‹ La prière divine, le PaterChapitre 54 sur 85 · VI. PANEM SUPERSUBSTANTIALEM DA NOBIS HODIE · texte numérisé non relu

VI. PANEM SUPERSUBSTANTIALEM DA NOBIS HODIE

Nous devons écouter la parole de Dieu : c'est le commandement que le Père céleste nous a fait entendre sur le Thabor, quand il dit de son fils glorifié : « Voilà Celui en qui je me complais, écoutez-le : Ipsum audite. » Et Jésus-Christ luimême confirme cet ordre de son Père, par ces paroles : « Bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu : Beati qui audiunt verhum Dei. » Mais, il ne suffit pas de recevoir le pain supersubstantiel des esprits, il faut encore le digérer sainement, afin qu'il produise en nous un accroissement de vie et de force spirituelles. C'est ce que Notre-Seigneur nous indique par ces paroles : « Bienheureux ceux qui gardent la parole de Dieu, et la mettent en pratique : qui custodiunt et faciunt illud. » Achevons par le commentaire de ces deux mots : custodiunt et faciunt, notre étude sur la manière de recevoir le pain supersubstantiel de nos âmes, la parole de Dieu.

254 COMMENT i/amf: ciihétienne doit digérer

La nourriture matérielle est rejetée ou devient nuisible à la santé, quand elle est reçue dans un organisme malade. Il en est de même de la nourriture spirituelle, quand elle est reçue dans une âme mal disposée à la garder, c'est-à-dire, dans une âme irrespectueuse qui ne l'accueille qu'avec légèreté, vaine curiosité, esprit critique.

Pénétrons-nous bien de cette pensée que l'aliment spirituel qui nous est donné, la parole de Dieu, est un pain céleste qui mérite le plus profond respect, autant de celui qui le reçoit que de celui qui le donne.

Celui qui le donne est revêtu de la majesté et de l'autorité du Fils de Dieu et de son Eglise ; mais il doit y ajouter la sainteté de sa vie, et ne pas donner, par ses imperfections et ses fautes, un démenti aux enseignements dont il est l'apôtre.

Soit qu'il parle, soit qu'il écrive, il doit se défier des vains ornements et des habiletés dont se servent l'art humain et l'amour-propre, pour éblouir et pour étonner. La parole de Dieu ne doit jamais sortir de sa bouche et de sa plume, que parée des ornements qui lui viennent d'en haut. Il doit, comme le grand Apôtre, se faire tout à tous : Omni^

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bus factus, attirer les âmes d'élite vers les plus hauts sommets de la vérité, s'abaisser vers les humbles, pour leur faire comprendre, avec la noble simplicité du langage évangélique, les mystères du royaume de Dieu.

11 doit se souvenir que rien ne peut enchaîner son verbe, rien absolument, que la crainte d'offenser Dieu en parlant ou en écrivant : Verbum Dei non est alligatum. 11 doit braver l'orgueil des savants, la susceptibilité des grands, les grossières passions du peuple, les lois injustes, les menaces et les violences du pouvoir, parler et écrire sans peur, dût-il être victime de la vengeance des passions humaines, plutôt que de se taire. Voilà son devoir de respect.

Mais quel est le devoir de celui qui reçoit son verbe ? N'est-ce pas d'y apporter une religieuse attention ? N'écouter ou ne lire la parole de Dieu que de l'oreille ou des yeux, pendant que l'esprit se laisse envahir par mille pensées étrangères, mille imaginations frivoles, mille préoccupations vulgaires, c'est recevoir le pain spirituel dans une âme malade de légèreté. Ne nous étonnons pas, s'il est aussitôt rejeté par l'oubli.

Sommes-nous attentifs ? Ce n'est pas toujours, hélas, d'une bonne et religieuse attention. Une vaine curiosité nous pousse à rechercher bien moins

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la vérité que la nouveauté, bien moins la céleste beauté des enseignements divins, que le vêtement dont on les habille, bien moins à nous instruira; et à nous édifier, qu'à nous procurer des émotions.

Et malheureusement, ces maladies de légèreté et de vaine curiosité sont souvent aggravées par l'esprit critique. Que d'auditeurs et de lecteurs, s'ils ne s'érigent pas en juges et en censeurs de l'enseignement chrétien, se posent en dilettantes en face de celui qui le donne, critiquent sa manière de dire, se divertissent de ses défauts, lui prodiguent leurs éloges sur la sublimité de ses pensées, l'originalité de ses aperçus, la nouveauté de ses tours, la politesse et la fleur de son langage, la grâce ou le feu de son action, font des comparaisons plus ou moins justes sur celui-ci, sur celui-là, arbitres sans autorité et sans mission qui, finalement, sont cause par leurs critiques, leurs flatteries, leurs jugements inconsidérés, des chûtes lamen^ tables que fait quelquefois la parole de Dieu, dans la bouche ou sous la plume de ceux qui l'annoncent.

