‹ La prière divine, le PaterChapitre 38 sur 85 · CHAPITRE X IV. PATER... FIAT VOLUNTAS TUA · texte numérisé non relu

CHAPITRE X IV. PATER... FIAT VOLUNTAS TUA

Nous avons vu de quelle manière se manifeste la volonté impérative de Dieu : la conscience, le décalogue, l'Évangile, les autorités légitimes qui représentent, dans le monde religieux, social et familial, la souveraine autorité de Dieu et nous imposent le devoir de l'obéissance. Dès que ce devoir nous est connu, nous n'avons qu'une réponse à faire ; soumettre notre volonté, et accomplir ainsi la sainte volonté de Dieu. C'est cette grâce de soumission que nous demandons d'abord par cette prière : Fiat voluntas tua.

Mais la volonté de Dieu ne se manifeste pas uniquement par des ordres ; sous deux autres formes, elle se propose à notre âme, et la sollicite': Ces deux former sont le conseil et l'épreuve. Et d'abord, le conseil.

Par la voie du conseil, la volonté divine s'adresse publiquement à tous les chrétiens dans l'Évangile,

DES ATTTRES FORMES SOHS I.ESQUErî.ES

pour les appeler à la perfection. Il ne s'agit plus seulement de la grande affaire du salut, à laquelle sont ordonnés ses commandements, mais d'un état de choix, d'un état supérieur qui configure autant que possible, la vie chrétienne à la vie parfaite et typique de son auteur.

En effet, notre divin sauveur Jésus-Christ, auteur de la vie chrétienne, ne s'est pas contenté de nous appeler à cette vie, par ces paroles : « Si quelqu'un ne renaît de l'eau et de l'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume des cieux; » il nous appelle à la perfection de cette vie par ces autres paroles : « Soyez parfaits, comme mon Père céleste est parfait. » — Non seulement, il a proclamé la constitution de la vie chrétienne par ces paroles : « Si tu veux entrer dans la vie éternelle, garde les commandements » ; il a proclamé aussi la constitution de la vie parfaite, par ces autres paroles : « Si tu veux être parfait, vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres. — Celui qui quittera pour moi, sa maison, ses frères, ses sœurs, son père, sa mère, ses enfants, ses champs, recevra le centuple en ce monde, et la vie éternelle dans l'autre. — Le juste s'abstient des iniquités de la chair, mais le parfait se mutile spirituellement pour le royaume des cieux. — Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-môme. »

Ces paroles du Christ ne peuvent pas être vaines. Elles le seraient cependant si la perfection évangélique n'était pas un devoir de la société chrétienne.

D'où nous devons conclure que c'est la volonté de Dieu qu'il y ait, dans l'Église, des parfaits voués à la pauvreté, à la chasteté, à l'obéissance. Sans doute, tous ne sont pas appelés à suivre ces conseils de perfection, mais ceux à qui Dieu fait la grâce d'en comprendre la sublimité, et d'en subir l'attrait, doivent s'y soumettre humblement et pieusement.

De fait, depuis la proclamation de l'Évangile, il y a eu dans l'Église des légions d'hommes et de femmes qui se sont distingués spécifiquement des autres chrétiens, en prenant pour leur partage l'obligation de tendre à la perfection, par la pratique des conseils évangéiiques qui n'obligent déterminémènt personne ; ils en ont fait leur justice propre en les transformant ; car ils sont devenus préceptes pour eux.

De là, un état de vie visible, public, approuvé par l'Église qui reconnaît en lui une manifestation voulue de Dieu, de sa sainte vie.

Nul ne l'ignore. Il y a toujours eu dans le monde des ennemis de ce saint état, et partant, de la volonté de Dieu. Ces ennemis sont aujourd'hui

parmi nous, en plein exercice de liaine et rie violence. Ministres de Satan, ils ont forgé une loi scélérate qui a dépeuplé nos cloîtres, et condamné leurs paisibles habitants à une vie d'exilés et de proscrits. Que Dieu les juge ! Je comprends leur aveugle fureur et leurs sinistres exploits ; l'Ëvangile est pour eux une lettre morte.

Mais ce que je ne comprends pas, c'est que des chrétiens croyants et pratiquants, fassent, en quelque sorte, cause commune avec ces ennemis de la volonté de Dieu Parents ou amis, ils s'étonnent, murmurent, se désolent, s'indignent môme, quand une âme touchée par la grâce, manifeste le désir de quitter le monde et de se consacrer à Dieu dans la vie religieuse. Ils s'efforcent de lui persuader qu'on peut faire son salat dans le monde, aussi sûrement et avec autant de perfection que dans le cloître. Ils lui imposent des épreuves qui n'ont pas d'autre but que de lui faire perdre la grâce de la vocation ; ne tenant aucun compte des conseils divins et des attraits de la grâce, ils exigent des délais ; ils prolongent, au profit d'une tendresse toute charnelle ou d'intérêts subalternes, les oppositions, et multiplient les empêchements. Et cependant, ils répèlent tous les jours, avec une béate sérénité, cette demande de la prière divine : « Que votre volonté soit faite •

Fiai voluntas tua. » Pauvres gens ! Que Dieu les éclaire, et leur fasse comprendre l'étrange contradiction de leur prière et de leur conduite.

