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pas. Ils auront perdu tout droit au salut éternel, et ils ne s'en affligeront pas. Leur âme, dépourvue de l'aliment qui devait la soutenir, sera tombée dans une léthargie dont elle ne cherchera point à sortir ; où, pour comble de malheur, elle se complaira, et dont elle ne sera retirée que par les convulsions du dernier moment.
Dans ce dernier moment, ils pourraient encore se sauver, en recevant le pain supersubstantiel et vivant, viatique du mystérieux passage de ce monde, à l'éternité. Mais en auront-ils le temps ? auront-ils, même, la force de le désirer ? Hélas ! les menaces du père de famille nous donnent lieu de craindre qu'ils n'arrivent exténués par un jeûne criminel, aux portes du glorieux cénacle, où Dieu nourrit de lui-même ses élus, dans un éternel festin. Et alors, ils mourront éternellement de faim, et jamais une main miséricordieuse ne leur apportera une bouchée, une miette du pain vivant qu'ils auront méprisé. Plaignons-les. Prions pour eux, et, non contents d'obéir à la lettre au précepte divin de la loi de l'Église, entrons dans son esprit.
Quand une loi ne fait valoir que des droits, quand elle n'a pour but que de circonscrire notre liberté
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et de limiter nos avantages, on peut ne tenir compte que de la lettre. Mais lorsque le législateur ne nous impose une obligation que pour notre plus grand bien, il faut avoir égard à ses intentions qui sont l'esprit de la loi.
Or, l'intention de notre divin Sauveur quand il nous fait un devoir de manger sa chair, est clairement manifestée par son langage et par la nature même du signe sacramentel dont il se sert, pour se donner à nous, comme nourriture spirituelle. Il est, dit-il, le pain vivant : Ego sum partis vivas, et c'est sous l'apparence du pain qu'il se communique à notre âme. N'est-ce pas nous faire entendre que l'Eucharistie doit entrer dans l'économie de notre alimentation spirituelle, comme le pain, dans l'économie de notre alimentation corporelle ? Or, le pain est un aliment de tous les jours.
D'autre part, quand l'Église prescrit à ses enfants la communion pascale, elle n'a nullement l'intention de réglementer l'appétit des âmes qui ont faim de l'Eucharistie, et désirent s'approcher souvent de la sainte Table, afin d'établir entre tous les fidèles, une religieuse égalité. Elle veut nous faire comprendre que la communion est une nécessité de notre vie chrétienne, et si elle établit un minimum de réfection spirituelle, dont on ne peut se passer sans compromettre gravement son salut, elle
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ne préjuge ni des circonstances, ni des états d'âme dans lesquels la communion 'peut devenir accidentellement obligatoire, et d'un puissant secours pour notre perfection.
Que certaines âmes puissent se soutenir, pendant une année, par la vertu d'une communion faite à Pâques, c'est possible. Si elles n'arrivent pas à une haute perfection, elles se maintiendront dans la ligne du devoir. Mais, malheureusement, et d'ordinaire, dans le milieu agité, frivole, sensuel et corrompu, où vivent la plupart des chrétiens, par suite des excitations qu'ils subissent, s'ils ne les recherchent pas, il doit se faire, nécessairement, dans leur vie spirituelle, une déperdition plus prompte des forces acquises par la vertu du sacrement qu'ils reçoivent une fois l'an. Aussi, qu'arrive-t-il ? Il arrive que les communions annuelles sont suivies de près par le retour de l'âme à ses mauvaises habitudes et à la mort du péché. On se traîne pendant de longs mois dans cet état, l'aggravant par de nouvelles fautes, débilitant comme à plaisir son tempérament spirituel, et le rendant incapable de recevoir de l'Eucharistie tout le réconfort dont il aurait besoin, lorsqu'à l'époque réglementaire, il faudra s'approcher de la sainte Table. Plaise à Dieu que cet affaiblissement n'aboutisse pas au dégoût du pain de vie, et à l'impuissance d'en retirer aucune vertu.
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Voilà pourquoi l'Église, tout en n'exigeant de nous qu'une communion annuelle, nous enseigne que là où sa loi n'a pas d'action directe, nous pouvons être saisis par une loi supérieure qui nous oblige à prendre les moyens les plus propres à assurer notre salut ; que la communion est, par excellence, l'acte vital du chrétien, que la force qui nous est communiquée dans l'Eucharistie, ayant la propriété de résister aux envahissements de la mort spirituelle, nous devons y recourir chaque fois qu'il est certain que nous ne pouvons pas conserver autrement la vie de la grâce ; bref, l'Église nous enseigne que, après avoir satisfait à la lettre de la loi, l'esprit de la loi demeure la règle de notre conduite.
