tout ce qui est, et tout ce qui peut être ; c'est la substance même du vrai, contemplé dans sa propre lumière ; c'est la science parfaite,

i . La.>ia.rti>e. (iVléditalions I. L'Isolement.)

identifiée avec son objet ; il n'y a plus rien à connaître quand on le voit. — Dieu, c'est la beauté fidèle qui ne trahit jamais, la beauté sans tache, qui sollicite sans fin, l'amour, la beauté toujours nouvelle qu'on ne se lasse jamais d'aimer, l'abîme profond, incommensurable, ©ù des échos infinis répondent éternellement : Amour ! Amour ! — ' Dieu, c'est la vie sans changement, sans mélange, la vie éternelle qui se communique à tout ce qu'elle recueille en son sein, absorbant, selon la parole de l'Apôtre, ce qui est mortel, et revêtant d'immortalité, ce qui veut vivre toujours. — Dieu, c'est le Maître des mondes ; habiter en lui, c'est posséder tout ce qu'il possède. S'il est à nous un jour, nous pourrons dire à Funivers entier : tu es à moi. — Enfin, Dieu, c'est le ciel des cieux, où les astres vivants que nous sommes, sont appelés à un suprême rendez-vous, à une éternelle vie, à une souveraine béatitude.

2° Cette dernière considération nous explique, mieux que tout le reste, pourquoi Notre-Seigneur nous invite à invoquer notre Père qui est dans les cieux. Par ces paroles, il nous rappelle que notre véritable demeure n'est pas en ce bas monde, mais là-haut où notre père nous appelle et nous attend, pour nous béatifier. Saint Paul la commentait,

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cette invocation de la prière dominicale, lorsqu'il disait à ses fidèles : Cherchez ce qui est en haut ; goûtez-en, et non ce qui est sur la terre : Quœ sursum siint sapite, non qux super terram. Bref, Jésus- Christ, par ces paroles qui es in cœlis, nous donne le grave avertissement de penser au ciel, d'espérer le ciel, de vivre pour le ciel.

Obéissons-nous à cet avertissement ? Sans doute, nous ne sommes pas de ces grossiers matérialistes qui oublient totalement leur avenir dans le présent, qui, facilement séduits par les biens qu'ils voient, touchent, dont ils jouissent, finissent par y river leurs pensées, leurs désirs, leurs espérances, comme s'ils devaient y trouver le paradis d'une nature dont ils contrarient, en fait, les plus nobles tendances ; nous ne sommes pas de ces misérables que saint Paul appelle dédaigneusement « les autres qui n'ont pas d'espérance : Cœteri qui spem non kabent. )^ Mais combien de chrétiens ne pensent qu'à leurs travaux, leurs affaires, leurs plaisirs, leurs ennuis, désirent richesses, jouissances, biens, honneurs, attendent le tribut des affections humaines que leur cœur mendie, le repos d'une vie tranquille, sans sortir du monde étroit où se complaît leur âme vulgaire. Combien diraient volontiers, comme l'Apôtre saint Pierre, et pour de moindres biens que celui qui le charmait : « Il est bon pour nous

d'être ici ; dressons-y nos tentes : Bonum est nos hic esse : jaciamus tria tahernacula. »

Et cependant, Dieu nous a préparé le ciel de toute éternité ; nous l'avions perdu par la faute de nos premiers parents dont nous avons hérité, il nous a donné son Fils pour le recouvrer. C'est pour nous assurer le ciel que le Verbe s'est anéanti, que Jésus est mort, ressuscité, monté aux cieux, où il nous prépare une place. — Dans le vaste ministère de l'Ëglise, dans les fondations doctrinales, législatives, liturgiques de cet édifice spirituel, tout est dirigé vers le ciel, tout s'y élève, tout y atteint. Les missions des Apôtres ont pour objet de nous préparer au ciel. — Les Anges sont les ministres de Dieu, pour nous conduire au ciel. — Les touchantes instances de Jésus-Christ qui frappe à la porte de nos cœurs, n'ont pas d'autre but que de nous assurer le ciel. — Et nous n'y penserions pas, et nous dirions : Bonum est nos hic esse ? et nous mériterions ces paroles méprisantes du poète : 0 cun^œ in terras animœ et cœlestium inanes : 0 âmes rampantes comme les bêtes, et vides des biens célestes !

Non, non, mon Dieu ! Soyez béni de nous avoir rappelé dans notre prière quotidienne que notre Père est aux cieux où il nous attend, et que, par conséquent, nous devons penser au ciel. Que cette pensée soit la règle de notre vie, et disons avec

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