‹ La prière divine, le PaterChapitre 23 sur 85 · l'RKMIKKE DEMANUF, DE LA DIVINE PRlÈilE · texte numérisé non relu

l'RKMIKKE DEMANUF, DE LA DIVINE PRlÈilE

(Ad Rom. I, 18-32.) Aussi, après avoir contemplé la magnificence des cieux et les merveilles de la terre, le prophète royal s'écrie-t-il : a 0 mon Seigneur Dieu, que ton nom est donc adorable par toute la terre : Domine, Deus noster, quam admirabile est nomen tuum in universa terra ! »

Mais parmi toutes les créatures visibles, c'est l'homme que Dieu a choisi pour être une expression plus vive et plus riche de sa sainteté. Il l'a créé, après avoir pris conseil en son essence ; il a imprimé en sa nature le sceau de sa face lumineuse : Svmatum est super nos lumen vultûs tui. Il l'a fait plus que tout ce qui est, tout ce qui vit sur terre, son image et sa ressemblance, esprit comme lui, inteUigent comme lui, libre comme lui, et surtout capable de voir le bien, de l'aimer, de devenir avec lui une même chose, et d'exprimer en cet état, la sainteté de son créateur. Toutefois, comme le bien, à l'état naturel, n'est qu'une faible et lointaine image de la sainteté de Dieu, Dieu nous a fait entrer plus immédiatement en participation de sa sainteté par la grâce ; car la gi*âce, c'est lui-môme se donnant à nous, faisant sa demeure en notre âme, et transformant d'une manière ineffable notre vie, nos opérations.

Comprenez bien ceci, l'homme par la grâce est la plus haut^ expression de la sainteté divine. Lors

donc que nos premiers parents sortirent radieux de jeunesse et d'innocence des mains du Seigneur, ils sanctifièrent son nom par leur état. Etre ce qu'ils étaient, images vivantes et très pures de la sainteté de Dieu, c'était plus pour sa gloire que les cantiques et les hymnes dont ils faisaient retentir les solitudes embaumées du Paradis. Hélas ! la ressemblance divine fut déshonorée par le péché, et en même temps, la gloire de Dieu obscurcie. Il fallut, pour réparer ce double malheur, les abaissements de Jésus-Christ. Cet agneau divin a pris notre robe d'ignominie pour nous revêtir à nouveau de la robe de sainteté, empourprée cette fois, de son sang adorable. C'est pourquoi, en nous appelant saints, dit saint Thomas, c'est comme si on nous appelait teints de sang : sanctus quasi sanguine tinctus. C'est dans les flots sacrés de ce sang, que rayonne la sainteté dont l'âme chrétienne est honorée par la grâce.

Voulant confirmer par sa parole, l'œuvre de son sang, le divin Sauveur nous a tous appelés publiquement à la sainteté, comme au moyen de glorifier son Père, en exprimant sa perfection . Estote perfecti siciit Pater vester cœlestis perfectus est. Que la splendeur de vos vertus et de vos œuvres, en glofiant Dieu pour vous personnellement, soient pour les autres hommes le principe d'une sainte émula-

70 prf:mii;re demande de la divine rKiÈRE

tion : Luceat lux vestra cora/n hominihus ut videant opéra vestra bona, et glorificent Patrem. Et l'apôlre saint Pierre, insistant sur les paroles de son Maître : « Soyez saints, dit-il, dans toute votre manière de vivre : In omni conversations sancti sais. )•< Donnez donc à votre prière, sa plus large extension. Lorsque vous demandez que le nom de Dieu soit sanctifié, vous demandez non seulement qu'il soit béni pai' toute créature, mais que toute créature soit faite sainte par l'expression de ce nom sacré ; plus spécialement, que le nom de Dieu, c'est-à-dire sa sainteté, soit écrit en glorieux caractères sur votre âme, sur votre corps, sur tout vousmêmes ; que, procédant d'une source pure et divine, tous vos actes s'accomplissent selon l'ordre et la rectitude qui les fait saints.

Bien pénétrés de ces pensées, voyons s'il n'y a pas quelque contradiction entre notre prière et notre état d'âme.