Redoutons ces funestes maladies, et assainissons nos âmes par le respect, afin de recevoir fructueusement le pain de la parole de Dieu. Recueillons-nous, soit que nous écoutions, soit que nous lisions, pour bien entendre et pour bien compren-

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dre. Faisons taire les vaines pensées, les imaginations frivoles, les préoccupations trop humaines, et, dans le silence d'une pieuse attention, dison? humblement à Dieu : « Loquere, Domine, quia audit servus tuus : Parlez, Seigneur, votre serviteur écoute. )) Ne perdons rien de la parole de Dieu, méditons-la, ruminons ce pain divin, n'ayant pas d'autre intention, d'autres désirs, que de nous instruire, de nous édifier, et de croître en perfection et en sainteté.

Ne faisons pas les délicats sur la manière dont le pain spirituel nous est présenté.

S'il importe peu que la nourriture de notre corps nous soit servie dans de la vaisselle plate ou dans une vulgaire faïence, pourvu qu'elle alimente en nous le feu sacré de la vie, qu'importe que la parole de Dieu passe par la bouche et la plume d'un homme simple, pieux et véritablement animé d'un zèle apostolique ? D'où qu'elle vienne, prenons-la pour ce qu'elle est, un verbe divin . Ut est Verhum Dei, un pain du ciel : Panent de cœlo. C'est tout ce qu'il faut, pourvu qu'elle nous donne la sainte vérité qui doit nourrir notre âme. Encore une fois, recevons-la avec respect, et préparons-nous ainsi au dernier acte de digestion spirituelle qui doit assurer à nos âmes chrétiennes un accroissement de vie et de forces, la soumission.

258 COMMEiNT l'aME (JIHLTIEN.NE DOIT DlCiLREU

Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit de la parole de Dieu : Bienheureux ceux qui l'écoutent et la gardent : « Beau qui audiunt ç^erbum Dei, et custodiunt illiid.)) C'est le respect. Dans un autre endroit : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et la mettent en pratique : Mater mea et fratres mei sunt qui audiunt verhum Dei, et faciunt illud. » C'est la soumission. Sans cette soumission, le respect ne peut être que mensonge et hypocrisie.

Et d'abord, soumission de notre esprit qui doit répondre, par une foi sincère et ferme, aux vérités que nous enseigne la parole de Dieu. Non seulement, aux vérités que peut pressentir et pénétrer la raison, mais aux mystères insondables qui échappent à notre compréhension. Qu'importe, après tout, que nous ne les comprenions pas ? Le vrai ne laisse pas d'être vrai, puisque nous avons la parole de Celui qui l'a vu à sa source. A tout ce que cette parole nous dit de la nature de Dieu, de ses perfections, de sa vie intime, de l'éternelle génération de son fils, de sa personne, de la valeur de ses actions, de l'extension et de l'application de ses mérites, de la communication de sa vie, de notre

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état, de nos destinées, nous devons répondre credo, je crois. Pas de réserves, pas d'interprétations téméraires. Dieu a eu soin de pourvoir à l'intégrité, à l'interprétation authentique, et à la diffusion légitime de sa parole.

Quel honneur pour nous, de soumettre notre esprit à cette parole ! Il y a eu, il y a encore, des écoles fidèles à la doctrine vénérée d'un homme de génie, où l'on se fait gloire de répondre à tout, par cette sèche affirmation : « Le Maître l'a dit : Magister dixit. )> Imprudente confiance qui, ne voulant pas tenir compte de la faiblesse humaine, s'expose à proscrire le vrai et à éterniser l'erreur. Mais, grâce à Dieu, nous n'avons pas à craindre ce funeste effet de notre foi sans réserve, car lorsque nous disons : Magisterdixit, c'est l'infaillible science, la suprême vérité, que nous mettons en cause : Dieu a parlé, Deus dixit.

La parole de Dieu est une doctrine, elle est aussi une loi, et comme telle, elle s'impose à notre volonté. Ne pas croire à son indiscutable autorité, c'est n'avoir qu'une foi incomplète. Comme il faut croire en elle, il faut lui obéir..

Pour obéir, ne demandons pas conseil à nos instincts, à nos penchants, à nos convoitises, à nos habitudes prises; nous les trouverons à chaque instant en opposition avec la parole de notre Maître

200 COMMENT l'aME CHRÉTIENNE DOIT DIGÉRER

divin. Cette parole sainte a tracé et aplani la route qui doit nous conduire au royaume des cieux. Elle a tout prévu, même la violence qu'il faudra nous faire, pour nous soumettre à ses prescriptions. Prenons-en résolument notre parti. La parole de Dieu commande ; résignons-nous à tous les sacrifices d'orgueil, d'amour-propre, de sensualité, de nonchalance, de paresse, que nous imposent ses commandements.

