‹ La prière divine, le PaterChapitre 43 sur 85 · LE PAIN QUE NOUS DEMANDONS · texte numérisé non relu

LE PAIN QUE NOUS DEMANDONS

Il doit en être ainsi pour tous, même pour ceux qui n'ont pas besoin de gagner leur pain à la sueur de leur front. Si Dieu a daigné leur épargner cette peine, ce n'est pas assurément pour encourager leur paresse, et leur permettre de vivre sans rien faire. « Si quelqu'un ne veut pas travailler, dit l'apôtre saint Paul, qu'il ne mange pas : Si quis non vult operari, non manducat. » Ces hommes et ces femmes qui ne songent qu'à jouir des biens de la fortune, qui dissipent toute leur activité en commerces frivoles, jeux et plaisirs ; ces hommes et ces femmes qui ne sont, en ce monde, que des consommateurs, méritent-ils de manger le pain que Dieu leur a donné ? — Non, assurément. Abusant des bienfaits de Dieu, ils en pervertissent l'usage. Le pain qu'ils mangent n'est pas leur pain, un pain de justice, mais un pain d'iniquité que leur reprochent, à bon droit, les gens qui peinent, et qui leur donne la tentation de le leur arracher de la bouche. Le pain qu'on n'a pas laborieusement gagné n'est un pain de justice qu'à la condition qu'on mérite de le manger par une vie noblement remplie d'œuvres utiles à notre sanctification, à nos familles, à la société, aux ignorants, aux pauvres, à notre pays, à la sainte Eglise. Encore une fois, qui ne travaille pas n'est pas digne de manger • Si quis non ^>ult operari, non manducat. Car le pain que nous deman-

dons à Dieu doit être notre pain, panem nostrum, un pain de justice.

Ce pain de justice doit être encore un pain de charité. Le Docteur divin qui nous a dicté la prière que nous devons adresser à notre Père des cieux, Jésus qui est descendu vers nous, riche des trésors de la divinité ; Jésus qui s'est donné lui-même jusqu'au sacrifice de sa vie, et qui se donne encore avec une miraculeuse prodigalité ; Jésus, le Dieu d'amour, hait l'égoïsme, cette méprisable et odieuse concentration de tous les biens, dans notre personnalité, Et parce que nous ne sommes pas les seuls mendiants de la divine Providence ; parce que le genre humain est un grand pauvre qui attend tous les jours la visite des dons de Dieu, Jésus qui s'est donné à tous ; Jésus, qui, en prenant notre nature, a resserré les liens de la fraternité humaine ; Jésus veut que nous demandions pour tous. Méditez la parole qu'il a mise en notre bouche : 0 Père des cieux, donnez-nous notre pain! Pater qui es incœlis... danem nostrum da nohis. Il ne dit pas : donnez-moi. Ce moi est indigne d'un homme, plus indigne d'un chrétien. Issus d'un même père, devenus tous ensemble les frères d'un Dieu, enfants d'une même

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