In Cap. Gemes, i\, homil. g
Nous demandons que le nom de Dieu soit sanctifié. De quel nom s'agit-il ? Il en est un que Dieu s'est donné à lui-même. Quand l'Ëternel envoya Moïse parler au peuple d'Israël en son nom, le prophète répondit : Quand j'irai vers eux et que je leur dirai : le Dieu de vos pères m'envoie vers vous ; s'ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ? Et Dieu dit : Je suis celui qui suis. C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël. Celui qui est m'envoie vers vous. C'est là mon nom, c'est le nom mémorial pour les générations humaines (Exode, III). L'être par soi, l'être par excellence, c'est bien le nom qui convient a Dieu. Il résume en lui tous les noms : le Sage, le Tout- Puissant, le Bienheureux, le Saint, le Souverain- Maître, le Roi des rois, etc.. Il représente tout ce qui s'appelle perfection, mais surtout, la perfection suprême qui consiste à ne tenir l'être que de soimême.
Mais est-ce seulement du nom de Dieu qu il s'agit, dans la demande de notre prière ? — Non. — Il s'agit de l'être suprême, de l'être personnel de Dieu. Le nom, c'est le signe de la personne. Ce n'est pas le nom qui fait la grandeur et la gloire de la
personne, mais la personne qui fait la grandeur et la gloire du nom. La personne présente est glorifiée directement ; absente, elle est glorifiée par les acclamations enthousiastes qui saluent son nom. C'est ce genre de glorification que Dieu demande de nous sur cette terre, en attendant la glorification directe qu'il recevra de nous dans les cieux.
Mais pourquoi cette expression : Que votre nom soit sanctifié ? — Dieu n'a pas besoin d'être sanctifié dans le sens qu'il soit fait saint ; car il est saint par sa nature ; il est substantiellement la sainteté. Noyés dans les purs rayons de son infinie beauté, les Anges chantent et chanteront éternellement ce sacré trisagion . Saint, saint, saint, est le Seigneur Dieu très-Haut ! — Et comme il est saint par nature, de lui s'épanche toute sainteté, sans que jamais il s'épuise en la communiquant. Lui dire : Soyez sanctifié, c'est-à-dire, soyez fait saint, ce serait un blasphème ; car ce serait nier l'infinie et éternelle plénitude de sa perfection. Il faut donc que les paroles de notre prière aient un autre sens, sens acceptable et digne de Dieu.
Ce sens, le voici : Que votre nom soit sanctifié, c'est-à-dire . <'. 0 Dieu, que votre nom, adorable expression de votre être et de vos perfections, soit connu de toute créature, béni par toute créature, exprimé en toute créature ».
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Bien connaître Dieu, le bénir, exprimer en soi sa sainteté, c'est le sanctifier.
Tel est le sens précis de la première demande du Pater. Ce sont là les trois fonctions de notre prière. Étudions-les et méditons-les successivement.
Sanctifier le nom de Dieu, 1° c'est le connaître.
lo II est bien évident que nous ne pouvons n^ bénir Dieu, ni exprimer en nous sa sainteté, sans le connaître, et que, plus nous le connaîtrons, plus nous aurons de ferveur pour le bénir et d'ardeur pour exprimer en nous sa sainteté.
Remercions-le d'abord, de nous avoir appelés, selon l'expression de l'Apôtre saint Pierre, des ténèbres à son admirable lumière. En naissant, nous sommes enveloppés de ténèbres. Dieu nous appelle à la lumière par les manifestations de sa puissance, de sa sagesse, de sa bonté, *dans les merveilles, l'harmonie, les bienfaits de la création. C'est déjà un grand bonheur de le connaître de cette manière, et nous devons lui être très reconnaissants d'avoir aidé notre pauvre petite raison dans cette connaissance, par les enseignements de la révélation. Mais ces enseignements qui assistent
notre raison dans la croyance à l'existence de Dieu, et en la grandeur de ses perfections, ne sont pas encore ce que l'Apôtre appelle Y admirable lumière. Cette admirable lumière, c'est la révélation évangélique. Le Verbe de Dieu, après avoir inspiré les prophètes et les écrivains sacrés, est venu lui-même nous révéler les secrets du ciel dont il est l'éternel témoin, Quels mystères ! et dans ces mystères, quelle admirable lumière ! La Trinité, vie divine, l'Incarnation, la Rédemption, les destinées surnaturelles de l'homme..., la grâce, la loi sainte, la loi d'amour, etc..