Que de pauvres gens ont conservé l'habitude de la prière, et demandent à Dieu, chaque jour, que son nom soit sanctifié, et qui, cependant, vivent dans l'habitude du péché. Ils demandent en eux l'expression de la sainteté divine, et ils s'obstinent à reproduire les traits de celui qui est le père de toutes les iniquités. Oubliant que la louange

perd sa beauté dans la bouche des pécheurs : Non est speciosa laus in ore peccatoriun, ils font en quelque sorte de leur prière, un péché : Oratio ejus fiât in peccaîum. Ils osent s'adresser à Dieu, en lui montrant à nu leur âme déshonorée, sur laquelle est écrit un nom de blasphème. Car, qu'est-ce que le péché, sinon un blasphème eri acte, un blasphème persévérant, comme l'état de grâce est une louange en acte, une louange persévérante ? Oseraient-ils, ces malheureux, prononcer ces redoutables paroles : Que votre nom soit sanctifié, s'ils en comprenaient l'ironique signification ? — Que votre nom soit sanctifié î et, depuis longtemps, je fais passer sur ce nom sacré, l'impur torrent de mes iniquités. Que votre nom soit sanctifié ! que sa divine lumière brille en mon âme ! et, volontairement, je la noie dans les ténèbres de mes erreurs et de mes convoitises satisfaites. Que votre nom soit sanctifié ! Soyez fait saint en moi, en me rendant participant de votre vie; et je demeure volontairement dans la mort du péché. Je demande votre grâce, et je n'en veux pas. Il semble que je vous bénisse, et je vous insulte. Je vous dis : viens ; et mon péché vous dit : va-t-en. Ma voix vous appelle et mon état vous chasse loin de moi, plus loin que l'Orient n'est de l'Occident, aussi loin que le ciel est de l'enfer. 0 ironie ! ô contradiction !

78 PREMIÈRK DKMANDE DE I,A DIVINE PRIÈRE

Il va sans dire qu'il s'agit ici des pécheurs qui prient sans renoncer à leur péché. Quant à ceux qui, déchirés de remords, et honteux d'eux-mêmes, sont prêts à dire, d'un cœur contrit et humilié : Pardonnez-nous nos offenses, ils peuvent demander à Dieu que son nom soit sanctifié.

Mais, vous n'êtes point, je l'espère, du nombre de ces pécheurs. Toutefois, pouvez-vous dire qu'il n'y a dans votre vie, aucun larcin fait à la gloire d'^. Dieu ? Combien d'actions procèdent en vous d'un principe tout naturel, et sont déformées par des intentions vulgaires, indignes du caractère divin que la grâce a imprimé dans votre âme ? Et, pourtant, il faudrait bien peu de chose pour les sanctifier. Un désir pur, une ofîrande d'un instant, ce cri de l'âme : Mon Dieu, acceptez ma vie, et tous les actes de ma vie pour votre gloire, et en union avec la vie et les actes de votre divin Fils, Jésus- Christ ; c'est assez pour les égaler, que dis-je ? pour les rendre plus agréables à Dieu que les cantiques les plus fervents et les plus sublimes. Si humbles qu'elles soient en apparence, elles achèvent en nous l'expression de la perfection de Dieu, et la sanctification de son nom.

Ecoutez l'Apôtre. Il ne nous a pas dit seulement: « Chantez au Seigneur, qu'au fond de votre cœur et sur vos lèvres, retentissent des psaumes à sa

louange ; » mais encore : u Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou que vous fassiez quelque autre chose, que tout soit à la gloire de Dieu. Glorifiez-le, et portez-le jusque dans votre corps : Glorificate et portate Deiim in corpore vestro. » C'est que, en effet, lorsque Dieu entend sortir de notre bouche une bénédiction, il commence à nous regarder avec complaisance. Mais quand il voit en nous sa perfection reproduite, sa ressemblance achevée, et comme des flots de gloire s'échapper de tout notre être, pour se perdre dans l'océan de sa gloire éternelle, il se penche amoureusement vers nous, et nous donne le baiser qu'il donne aux cieux à son Fils bien-aimc ; car nous avons pleinement accompli le plus grand de nos devoirs : Le saint nom de Dieu est sanctifié.

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