‹ La prière divine, le PaterChapitre 42 sur 85 · CHAPITRE XIII II. PANEM NOSTRUM DA NOBIS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII II. PANEM NOSTRUM DA NOBIS

Le pain que nous demandons à Dieu, c'est, non seulement la nourriture de notre corps, mais encore tout ce qui est strictement nécessaire à notre vie matérielle. Dieu veut bien nous accorder ce strict nécessaire, mais à la condition que nous le lui demandions, parce que notre nature intelligente et raisonnable ne lui permet pas de nous traiter à l'égal des créatures qui ne peuvent ni le connaître, ni le prier.

Telles sont les vérités que nous avons méditées dans notre précédent chapitre. Mais nous n'avons encore fait qu'efïleurer le commentaire d^ cette quatrième demande de la prière divine. Chaque mot de cette demande est une révélation qui doit éclairer nos âmes chrétiennes, et leur donner la parfaite intelligence des dispositions et intentions qu'exigeait de nous le divin Sauveur, quand il nous apprenait à prier.

Remarquez-le bien : Nous ne devons pas dire à Dieu : « Panem meum da mihi : donnez-moi mon pain ; mais : Panem nostrum da nohis : donnez-

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nous noire pain ; » car le pain que nous demandons doit être un pain de justice et de charité.

Et d'abord, un pain de justice. Il faut que nous puissions dire qu'il nous appartient, qu'il est légitimement à nous, et que nous sommes dignes de le manger. « Préparé par la justice, dit saint Jean Chrysostome, il descend de la main de Dieu, dans notre bouche : Qui cum justitia panem praeparat, un Deus dat. Mais préparé par le péché, c'est un don que l'enfer ravit au ciel, pour nous le transmettre : Qui cum peccato illi Deus non dat, sed diabolus. » Maudit soit celui qui mange sans remords le fruit d'une coupable industrie ; maudit l'être sans entrailles, qui mange et boit chaque jour les larmes de ses frères, et se fait, petit à petit, d'un pain d'iniquité, des os, des muscles, des chairs, un corps d'iniquité !

Nous n'avons point, espérons-le, à nous reprocher cette flagrante injustice ; mais pouvons-nous toujours nous rendre le témoignage que le pain que nous mangeons, est bien notre pain, panem nosirum, et que nous sommes dignes de le manger ? — Dieu, créateur et providence, travaille incessamment dans la nature pour nous nourrir ; mais nous

devons concourir à son action par notre travail personnel. La terre n'est plus, comme aux jours fortunés de l'Êden, spontanément riche et féconde ; et bien que nous ayons conservé sur elle une véritable royauté, c'est une royauté laborieuse qui ne prélève que par de généreux efforts, l'impôt nécessaire à la subsistance. « C'est à la sueur de ton front que tu te nourriras de pain, a dit le Seigneur à l'homme déchu : In sudore vultus tui vesceris pane. » Et en effet, que de pauvres gens sont condamnés à gémir sous le faix d'un labeur qui renaît sans cesse! Courbés vers la terre, comme pour la supplier, lorsqu'ils ont arrosé de leurs sueurs des sillons péniblement fendus et retournés, ils attendent avec inquiétude, les progrès de la frêle semence qu'ils leur ont confiée. Elle monte avec lenteur ; elle abandonne sa tige menue à la merci des frimas, des pluies, des vents et des orages. Une nuit désastreuse peut trahir en quelques heures, les longs efforts des travailleurs. Ah ! ils ont bien raison de se tourner vers Dieu, et de lui dire : « 0 Père, donnenous notre pain : Panem nosirum da nohis ; » c'està-dire : Soutiens, de ta main miséricordieuse et toute-puissante, le courage des travailleurs, et bénis leurs efforts ; et le pain qu'ils mangent, ils ont bien le droit de l'appeler : notre pain : panem nostrum. C'est un pain de justice.

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