Donc, la raison et la foi nous pressent et nous font une rigoureuse obligation de bénir l'auteur de notre nature et de notre vocation chrétienne.
Mais considérons que cette sublime vocation nous oblige à une vie plus parfaite ; que, par conséquent, nous ne pouvons pas nous contenter d'une connaissance vague de Dieu comme celle des païens. Nous devons désirer de connaître Dieu, chaque jour davantage, et dire avec le grand saint Augustin : Noverim te Deus, noverim te. Nous devons, selon la parole de l'Apôtre saint Pierre, nous efforcer de croître dans la connaissance de Celui qui s'est rapproché de nous, en Notre-Seigneur Jésus-Christ : Fratres, crescite in cognitione Domini nostri Jesu Christi. Il est venu nous
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apporter les secrets du ciel, c'est à lui surtout que s'appliquent ces paroles du Psalmiste '. « Accedite ad eum et illuminamini : Approchez-vous de lui, et vous serez illuminés ». Vous connaîtrez mieux vos misères, vos imperfections, vos besoins ; vous connaîtrez mieux l'immense beauté de Dieu et ses perfections manifestées dans les mystères de la révélation ; vous connaîtrez mieux la grandeur de vos destinées et la perfection qu'exige de vous votre sublime fin. — Approchez-vous de lui par de pieuses lectures, par de fréquentes méditations, par d'amoureuses contemplations, par une continuelle élévation de votre âme vers lui. C'est dans ces exercices que les saints ont puisé les admirables lumières qui les invitaient à prier sans cesse, qui les pressaient de faire de toute leur vie, une perpétuelle bénédiction de Dieu et de son saint nom. 0 mon Dieu, faites que nous vous connaissions, comme vous ont connu les saints, afin que nous vous bénissions, comme ils vous ont béni : Noverim te, Deus, noçerim te ! Et henedic anima mea Domino et omnia quœ intra me sunt nomini sancto ejus.
2° Connaître Dieu, croître chaque jour dans la connaissance de Dieu, pour le mieux bénir, c'est notre devoir, mais non pas tout notre devoir, si nous sommes intelligents et sincères dans cette demande : Sanctificetur nomen tuum. Il doit être
sanctifié, ce nom, non seulement par nous, mais par tout être capable de le connaître. — Remarquez je vous prie, cette parole de la prière dominicale : Sicut in cœlo et in terra : sur la terre comme au ciel. Elle s'applique, si je ne me trompe, non seulement à la troisième demande, mais aux trois premières demandes du Pater. — Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra — Sicut — Adveniat regnum tuum — Sicut — Sanctificetur nomen tuum, sicut in cœlo et in terra. Nous demandons que le nom de Dieu soit sanctifié et béni sur la terre, comme il est sanctifié ot béni au ciel. Or, au ciel, la bénédiction est u >iverselle. — Le concert de la Trinité sainte, le Cantique de l'humanité du Sauveur, de la Vierge Marie, du chœur des Anges, de tous les élus, c'est la bénédiction de son nom. En est-il ainsi sur la terre ? — Hélas, que de cœurs muets, que de bouches silencieuses !
Combien de pauvres humains qui ne connaissent pas le vrai Dieu. — Peuples sauvages qui n'ont pour Dieu que des fétiches, des idoles monstrueuses ! — Mais même, dans nos milieux civilisés, que de pauvres intelligences ignorent Dieu ! — On demandait à un enfant du peuple, parvenu à l'âge de raison • c Mon enfant, sais-tu prier Dieu ? — Dieu, répondit-il, quoi que c'est que ça ? — Et ce n'est pas un phénomène isolé ; il y a en France, en
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Europe, en Asie, en Amérique, en pleine civilisation des grandes villes, des milliers d'enfants qui, si on les interrogeait, feraient la môme réponse.
A ceux qui ne connaissent pas Dieu, ajoutez ceux qui le méconnaissent. Emportés par le tourbillon des intérêts, des affaires, des plaisirs, des jouissances de ce monde, ils ont totalement oublié les religieuses traditions de leur enfance. Des jours, des semaines, des mois, des années se passent, sar.s qu'ils aient môme une pensée pour Dieu.
Chose plus triste, plus affligeante, plus cruelle pour nos cœurs chrétiens, il y a des misérables qui haïssent Dieu, qui lui font une guerre acharnée, qui voudraient le chasser du monde. Ils persécutent ceux qui se font un devoir et un honneur de sanctifier son nom. Ils effacent ce nom sacré des livres qui doivent servir à l'instruction et à l'éducation de l'enfance. Ils s'ingénient à faire des nouvelles générations, un peuple d'athées.
