PHK.MIKHE DEMANDE DE LA DIVINE PRIÈRE
Or, l'homme est l'esprit, l'âme, l'artiste de la créature. A lui, non seulement de se mêler au concert universel, mais de le prendre pour son compte, de le traduire en son langage, et au nom du monde entier, comme en son propre nom, de sanctifier, de bénir, le nom du Seigneur. -< 0 mon Dieu, dira-t-il, tu es devant moi, autour de moi, en moi, c'est par toi que je suis et que je vis. Tu es mon Créateur, ma Providence, mon Père, je le sais, je le crois, je t'adore, je t'aime, je te bénis. » Il a conscience de cette bénédiction ; il pourrait la taire, mais il la donne librement ; c'est son mérite, et pour cela, Dieu l'accepte et est glorifié.
Appelons donc à nous, la nature, ses forces, ses mouvements, ses harmonies et ses voix, et chantons à Dieu le cantique que l'Église met chaque jour en la bouche de ses prêtres : « Œuvres du Seigneur, bénissez-le : Benedicite omnia opéra Domini Domino. )' 0 cieux, ô terre, ô mer ! Lumière, chaleur, foudre, tempêtes! Pluie, rosée, frimas, neiges, glaces éternelles I Montagnes, collines, vallées, fleuves, ruisseaux, prairies, créatures vivantes, fils des hommes, enfants de Dieu, bénissez le Seigneur ! Exaltez-le jusqu'à la fm des siècles : Superexaltate eum in sœciila. Et Dieu viendra cueillir sur nos lèvres, la bénédiction qu'il a le droit de demander, à tout ce qui est, vit et respire en ce monde.
Je me trompe ; Dieu ne se contente pas de cette bénédiction, car il pousse jusqu'à l'infini les exigences de sa gloire. Le cantique de l'humanité ne le glorifie que d une manière insuffisante, pour le désir qu'il a, d'être grand, du côté de ses œuvres. Il veut une louange égale à sa majesté — Impuissance de noire part, de le satisfaire. — Il nous en donne le moyen par son fils Jésus-Christ, dont la voix se mêle à la nôtre, en transforme les sons, en divinise les accents, et fait notre cantique infini. — Considérer la vie priante de Jésus-Christ.
En lui, toutes choses ont été récapitulées, c'està-dire rattachées à une tête divine.... Ainsi, Jésus- Christ accomplit le sublime dessein que Dieu put former sur sa créature. Elles s'efTacent toutes, en quelque sorte, derrière sa personne adorable, et Dieu ne voit plus que son Fils éternel, objet de ses complaisances. C'est lui qui parle au nom du monde, qui chante à son Père, à lui-même, à TEsprit-Saint, un cantique nouveau, un cantique divin. Notre Père des cieux peut-il demander davantage ? Voici que son nom est infiniment béni par le premier né de toutes les créatures.
Alors si Jésus-Christ est avec nous pour bénir Dieu, si son esprit nous inspire, nous ne sommes p^us isolés dans notre infirmité, nous ne sommes plus cette populace misérable et délaissée qui
criait tout à l'heure aux portes des palais éternels : « Vive Dieu ! » Notre voix recueillie par Jésus-Christ et ne faisant qu'une avec la sienne, pénètre avec lui et par lui, jusqu'en ces secrètes demeures où se cache le roi éternel des siècles. Et Dieu ohtient de nous et du monde entier la bénédiction qu'il veut égale à lui-même, puisqu'en Jésus les bénédictions de toute créature sont pénétrées d'infinité.