Donc, lorsque la force d'une communion s'épuise, il faut la renouveler. N'attendons pas des rechutes qui peuvent nous être fatales ; mais, fidèles à l'esprit de la loi, lorsque la lettre n'a plus de force, accomplissons en nous la volonté du Sauveur qui a fait de la manducation du pain supersubstantiel de sa chair, la condition de notre vie spirituelle. Et, quand même il nous arriverait de choir, avant que nous ayons pu nous munir du pain des forts, communions pour nous guérir, de peur que l'invétération du péché ne rende notre âme incurable. Une communion de moins, c'est peut-être le triomphe
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d'une passion qui deviendra le cancer dont une âme périra.
Bien loin.de vouloir restreindre par sa loi, noire alimentation spirituelle, l'Église ne demande qu'à la rendre plus fréquente ; ses intentions, à cet égard, sont manifestes. Elle les a exprimées dans ses premières constitutions et ses premiers synodes qui faisaient un devoir aux fidèles de compléter, par la communion, la célébration des saints mystères ; par la facilité avec laquelle elle mettait l'Eucharistie à leur disposition, pendant les jours néfastes des grandes persécutions ; par la voix de ses docteurs qui nous enseignent que l'Eucharistie est le vrai pain quotidien : « Si c'est le pain quotidien, dit saint Ambroise, pourquoi ne le manger qu'une fois l'an ? Mangez quotidiennement, ce qui peut, chaque jour, vous profiter. » Enfin, dans le célèbre concile de Trente, où elle confirmait la lettre de la loi, l'Église nous en faisait connaître l'esprit, en émettant ce vœu : « Le saint concile désirerait que les fidèles qui assistent à la messe, communiassent, non seulement en esprit et en désir, mais sacramentellement. »
Ames de bonne volonté, âmes vraiment chrétiennes, tenez compte des intentions de l'ÉgUse, et, pour vous y conformer, communiez chaque fois qu'il faudra vous préserver des péchés, contre le
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retour desquels la communion annuelle est inefficace, et entretenir en vous la vie de la grâce, sans laquelle le chrétien n'est qu'un être incomplet. Mais plus souvent encore, vous communierez, si vous avez le noble désir du progrès spirituel et de la perfection. Le progrès spirituel, c'est l'augmentation de la vie de Dieu en nous ; la perfection, c'est la surabondance de cette vie. Or, Jésus-Christ ne se donne à nous, dans le pain supersubstantiel de l'Eucharistie, que pour nous communiquer la vie divine, jusqu'à la surabondance :« Egoveni ut vitam haheant, et ahundantius haheant. » Que ceux qui ont horreur de la vulgarité dans le service de Dieu, qui se sentent disposés à lui plaire par de grandes vertus, et à entreprendre pour lui quelques grandes œuvres, laissent végéter, dans une vie molle et terre-à- terre, les âmes indolentes que la perfection effraie, parce qu'elle exige des sacrifices ; Jésus appelle à lui les âmes généreuses et vaillantes. Tous les jours, si elles le veulent, elles peuvent se rendre, avec une pieuse avidité et un joyeux empressement, à cette aimable invitation du père de famille : « Venez, mes enfants, mangez mon pain, et buvez le vin que je vous ai préparé : Venite, comedite panent meum, et hihite i>inum quod miscui vohis. »
Oui, tous les jours, car l'Église, par un décret de la congrégation du concile, vient et nous adres-
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ser, à cet égard, une nouvelle invitation, et un nouvel encouragement : Panem nostrum quotidianum et supers iibstantialem, da nohis hodie ^
I. « Dans le décret du 20 décembre ic)o5 de quotidiana Eucha ristiîB sumptione, le Souverain Pontife Piè X recommande à tous les chrétiens de tout rang et de toute condition la communion fréquente et quotidienne, comme répondant aux vœux du Christ et de l'Eglise catholique, de telle sorte que personne ne saurait en être écarté, à la seule condition d'ôtro en état de grâce et de s'approcher de la sainte table avec une intontion droite et pieuse. »