COMMENT DEVONS-NOUS LA UECEVOIR
peintres anticipés de la figure et de la vie du régénérateur prédestiné de l'humanité. Il a parlé, et le peuple juif, dépositaire et gardien de sa parole, agité, dispersé par les révolutions des empires et les catastrophes, l'a répandue parmi les nations, pour réveiller- leur conscience, raviver leurs souvenirs, corriger leurs traditions, et les unir dans une commune espérance. L'objet de cette espérance, c'était la suprême explosion de la parole de Dieu, par la bouche du Verbe incarné. Finalement, dit l'apôtre saint Paul, Dieu nous a parlé par son fils Jésus-Christ, Notre-Seigneur.
On l'a vu sur cette terre, dit le prophète, et il a conversé avec les hommes : In terris visus est, et cum hominihus conuersatus est. Deux fois, dans les eaux du Jourdain et sur le sommet du Thabor, Dieu lui a rendu ce témoignage : « Celui-là est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances, écoutez-le. » — Oui, écoutons-le. Il vient enseigner les petits comme les grands, sa parole doit être l'universelle nourriture des esprits.
Il parle et sa chaire est le roc du désert, le penchant des collines, le bord des lacs, les places et les carrefours des villes, le seuil et la table des maisons amies, l'ambon des synagogues, le parvis du temple. Il parle au nom du Père céleste qui l'envoie. Il parle comme son père céleste lui a dit ôjô parler.
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Il parle, et sa parole vient expliquer ce qui, jusque-là, est demeuré obscur et incompris, remplacer ce qui doit être aboli, rajeunir ce qui est usé, perfectionner ce qui est incomplet. Elle répond à tous les oracles, et à toutes les promesses du ciel, nous fait entrer dans le mystère de la vie de Dieu, nous donne le vrai sens du culte que nous lui devons, nous montre le chemin du salut, ajoute les conseils aux préceptes, et nous montre la voie de la plus haute perfection qui se puisse concevoir pour la nature humaine. C'est une parole dans laquelle les vérités se pressent, se soutiennent, s'enchaînent, se pénètrent, et nous conduisent, par une voie inondée de lumière, de notre point de départ, à nos éternelles destinées. C'est une parole en laquelle se révèle une profonde connaissance des temps et des âmes.
En effet, tour à tour, simple et grandiose, compatissante et sévère, caressante et terrible, selon qu'elle s'adresse au peuple ou aux savants, aux pauvres ou aux riches, aux humbles pécheurs ou aux dévots hypocrites, à ses bien-aimés disciples ou aux ennemis acharnés de sa mission divine, elle ménage avec sagesse le progrès de ses révélations pour ne pas éblouir les âmes par le trop vif éclat d'une lumière inattendue. Elle enveloppe les mystères du rovaume de Dieu, du voile gracieux de la parabole, afin de ne pas précipiter l'opposition des
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esprits orgueilleux, et d'exciter les âmes droites à chercher la vérité, et à la lui demander. Peu à peu, elle accroît la lumière, jusqu'au jour où la foi du peuple éclate en transports, et s'écrie : « Jamais homme n'a parlé comme lui ; » jusqu'au jour où ses disciples, au bout de leur éducation, lui disent : « Maintenant, nous voyons bien que vous ne parlez plus en figures. »
Il a parlé, et rappelé dans les cieux par le Père qui l'avait envoyé, il est retourné vers lui. Le monde n'entendra-t-il donc plus sa parole ? — Ne craignons pas qu'elle se taise ; il nous l'a laissée. « Le ciel et la terre passeront, a-t-il dit lui-même, mais ma parole ne passera pas. » Elle a été recueillie par l'Église à qui il a donné mission de perpétuer sa présence et de répandre son enseignement. Ne lui a-t-il pas dit : « Tu es une avec moi, comme je suis un avec mon Père. — Mon Père sait que je t'ai donné la parole qu'il m'a donnée. — Ma vérité est ta "Mérité ; ma puissance est ta puissance. — Va, comme mon Père m'a envoyé, je t'envoie. — Prêche l'Évangile aux nations, apprends-leur à garder ma doctrine et mes lois. — Qui t'écoute, m'écoute ; qui te méprise, me méprise — Invisible à tous les yeux, je serai pourtant avec toi, jusqu'à la consommation des siècles. »
D'où il suit, que la majesté et l'autorité du Verbe
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de Dieu, se retrouvent toutentières dans la majesté et l'autorité de l'Église enseignante. Il n'est même pas nécessaire que toute l'Église enseignante se présente à nous, dans sa pompe doctrinale, pour que la parole de Dieu nous soit donnée. Dans la bouche du plus humble des prêtres, en communion avec l'Église et parlant en son nom, nous pouvons l'entendre. Nous pouvons la lire dans le livre de doctrine, de direction morale et spirituelle, que l'Église approuve, et auxquelles elle a donné la garantie de son infaillible autorité, et surtout, dans la vie des Saints, où elle nous apparaît vécue et traduite en d'héroïques actions. Ajoutez à cela la parole intime qui retentit sans bruit au fond des âmes, pour les conseiller, les diriger, les exciter dans la voie du salut et de la perfection chrétienne.
