IV. PANEM SUPERSUBSTANTIALEM DA NOBIS HODIE
Notre corps est un chef-d'œuvre de la puissance divine. Dieu a condensé et ordonné, dans ce petit monde, toutes les merveilles dont il ornait le grand monde. Il est le plus beau et le plus parfait de tous les corps. Nous devons donc le respecter et l'entretenir. Voilà pourquoi nous demandons, chaque jour, le pain qui doit le nourrir.
Mais notre divin Sauveur l'a dit : Non in solo pane ç'wit homo : L'homme ne vit pas seulement de pain. Il est une partie de nous-mêmes, qui a besoin, pour vivre, d'un aliment tout autre que l'aliment matériel. C'est notre âme, un esprit qui réclame pour sa vie propre, l'aliment des esprits. N'est-ce pas cet aliment que désigne l'évangéliste saint Matthieu, en remplaçant, dans la quatrième demande de l'Oraison dominicale, le mot quotidien par le mot supersubstantiel ? — C'est ce que nous allons voir.
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22() qu'il faut DEMANDEll DAN- LA DIVINF. miKRE
Enlendons-nous bien d'abord,- sur le sens de ce mol supersubstantiel, avant de nous prononcer sur la nature du pain (\u\ convient à notre âme.
Selon certains interprètes, le mot supersuhstantialem, en grec Ez-.ur.sv ne désigne pas autre chose que le pain matériel dont nous avons besoin, chaque jour, pour renouveler la substance de notre corps. Le texte de l'évangéliste saint Matthieu peut se traduire ainsi : Donnez-nous aujourd'hui le pain nécessaire à notre subsistance. Il n'est pas question d'un autre ahment. Tel est le sentiment de la plus grande partie des Pères grecs.
Ce n'est pas ainsi que l'entend sainte Thérèse. Par une pieuse exagération, elle supprime la demande d'un pain matériel. Voici en quels termes elle s'adresse à ses filles, dans les chapitres 34^ et 35e du Chemin de la perfection : « Jésus voyant notre faiblesse et nos besoins, inventa un admirable moyen, où il fit éclater les ineffables tendresses de son amour pour nous. En son nom, et au nom de tous ses frères, il adresse à son Père, cette demande: Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour. Oh ! comprenons-bien, je vous en conjure, ce que demande pour nous notre bonMaître. Méditons-
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le attentivement ; car, il n'y va pas moins que de la vie de notre âme. »
S'agit-il du pain matériel et terrestre ? « Quant à ce pain, ajoute la sainte, ne vous en mettez point en peine, du moins dans vos prières. Laissez le soin du temporel à votre époux ; il s'en occupera toujours avec une tendre sollicitude. »
« Vous êtes, à son égard, comme un serviteur qui, en s'engageant à servir un maître, se résout à le contenter en toutes choses ; et il est, à votre égard, comme un maître qui est obligé de nourrir son serviteur, tandis qu'il demeure à son service. Il y a cette différence, toutefois, que l'obligation de ce maître cesse, dès qu'il devient tellement pauvre, qu'il ne peut plus subvenir à son entretien et à celui de son serviteur ; au lieu qu'ici, vous n'avez rien de tel à craindre. Celui au service duquel vous êtes engagées, sera toujours riche et puissant. Eh bien ! que vous en semble ? Le serviteur aurait-il ■ bonne grâce à demander tous les jours la nourriture dont il a besoin ? Ne sait-il pas très bien que son maître est obligé de la lui donner, et qu'il n'aura garde d'y manquer ? Et le maître ne pourrait-il pas lui répondre avec justice, que le devoir d'un serviteur est de contenter en tout celui qu'il sert, et qu'il a tort de se préoccuper d'une sollicitude qui lui fait faire tant de travers ? Ainsi, s'in-
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quièle et demande qui voudra, ce pain lerreslr-, pour nous, demandons au Père éternel d être dignes de recevoir notre pain céleste. »
A ce pieux sophisme, nous avons répondu, en exposant les raisons pour lesquelles Dieu nous ta.sait une obligation de lui demander le nécessaire de notre vie temporelle ; nous n'y reviendrons pas Placés entre ces deux sentiments extrêmes, quel ,era le nôtre ? Le voici : Tout en accordant que dans la quatrième demande du Pater, il s'agit directement de la satisfaction de nos besoins temporels, nous penserons, selon la doctrine de l'évangehste saint Jean, que la nourriture qui périt suggère aussitôt à l'âme chrétienne l'idée de la nourriture qui demeure éternellement, et nous dirons avec sain Augustin, saint Cyprien, saint Ambro.se, saint Jérôme, et une foule d'autres interprètes, que le pain supersubstantiel dont parle 1 evangehste saint Matthieu, est un pain spirituel et mystique, le pain de cette noble partie de nous-mêmes qui, pour vivre de sa vie propre, a besoin d'être alimentée, le pain de notre âme.
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Quel est ce pain de l'âme ? N'^^^'^^^ P^^'/^^^,, l'homme est esprit, l'esprit éternel et fécond, de qu
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elle tient son origine, son essence immatérielle et ses nobles facultés ? Deus ipse cibus noster ; Dieu lui-même est notre nourriture, disaient les saints Pères. Vivant de sa vie propre, il se communique, avec une infinie générosité, à tous les esprits qui sont son image et sa ressemblance. Depuis l'origine des temps, les Anges se nourrissent et vivent de lui, avec une incomparable plénitude, et d'inexprimables délices, par les sublimes opérations de la connaissance et de l'amour. Mais, nous aussi, nous devons être de la fête, nous nourrir et vivre de Dieu.
Le pain éternel, infini, généreux, vivant et vivifiant, le pain des Anges, est aussi le pain de l'homme spirituel. — Comment cela ? — Parce que l'homme esprit se nourrit de vérité et d'amour, et que Dieu esif la vérité et l'amour infinis. Mais encore faut-il que nous puissions le voir et l'approcher. Et la pénétration de nos regards s'arrête aux voûtes du firmament, et notre âme, emprisonnée dans un corps mortel, se traîne avec lui, languissante, sur une terre de bannissement ; et le péché a rendu plus épaisses les ténèbres des sens.
Où donc est Dieu ? Où le pain de notre esprit ? Puisque nous ne pouvons pas aller prendre place, aujourd'hui, à l'éternel et sublime banquet des Anges, que ne laissent-ils tomber, des tables où ils