Devant cette désolation, devant cette abomination de la désolation, qui ne comprendrait que ce n'est pas seulement pour nous qu'il faut dire : Sanctificeiur nomen tuum?
Nous devons prier pour les malheureux peuples plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie ; demander à Dieu qu'il leur envoie des Apôtres, devenir Apôtres nous-mêmes, en subventionnant l'œuvre
si intéressante et si glorieuse de la Propagation de la foi.
Nous devons, près de nos parents, pT\:S de nos amis qui méconnaissent Dieu, rappeler avec discrétion, sans doute, mais aussi avec un religieux courage, la pensée de Dieu.
Nous devons nous unir dans une sainte croisade contre les ennemis de Dieu ; arborer avec une sainte audace l'étendard de notre foi, catéchiser l'enfance, concourir aux œuvres qui ont pour but de l'instruire et de l'élever chrétiennement, répandre les bons livres, les bonnes brochures, les bonnes feuilles ; aider, si nous le pouvons, par des subsides, à leur diffusion. Et du moins, si nous sommes incapables d'une action publique, commenter aussi souvent que possible dans nos cœurs, cette demande du Pater : Sanctificetur nomen tuum. 0 mon Dieu, vous dont le nom est digne de tout honneur et de toute gloire, faites-vous connaître à toute âme vivante, afin que vous soyez béni sur la terre, comme vous l'êtes au ciel : Sanctificetur nomen tuum, sicut in cœlo et in terra.
Par la première demande du Pater, nous exprimons le désir de connaître Dieu, puisque nous ne pouvons ni le bénir, ni exprimer en nous sa sainteté sans le connaître.
Dès que nous connaissons Dieu, nous devons le
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bénir. Qu'est-ce que cette bénédiction, au point de vue théorique et pratique ?
Benedicere, bénir, selon l'étyraologie de ce mot, signifie, bien dire. Bénir quelqu'un, c'est lui dire du bien, et dire du bien de lui. — Donc, bénir Dieu, c'est le louer de sa grandeur, de son excellence, des perfections qu'on connaît de lui et qu'on adore ; c'est manifester par des actes religieux, son profond respect, sa profonde vénération pour son être infiniment parfait, et son amoureuse reconnaissance pour ses bienfaits. En cela consiste la gloire extérieure et accidentelle de Dieu, gloire dont il ne peut se désintéresser. Auteur de toute créature, il doit être béni par toute créature.
D'une manière générale, on peut dire que le monde entier bénit son auteur, qu'il tire spontanément du fond de ses entrailles, un cri immense qu'il jette vers lui, pour le glorifier. « Los cieux, dit le Psalmiste, racontent la gloire de Dieu ; l'azur, les splendeurs sereines, la marche silencieuse et docile des astres du firmament, annoncent l'œuvre de ses mains. Il n'y a ni langue, ni dialecte, dans lequel ne se fassent entendre ces voix sublimes ; le son qu'elles rendent vibre par toute la terre, et
leurs paroles jaillissent jusqu'aux confins de l'univers : In omnem terram exivit sonus coriim,..)>
Avec les cieux, le firmament, la lumière et les ombres, toute la nature chante un cantique à son Créateur. Toutes les forces, toutes les évolutions cachées dans les profondeurs des corps inertes, toutes celles qui se développent dans les organismes vivants, tous les cris, depuis les rugissements du roi du désert, jusqu'aux voix des frôles créatures qui se cachent à l'ombre d'une feuille, tout cela est un hymne, une bénédiction, tout cela sanctifie le nom adorable de Dieu.
Et cependant, Dieu qui entend cet immense concert n'en est pas satisfait. 11 veut autre chose qu'une bénédiction inconsciente ; il veut une bénédiction vivifiée par la connaissance et l'amour, une parole réfléchie et libre de se donner. En cela seulement, il peut être glorifié ; car la gloire, ainsi que le définit saint Thomas, suppose une connaissance claire, d'où procède la louange. La nature est un orgue immense, mais pour rendre à son auteur la gloire qui lui est due, il faut qu'une âme s'empare de ses voix, et les pénètre de sa science et de son amour ; il faut qu'une main d'artiste pèse sur ses touches et les fasse gémir, prier, adorer, louer, rendre grâces, bénir, comme sait gémir, prier, adorer, louer, rendre grâces, bénir, un esprit.