VIII. PANEM SUPERSUBSTANTIALEM DA NOBIS HODIE
Le pain eucharistique, pain supersubstantiel de l'homme surnaturalisé, n'est pas un pain de luxe, mais un pain de nécessité. Il y a pour nous une obligation impérieuse de recourir à cet aliment divin, aussi souvent que le besoin s'en fait sentir dans notre vie chrétienne, pour lutter contre les forces de mort qui conspirent contre son intégrité, sa dignité, sa probité, sa perfection. C'est ce que nous allons voir.
Lorsque le divin Sauveur, en nous offrant le pain qu'il vient de changer en son corps, nous dit : Accipite et comedite : Prenez et mangez, il ne nous adresse pas une simple invitation que nous puissions refuser sans courir d'autre risque que de manquer aux convenances chrétiennes, c'est un
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ordre auquel il faut obéir. Jésus-Christ fait de la manducation de sa chair, la loi de notre vie spirituelle, loi confirmée par un serment, sanctionnée par la peine de mort. Car, entendons-le bien, ces deux mots : prenez et mangez, ne sont que le corollaire de ces paroles, bien autrement solennelles et expressives : « En vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du fils de l'homme, vous n'aurez point la vie en vous. — Qui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. ))
Voilà qui est clair : la communion, la manducation du pain supersubstantiel de l'Eucharistie est un devoir. Mais quand faut-il accomplir ce devoir ? Quand faut-il manger la chair du fils de l'homme ? — Jésus-Christ n'a fixé ni le jour, ni l'heure, de ce repas sacré. Toutefois, les fidèles de la primitive Église, crurent deviner, dans la nature même du sacrement, les intentions du divin Maître, et firent du pain eucharistique, leur pain quotidien. La communion était pour tous la conclusion obligée des saints mystères.
Ce fut la belle époque des banquets eucharistiques. Peu à peu, le relâchement s'introduisit dans l'assemblée des saints, et l'appétit de la communion devint languissant à ce point, que l'Église se vit contrainte de fixer un minimum de communions
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obligatoires. Elle avait déjà décrété que ceux qui ne communieraient pas aux grandes fêtes de Noël, de Pâques et de la Pentecôte, ne seraient plus considérés comme catholiques ^ ; mais la lâcheté de ses enfants l'obligea à restreindre encore ses exigences, et le célèbre canon du IV® concile de Latran ne demande plus aux fidèles que la communion pascale. Cette loi, confirmée par le concile de Trente nous régit encore. Comment est-elle observée ?
Hélas, nous voyons une foule de chrétiens, enfants de l'Église par le baptême, persévérer dans un jeûne criminel pendant des mois, des années, et
1 . L'obligation où sont les fidèles de communier à Pâques s'est introduite en l'an laiy, par le concile général de Latran, sous le Pape Innocent IlL Car pour le canon attribué au Pape Saint Fabien 236-25o les laïques devaient communier au moins trois fois l'an, savoir à Pàque, à la Pentecôte et à Noël. Ce qui fut confirmé par plusieurs conciles, dit le catéchisme du concile de Trente, Mais le relâchement s'étant introduit à ce point que quantité de chrétiens passaient plusieurs années sans s'approcher de la Sainte Eucharistie, le concile de Latran ordonna par le canon Omnis utriusque sexûs que tous les fidèles recevraient au moins une fois l'année le corps de Notre-Seigneur, et que ceux qui négligeraient de le faire seraient exclus de l'entrée de l'Église. Le concile de Trente a confirmé cette décision en disant anathème à qui soutiendrait le contraire de ce qui est porté par ce canon. On doit observer que ceux qui communient indignement ne satisfont point à ce commandement; car, ajoutent-ils, ce commandement nous ordonne un acte de religion ; or celui qui communie indignement ne fait point un acte de religion.
(Extrait du dictionnaire théologique publié à Paris en 1771.) Voir à la fin du chapitre le décret du 20 décembre igoS confirmé par Pie X, concernant la communion quotidienne.
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trop souvent, pendant une longue vie. Pourquoi refusent-ils de se nourrir spirituellement du pain divin que l'Église leur présente, au nom de Jésus- Christ ? — Est-ce par un sentiment profond de leur indignité, en regard d'un sacrement si vénérable et si saint ? — Gela n'est pas probable ; nous ne sommes plus au temps où, sous prétexte de réagir contre les abus de la fréquente, on se privait des communions nécessaires. — Ont-ils perdu la foi ? — Peut-être, pour un grand nombre, et cela, dans des circonstances et pour des causes dont ils auront à répondre au jugement de Dieu. Mais combien de chrétiens ont conservé des habitudes religieuses qui les amènent encore parmi nous, et donnent à leur vie un caractère qui répugne à la libre-pensée. Et cependant ils se condamnent à un jeûne spirituel, qui, depuis longtemps, allanguit et déshonore leur vie, malgré les habitudes chrétiennes qu'ils ont conservées. Pourquoi ? — Notre divin Sauveur nous le dit lui-même dans une parabole que nous lisons au chapitre XIV^ de saint Luc • « Un homme fit un grand souper auquel il invita beaucoup de monde. Et quand l'heure du souper fut arrivée, il envoya son serviteur dire aux invités : Venez, tout est prêt. Mais tous commencèrent à s'excuser. L'un dit : J'ai acheté une maison de campagne, il est nécessaire que j'aille la voir, je
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VOUS en prie, excusez-moi. L'autre dit : J'ai acheté cinq paires de bœufs, il faut que je les essaie ; agréez mes excuses. Un troisième répondit au serviteur : J'ai pris femme, dites à votre maître que je ne puis venir. »
Cette parabole est d'une facile explication. — ^ Le maître de maison, le père de famille, qui prépare un festin, c'est Jésus-Christ. Son festin, c'est le banquet eucharistique. Le serviteur qui porte les invitations du maître, c'est l'Ëglise, dont nous venons de rappeler la loi. Et une foule de chrétiens refusent d'obéir à cette loi, pour les raisons indélicates et malhonnêtes dont il est fait mention dans l'Ëvangile.
« Villam emi : J'ai acheté une maison de campagne. » C'est le désir de l'agrandissement, l'ambition, avec sa lignée et son cortège de rêves insensés d'intrigues, de bassesses, de compromissions immorales, de jalousies, d'envie et de haine.
« Juga boum quinque emi : J'ai acheté cinq paires de bœufs. » C'est la préoccupation, l'agitation, le trouble, le tourment des affaires et des intérêts temporels, qui, après avoir éteint l'appétit des choses divines, entraîne à des spéculations louches, des manœuvres déloyales, des ruses, des mensonges, et finalement, à des injustices qu'il faut réparer.
« Uxorem duxi : J'ai pris femme. » Figurative-