"^Vous n'êtes point de ces chrétiens imparfaits, si en demandant à Dieu que sa volonté soit faite, vous entendez que ses conseils soient mis en pratique dans l'Ëglise, aussi bien que ses ordres, si vous pensez qu'il faut encourager les vocations religieuses, et non pas leur faire obstacle, et si vous êtes prêts à les aider de vos prières. En ces jours de désolation, dites avec plus de force que jamais : Fiat voluntas tua. 0 Père de toute sainteté, donnez à votre Église, des parfaits ! Eugei Eugef Courage ! Courage ! Ayez confiance ! Les tempêtes peuvent abattre les chênes ; mais en tombant, ils sèment leurs glands qui deviennent de nouvelles forêts. Le Père Lacordaire a bien dit : Les moines, comme les chênes, sont immortels.

Manifestée par les conseils publics de l'Évangile, la volonté de Dieu se manifeste encore par des conseils intimes que nous appelons les inspirations de la grâce, mouvements mystérieux que Dieu imprime à notre âme, et qui la pressent d'accomplir certaines bonnes actions ordonnées à notre perfection chrétienne. Les âmes saintement éprises de l'amour de Dieu se montrent attentives et dociles à ses inspirations. Leur ferme résolution,

leur pratique constante est de n'y jamais résister. Aussi arrivent-elles, d'ascensions en ascensions, jusqu'aux sublimes hauteurs de la perfection.

Nous comprenons cela, dira plus d'un lecteur ; vous nous parlez des âmes saintes, merveilleuses exceptions, dans la vie desquelles on rencontre et on admire les révélations, les extases, les ravissements, les transports divins ; mais nous n'en sommes pas là. Je vous l'accorde et je n'y vois rien d'étonnant ; c'est le contraire qui m'étonnerait. Non, vous n'avez pas de révélations, ni d'extases, ni de ravissements, ni de transports divins ; vous rampez peut-être bien bas dans les plus humbles sentiers de la vie chrétienne. Mais qu'en faut-il conclure ? Que Dieu ne se communique jamais à vous, par la voie mystérieuse et sacrée de l'inspiration ? — Ce n'est pas vrai. J'en appelle à votre toute petite expérience de la vie chrétienne. N'avezvous jamais éprouvé le désir de vous priver de certaines jouissances, alors qu'elles ne vous étaient pas absolument défendues ? De faire certaines bonnes œuvres, alors qu'elles ne vous étaient pas commandées ? De vous défaire des imperfections qui pullulent au fond de vos âmes, et les maintiennent dans un état équivoque qui vous déplaît et vous empêche de goûter une paix profonde ? Eh bien ! c'était l'inspiration, le conseil intime, la

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volonté de Dieu se manifestant avec une douce et éloquente familiarité. Dieu ! Ah, il s'était dépouillé de l'imposante majesté du souverain, et comme un doux ami, il vous avait attiré dans la solitude de vos pensées. Là, son cœur pressé sur votre cœur, vous parlait sans bruit, Sine strepitu verhorum, comme dit l'Imitation, par des palpitations sympathiques qui faisaient éclore en vous de bons désirs. Si ces bons désirs sont demeurés inefficaces, vous avez résisté à la volonté divine, non pas jusqu'au crime, mais jusqu'à la privation d'un bien spirituel qui aurait pu être, dans votre vie chrétienne, le germe fécond de biens incalculables.

Pensez-y bien, et prenez aujourd'hui la généreuse résolution de témoigner à Dieu votre amour en vous appliquant à faire toujours plus qu'il ne commande, selon ses volontés intimes, ses saintes inspirations. Semblables à ces fleurs qui évoluent sur leurs tiges, et tournent leur corolle vers le soleil, pour recevoir sa lumière et ses baisers, suivez le mouvement du soleil divin, tournez-vous sans cesse vers lui, et cherchez, pour la conduite de votre vie spirituelle, la lumière de ses inspirations. S'il vous demande plus que votre strict devoir, ne lui refusez rien. Consentez à tous les actes généreux, à tous les sacrifices, et prouvez-lui par votre docilité, que vous l'aimez mieux que des

serviteurs vulgaires qui n'obéissent qu'aux ordres de leurs maîtres, et que vous savez mieux dire qu'eux : Fiat voluntas tua.

