I. Ad. Rom. (viii
Là, s'élève aujourd'hui un couvent de Carmélites. Sur les parois du cloître, on lit le « Pater )> traduit dans toutes les langues du monde.) Lorsqu'il eut fini, l'un de ses disciples lui adressa cette demande : « Seigneur, apprenez-nous à prier, comme Jean l'a enseigné à ses disciples. » — « Lorsque vous priez, répondit Jésus, dites : Notre Père... »
Le (( Pater )' est donc la prière de Jésus-Christ, sagesse du Père, bien-aimé du Père, égal à son Père ; nous l'appelons Deum de Deo : Dieu de Dieu ; nous pouvons appeler sa prière : Verbiim de Verbo : Verbe du Verbe. — Nous possédons quelques reliques de Jésus-Christ : ses vêtements, les instruments de sa passion, sa croix. — Combien plus précieuse est sa prière ! Avec quel respect nous devons la répéter après lui !
La prière du Pater, grande et excellente par son origine, l'est encore par sa composition.
Dieu, dit l'Écriture, a mis dans toutes ses œuvres le poids, la mesure et le nombre : Omnia in pondère et mensura et numéro disposuisti, Domine. Or, le Pater est une création composée. Comme toutes les œuvres de Dieu, il doit avoir son poids, sa mesure et son nombre.
1® Son poids. — C'est la densité du corps qui fait
son poids. Le poids du Pater, c'est le poids môme de Jésus-Christ, c'est-à-dire la plénitude de son auteur. Jésus-Christ, dit l'Apôtre, est le récapitulateur de toutes choses. En lui, tout est condensé : in quo omnia constant. En lui est la plénitude de la divinité : In quo plenitudo dwinitatis ; — la plénitude de la grâce et de la vérité : Plénum gratiœ. et çeritatis ; — la plénitude de la sagesse et de la science : In quo sunt omnes thesauri sapientiœ et scientiœ ; la plénitude du péché et des infirmités humaines : Eum qui non noi^erat peccatum pro nohis peccatum fecit ; tentatus per omnia pro similitudine nostra ; la plénitude de la durée : Christus in œternum.
Admirable plénitude ! — 0 Jésus vous l'avez donnée à votre prière. Le Pater est une prière pleine. Pleine de nos devoirs, de nos désirs, de nos aspirations, de nos besoins. — Nous devons adorer la très sainte majesté de Dieu : Sanctificetur. — Nous devons désirer que Dieu affirme son règne et le règne de son cher Fils, et nous fasse un jour régner avec lui : Adveniat. — Nous devons aspirer à n'avoir pas d'autre volonté que la volonté de Dieu : Fiat i^oluntas. — Nous avons besoin du pain de notre corps : Panem quotidianum ; du pain de notre âme : Panem supersubstantialem. — Nous avons besoin que Dieu nous pardonne nos nom-
breuses fautes : Dimitte nohis ; nous avons le devoir d'être miséricordieux pour obtenir miséricorde : Sicut et nos. — Nous avons besoin du secours de Dieu pour vaincre les tentateurs ennemis de notre salut, le démon, le monde, les passions : Et ne nos indiicas. — Nous avons besoin, non seulement du pardon de Dieu, mais de son intervention, pour être délivrés des nombreuses misères de cette vie, misères dû corps, misères de l'âme, tristes fruits du péché originel ; et surtout, des peines dues à nos péchés personnels, de la peine suprême, l'éternelle peine : Sed libéra nos a malo.
Quelle plénitude ! Saint Augustin n'a pas craint de dire que toutes les prières des âmes sainte patriarches, prophètes, sont concentrées dans le Pater qu'il appelle Breç>Larium oratlonis, forma desideriorum. — Deux choses, dit saint Thomas, sont l'objet de la prière, le bien et le mal. Or, le Pater appelle à nous tous les biens, repousse loin de nous tous les maux. C'est donc la prière pleine. De tout son poids, elle frappe à la porte du ciel pour faire appel à la bonté de Dieu.
2o Avec le poids, la mesure. Quelle est la mesure du Pater ? — La brièveté. Jésus-Christ est la plénitude, mais c'est la plénitude abrégée. Dieu lui a permis de se faiue petit, pour se mettre à notre portée. Tl est abrégé dans son Incarnation, jusqu'à
l'anéantissement : Exinanwit semetipsum jormam servi accipiens. Abrégé dans son Eucharistie : In cruce latebat sola deltas, al hîclatetsimul et humanitas. Sur la croix il ne caqhait que sa divinité ; ici se cache même son humanité.