Et maintenant, passons de la théorie à notre vie pratique. S'il est vrai que toute créature doive bénir le nom de Dieu ; qu'à l'homme appartienne l'insigne honneur de donner un sens au cantique de la nature, et de le rendre méritoire ; que pour être acceptable et glorifier Dieu dans la mesure qu'il exige, toute louange doive et puisse être divinisée en passant par Jésus-Christ, il est rigoureusement nécessaire qu'une partie au moins de notre vie soit consacrée à l'accomplissement de ce devoir, et que faisant passer le cantique de la nature dans notre âme intelligente, notre âme dans notre voix, notre voix dans celle du divin médiateur, nous rendions à notre Père des cieux, honneur, louange, action de grâces et bénédiction. L'indifférence à cet égard est un crime contre le premier et le plus grand de nos devoirs. Et cependant, combien d'indifférents ! Et si nous ne sommes pas des indifférents ; sommes-
SANCTIFICATION DU NOiM DE DIEU 71
nous les chantres purs et désintéressés de la grandeur et de la bonté de Dieu ? Lorsque nous louons Dieu dans nos prières vocales, ne pourrait-on pas dire de nous : Populus hic lahiis me honorât ; cor autem eorum longe est a me : Ce peuple nri 'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ? Et puis, songeons-nous bien à nous unir à Jésus-Christ, à faire passer les vivats de notre âme, par son cœur et sa bouche adorables ? (L'Ëglise ne termine jamais ses oraisons si pleines cependant, sans ajouter : Per Jesiim Christum Dominiim nostrum.) Entrons-nous dans son esprit et terminons-nous tout élan de notre cœur et toute parole de prière par Jésus-Christ ? Encore si nous étions sûrs de ne rencontrer autour de nous que de pieuses compensations à notre légèreté. Mais que de blasphèmes ! Quels mépris des perfections de Dieu ! Quels abus de son saint nom ! — En sommes-nous ;émus, jusqu'à nous empresser à la réparation ?
Appliquons-nous donc à bien comprendre ce premier devoir de notre vie chrétienne : la sanctification du saint nom de Dieu. Imitons l'exemple si pieux de saint Dominique qui ne parlait qu'à Dieu ou de Dieu, bénissant son nom dans toutes ses paroles.
0 Père des cieux, que votre nom soit sanctifié : Sanctificetiir nomen tuiim ; c'est-à-dire, que connu
ri PREMIKIU: DKMANfiF: DE LA DIVINE l'HIEUE
cl vénéré, il soit béni par toute créature. Par Jésus, avec Jésus, et en Jésus : Per ipsum, et cum ipso et in ipso.
Le désir de connaître Dieu et la volonté de bénir son saint nom ne suffisent pas à la sanctification de ce nom adorable. Dieu attend de nous un suprême honneur, c'est-à-dire que nous exprimions en nous sa sainteté.
Reproduire en soi, par des habitudes et des actes libres, la perfection de quelqu'un, c'est lui faire plus d'honneur que lui prodiguer des paroles louangeuses ; c'est le glorifier plus sûrement et plus noblement que par tous les signes extérieurs qui témoignent que l'on connaît et que l'on aime tout le bien qui est en lui. L'homme ne s'y trompe pas. S'il est sage, il se tient en garde contre les hommages qu'on lui adresse, et il a souvent raison d'en suspecter la sincérité. Mais quand il se voit revivre en quelqu'un par l'imitation, il se sent plus glorieux, tant l'imitation est un signe certain du sentiment 'profond que le bien produit en nous. Il est clair que si nous voulons rendre gloire à Dieu, plus ïioblement et plus sûrement que par nos paroles, nous devons faire de toutes nos actions et de tout
nous-mêmes, un cantique vivant, en exprimant en nous la perfection, la sainteté divines.
Or, Dieu a sa perfection exprimée originairement en toute créature. Pour qui sait étudier et comprendre les physionomies, le monde a une physionomie divine, une certaine conformité de traits avec son auteur, par laquelle il révèle visiblement ses invisibles perfections : sa grandeur, sa majesté, sa puissance, sa sagesse. Et surtout, le monde, par Tordre et l'harmonie de ses forces, de ses mouvements, de ses rapports, nous révèle de Dieu ce qui le fait être bon, ce qui le fait être saint. De telle sorte que, si Dieu n'eût, dans un commerce iitime, murmuré lui-même son nom à notre oreille, nous le lirions sur toutes les choses visibles, à moins que nous ne fussions frappés de ce coupable aveuglement, que l'Apôtre reprochait aux Gentils « Ce qui est connaissable de Dieu, dit-il aux Romains, est manifesté aux yeux des hommes, cai Dieu s'est manifesté à eux. Ses perfections invisibles, en effet, depuis la création du monde, sont objet de contemplation pour l'esprit par ses œuvres, sa puissance éternelle et sa divinité, afm qu'ils soient inexcusables, puisque connaissant Dieu, ils ne l'ont pas glorifié comme Dieu, ni remercié, mais ils sont devenus la proie de la vanité dans leurs pensées, et leur cœur insensé s'est enténébré. »