11 est une dernière manifestation de la volonté divine, la plus générale, la plus continue, la plus impérieuse de toutes ; c'est celle des événements dont est tissée la vie humaine, et dont nous ne sommes pas les maîtres. Parmi ces événements, il en est un bon nombre dont nous nous accommodons volontiers ; mais il en est d'autres contre lesquels notre nature proteste, et que nous voudrions écarter, quoiqu'ils soient voulus de Dieu. Ce sont les épreuves pénibles, douloureuses, que nous rencontrons dans le cours de notre voyage sur cette terre que l'Église a si justement appelée une vallée de larmes. Malgré le naturel désir qui nous tourmente, malgré l'irrésistible besoin que nous éprouvons d'être heureux, nous souffrons, et trop souvent, hélas, pour que nous n'ayons pas à nous étonner et à nous plaindre. Nous souffrons dans notre âme, dans notre corps, dans nos intérêts, notre honneur, nos affections • nous souffrons de l'inclémence du temps, des caprices de la fortune, de l'ignorance, de l'inconstance, de la lâcheté, de

la malice des hommes. Bref, il n'y a pas de vie humaine qui ne soit éprouvée, ici-bas, par quelque misère, maladie, infirmité, humiliation, déception, inquiétude, tristesse, chagrin, tourment.

Sic voluere fata ! Ainsi l'ont voulu les destins, disaient les anciens. Mais nous, chrétiens, nous devons croire et confesser qu'une volonté souveraine, intelligente, sage et bienveillante, préside à toutes les épreuves de notre vie. Malheur aux révoltés qui l'accusent d'aveuglement et d'injustice et se vengent, par le blasphème, de ses apparentes rigueurs ! Elle se montrera pour eux éternellement impitoyable, et pour les châtier de leurs blasphèmes, elle convertira les maux passagers de cette vie en un malheur irrémédiable et sans fin. Malheur aux impatients qui se plaignent et murmurent, comme si Dieu se trompait en les éprouvant! Ils se privent volontairement des consolations qu'il a promises à nos larmes, et perdent, sans crainte et sans remords pour l'avenir, les inestimables biens que Dieu a cachés dans l'épreuve.

Sans être des révoltés et des impatients, nous pouvons être des étonnés et des inquiets. Et alors, nous nous 'demandons avec tristesse pourquoi Dieu nous éprouve. Il n'est pas difficile de répondre à ce : pourquoi ? Rentrons en nous-mêmes, étudions notre pauvre nature telle que l'a faite le péché ;

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nous y découvrirons des tendances, des instincts, des penchants dépravés, que l'apôtre saint Jean appelle les concupiscences. C'est l'amour des jouissances charnelles, l'appétit des biens de la terre, et ce terrible orgueil qui, souvent, gâte, sans que nous nous en apercevions, ce qu'il y a de meilleur en nous. N'est-il pas juste et sage que nous soyons préservés des saillies et des écarts de la concupiscence, par de salutaires douleurs, de salutaires privations, de salutaires humiliations ? Et la volonté souveraine qui nous les inflige ou les permet, ne se montre-t-elle pas en cela, bienveillante à notre égard ?

Allons plus au fond. Non seulement, nous découvrons des penchants au péché ; mais combien de fautes commises qui demandent des expiations. Les pénitences sacramentelles sont insuffisantes à une complète expiation. Quelles peines nous aurons à subir dans un autre monde ! — Eh bien ! c'est pour diminuer ces peines que Dieu nous éprouve. L'épreuve acceptée est un avoir en déduction de notre dette du purgatoire.

Elevons-nous plus haut. Nous nous appelons chrétiens, parce que nous sommes du Christ qui nous a enfantés à une vie nouvelle, et veut nous conduire à la conquête de son royaume éternel. Nous n'y arriverons que par le chemin qu'il nous

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a tracé, chemin de l'épreuve et de la douleur. Oportuit Christum patiet ita intrare ingloriam suam. Si compatimur et conglorificemur, il était nécessaire que le Christ souffrît et entrât ainsi dans sa gloire. Nous l'y suivrons, mais à la condition que nous souffrions avec lui.

Plus haut encore. Le ciel, c'est la gloire. L'épreuve est la monnaie divine qui paie cette gloire. Plus grande est l'épreuve, plus grande, la gloire. Momentaneum et levé trihulationis nostrœ, supra modum in suhlimitate œternum gloriœ pondus operatur in nobis : c'est quelque chose de bien court et de bien léger que notre tribulation en regard du poids sublime d'éternelle gloire qu'elle opère en nous. Voilà d'éloquentes réponses à cette question : Pourquoi Dieu nous éprouve-t-il ? Méditons-les. Et si elles ne nous donnent pas, comme aux saints, l'amour, la passion de l'épreuve et de la souffrance, recueillons-y la patience et la résignation qui dit humblement et pieusement, au Dieu de l'épreuve : Fiat voluntas tua.

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