Etre humble, chaste et mortifié, c'est la loi ; être désintéressé, bienfaisant, miséricordieux, généreux dans le pardon, aimer tous ses frères, même ceux qu'on aurait raison de haïr, c'est la parole de Dieu, c'est la loi. Être patient, résigné dans l'épreuve, ami de la souffrance, c'est la parole de Dieu, c'est la loi. Contredire en tous points l'homrtie charnel, punir cet homme en l'amenant aux pieds d'un autre homme, pour qu'il confesse, pleure et déteste ses crimes, ses fautes, ses vices, ses faiblesses, ses infirmités, c'est la parole de Dieu, c'est la loi. Enfin, se montrer empressé, diligent, fidèle, pieux, fervent dans la connaissance, l'amour, le service de Dieu, marcher d'un pas ferme dans l'âpre chemin qui conduit au ciel, réduire sous les coups de la grâce, la funeste enflure du péché, s'amincir, en quelque sorte, pour entrer plus aisément par la porte étroite de l'éternelle vie, de l'éternelle félicité,

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c'est la parole de Dieu, c'est la loi : parole souveraine, loi unique qui ne souffre pas la compétition d'une autre parole, d'une autre loi. Si le monde s'est emparé de nous par ses maximes; si, pour ne pas cesser d'être chrétiens, nous nous efforçons de concilier ces maximes avec la parole de Dieu, nous trahissons notre véritable et unique Maître, Dieu, qui nous parle.

Soumettons-nous donc, avec simplicité, droiture et bonne volonté. Soumettons-nous, non seulement à la parole qui nous vient du dehors par la prédication et la lecture, mais encore à cette parole du dedans qui retentit parfois au fond de nos âmes pour nous avertir, nous reprendre, nous conseiller, nous diriger, nous exciter, nous entraîner, nous hisser aux sommets de la vie chrétienne. Plus notre soumission sera parfaite, plus nous nous sentirons vivants, plus nous verrons croître en nous les vertus qui nous configurent à notre divin exemplaire, Jésus-Christ, nous font entrer dans son intimité, et nous méritent, de sa part, ce glorieux témoignage : « Mater mea et fratres mei sunt qui audiunt i^erhum Dei, et faciunt illud : Ma mère et mes frères, sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et la mettent en pratique. »

Telles sont les dispositions avec lesquelles nous devons recevoir le pain supersubstantiel de la

COMMENT L'AME CUREflKNNE UOIT UIOÉRER

parole de Dieu. Saint Augustin le distribuait tous les jours à son peuple d'Hipponc. - La parole de Dieu que nous prêchons chaque jour, disait-il, c est votre pain : Verbum Dei quod guotidie prœdicamus, panis esV. » Faisons nous-mêmes de ce pa.n, so.t en écoulant, soit en lisant, la nourriture quotidienne de notre âme. Allons le chercher, prenons-le avec respect ; savourons-le, digérons-le par la méditation et la soumission, jusqu'à ce que nous ayons formé en nous l'homme partait et atlemt cet e mesure, 'cette maturité, cette plénitude spirituelle qui ne sera consommée que par l'éternel rassasiement, dans l'éternelle contemplation de Dieu : Donec occunamus in .iram perfectum, in mensuram xtatisplenitudinis.

Encore un mol pour compléter cet enseignement Nous avons dit du pain matériel qu'il devait être un pain de charité. Nous le demandons a Dieu, non seulement pour nous-mêmes, mais pour tous nos frères, et si Dieu nous le donne avec abondance, c'est pour que nous le fassions partager à ceux qui en ont besoin. Il en est de même du pain spirituel, la parole de Dieu : C'est un pain de chante. Par cette prière : Panem nostmm supersubstantialem da nous, nous le demandons à Dieu pour nousmêmes, et pour toutes les âmes ignorantes et vides,

i, Serm. cîX-XV de tempore.

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des saintes vérités sans lesquelles le salut est, pour elles, impossible. Mais si nous en avons pu faire une ample provision, donnons-le. Donnons-le à nos proches, amis et connaissances, en les avertissant, les éclairant, les édifiant, par nos religieuses conversations. Et surtout, dans les tristes temps où nous vivons, donnons-le en catéchisant les enfants du peuple. La voix de leur baptême demande l'aliment des vérités divines, sans lesquelles ils ne peuvent mettre à profit la grâce de leur régénération ; mais une législation scélérate a dressé les barrages de la neutralité, pour arrêter l'épanchement de ces vérités dans les jeunes âmes. Forçons ces barrages. Que ceux qui sont pourvus abondamment du pain de la parole de Dieu, se fassent les auxiliaires des Apôtres et des pasteurs, pour le distribuer à l'enfance. Dieu fait appel à leur zèle, à leur dévouement, à leur patience ; Dieu les attend pour leur dire, comme aux riches bienfaisants : « J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger. Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du royaume que je vous ai annoncé, et que vous avez annoncé vous-mêmes, par ma parole. »

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