Ce qu'il est dans sa personne il a voulu l'être aussi dans ses œuvres.
Son dogme, objet de la foi, abrégé en ces deux points : connaître Dieu et Celui qui l'a envoyé : Hœc est cita œtenia ut cognoscant te Deiim verum, etc. c'est là la loi éternelle a dit saint Jean : connaître Dieu et Celui qui l'a envoyé.
Sa loi, — règle de notre vie, abrégée en ces deux commandements : Aimer Dieu ; aimer le prochain...
Son culte, — abrégé dans l'unique sacrifice de la croix... Sacrifices de l'ancienne loi, condensés dans la sainte messe. — Il a donc voulu abréger la prière devenue dans les derniers temps du Judaïsme un verbiage, comme il le dit lui-môme à ses disciples . multiloquium. Pour cela, il a pris la mesure, non de son infinie grandeur, hors de toute proportion avec la parole humaine, mais de notre petite nature qui réclame la brièveté. — La mémoire, afin de ne pas être surchargée ; — l'esprit qui veut la clarté, ennemie des longueurs ; — le cœur qui aime à se répéter, plutôt qu'à inventer ; — les sens trop sujets aux distractions qui peuvent moins se glisser
dans de courtes formules. Le Pater est donc par sa mesure la prière populaire, universelle.
3" Dans toute mesure, il y a un nombre. Dieu créateur a mesuré tous les êtres par des nombres dont nous ne connaîtrons bien l'harmonie, que lorsque nous les verrons dans la lumière de l'essence divine. Or, parmi les nombres infinis de la création, il en est que l'on a considérés comme mystérieux et sacrés. Le nombre 7 est un de ces nombres. — C'est le nombre de l'universalité, disaient les anciens. Dieu et le monde... Dieu Vun, le monde représenté par le nombre 6, nombre des époques de sa création. — Le nombre 7 est le nombre sacré. Nous le rencontrons maintes fois dans l'ancienne alliance. Il est maintes fois répété dans la nouvelle.
C'est le nombre des généalogies de Jésus-Christ. — Saint Mathieu compte de David à Jésus-Christ, 42 générations : 6 fois 7. — Saint Luc, d'Adam à Jésus-Christ, 77 générations 11 fois 7. — C'est le nombre de sa puissance ; l'Écriture parle de 7 démons, de 7 sceaux de sa miséricorde ; il nous recommande de pardonner 70 fois 7 fois. — C'est le nombre de ses promesses : il proclame 7 béatitudes ; la huitième est l'octave ou la répétition des autres. — C'est le nombre de la foi : il y a dans la révélation 7 dogmes principaux : unité de Dieu, trinité, création, péché originel, rédemption, Église,
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vie future. — C'est le nombre de la vie morale : 7 vertus ; 7 péchés capitaux. — C'est le nombre des grâces qui sanctifient la vie humaine : 7 dons du Saint-Esprit, 7 sacrements. — Pour compléter l'harmonie de ce nombre sacré, nous trouvons 7 demandes dans le Pater.
C'est ainsi que la plénitude du Pater lui donne un poids infini. Sa brièveté si mesurée et pourtant si parfaite, son harmonie avec la grandeur de Dieu et la petitesse de l'homme, en font la prière vraiînent humaine, universelle, sainte, la prière divine.
Alors concluez qu'il la faut répéter après Jésus- Christ avec une foi profonde, une humilité vraie, une piété émue, une confiance réconfortante : c'est la prière du Fils de Dieu ! En l'entendant, le Père reconnaît la v^oix de son fils bien-aimé, car nous avons alors ses grandes pensées dans l'esprit, sa piété filiale si tendre et si profonde pour son Père dans le cœur, ses paroles mêmes sur les lèvres ; nous avons ses accents, son âme et sa divinité avec nous : Comment le Père ne nous exaucerait-il pas? Alors plus que jamais nous parlons, dit saint Paul, comme ses fils d'adoption et c'est son esprit qui nous fait crier : Père ! Père ! Jn quo clamamus abba, Pater. (Ad roin., VIII, 17). Notre Père ! Le sien et le nôtre !
LA PREMIÈRE DEMANDE DE LA DIVINE PRIÈRE LA SANCTIFICATION DU NOM DE DIEU.