Quelle prodigalité de pain supersubstantiel de l'intelligence ! La Bible, avec ses livres historiques, sapientiaux, lyriques, prophétiques ; les évangiles, les écrits des Apôtres, la prédication de ses ministres, les livres qu'elle approuve, la vie des Saints, sa parole intime, quel festin splendide ! N'était-il pas prophétiquement annoncé dans les Saints Livres, par ces paroles : « La sagesse divine a dressé sa table, et préparé le vin sacré de la vérité. Elle y convie le genre humain, où il y a tant d'enfants et tant d'âmes égarées. Venez, dit-elle, venez
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manger mon pain, et boire le vin que je vous ai préparé. » — Obéissons, chrétiens, à cette invitation, et, en remerciant Dieu de sa libéralité et de sa munificence dans le don de l'aliment supersubstantiel des esprits, voyons comment nous devons le recevoir.
Il en est de la nutrition spirituelle, comme de la nutrition matérielle ; dans l'une et dans l'autre, nous remarquons les mêmes phénomènes. L'aliment qui nourrit notre corps, doit être pris avec appétit, être digéré par un estomac bien disposé, et produire dans le corps, un accroissement de vie et de forces. Sans appétit, l'aliment n'est pris qu'avec répugnance ; mal digéré, il est rejeté par l'estomac, il affaiblit le corps et l'indispose. Ainsi en est-il de l'aliment spirituel, du pain supersubstantiel de la parole de Dieu. Notre-Seigneur nous a indiqué luimême les dispositions avec lesquelles nous devons le recevoir : « Bienheureux, a-t-il dit, ceux qui écoutent la parole de Dieu, la gardent et la mettent en pratique : Beati qui audiunt çerbiim Dei, et custodiunt et faciunt illiid. »
Le baptême donne aux enfants l'appétit sacré de cette parole. Ils la reçoivent d'abord dans leur
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âme simple et naïve, sur les genoux d'une mère chrétienne ; c'est là qu'ils apprennent, au milieu des sourires et des caresses, l'adorable nom de Dieu, et entrevoient pour la première fois, les mystères de la religion. — Plus tard, les ministres de Dieu, à l'exemple de l'Apôtre qui se faisait tout à tous, s'abaissent vers leurs petites intelligences. Ils ont préparé la connaissance des choses divines, comme une mère prépare la nourriture de son enfant. Toute la doctrine chrétienne passe de leur bouche, dans ces âmes enfantines, sous une forme humble et touchante, et ainsi,ilsles conduisent jusqu'au jour heureux où ils vont recevoir à l'autelle grand don de Dieu, Dieu lui-même, dans un adorable sacrement. . C'est bien! Mais cette première alimentation spirituelle suffit-elle à toute une vie chrétienne ? Il y en a qui le croient ; c'est une lamentable erreur contre laquelle on ne saurait trop protester. L'instruction des premières années, le catéchisme, suffit à l'âge naïf qui répond à l'enseignement par la confiance. Mais vient un moment où la raison, devenue plus exigeante, s'embarrasse des questions qu'elle se fait à elle-même. Nous vivons dans un milieu où le doute et la négation des vérités les plus universellement et perpétuellement crues, assiègent l'âme sous des formes perfides qui troublent la sécurité de l'inteUigence. D'où le devoir