NOSTRA, SICUT ET NOS DIMITTIMUS
DEBITORIBUS NOS TRI S
Par ces paroles de POraison dominicale : « Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien et supersubstantiel )), nous avons demandé à Dieu la nourriture de notre corps et de notre âme, et nous avons vu comment notre bon Père des cieux répond à cette demande. Soutenus et fortifiés par ses libéralités, nous n'aurions plus rien à lui demander, si nous pouvions nous acheminer tranquillement vers le royaume des cieux qu'il nous a promis. Mais malheureusement, notre vie voyagère est troublée dans son pèlerinage par des accidents qui peuvent l'empêcher d'arriver à son terme, et qui nous obligent à réclamer la miséricordieuse indulgence et la paternelle assistance de Dieu. C'est l'objet des trois dernières demandes de l'Oraison dominicale.
IJIG (Jl'n. FAUT DF.MANDER AU PÈHL QUI EST
Par la première, nous prions Dieu de nous remettre nos dettes, comme nous les remettons nous-mêmes à nos débiteurs : « Pater... dimitte nohis débita nostra, sicut et nos dimàtimus dehitoribus nostris. »
De quelles dettes s'agit-il ? Dans quelles dispositions devons-nous en demander à Dieu la remise ? Quelles conditions Dieu nous impose-t-il, pour que nous puissions obtenir cette faveur ? Enfin, quelle est la portée et l'extension de cette cinquième demande de l'Oraison dominicale ? Telles sont les questions que nous allons examine.r.
Et d'abord, de quelles dettes s'agit-il ? Comment pouvons-nous être les débiteurs de Dieu ?
On peut contracter une dette de deux manières : par un emprunt fait à celui qui possède, ou par la violation de son droit. Or, par rapport à Dieu, être infiniment riche d'être et de vie, source unique de tout bien, nous ne sommes que des êtres d'emprunt. Ensevelis dans l'ombre du néant, nous n'avons aucun droit à l'existence. Dieu pouvait, sans injustice, nous garder éternellement à l'état d'êtres possibles ; mais pressé par son amoureuse bonté, il a prononcé le fiât créateur qui nous a tant donné,
sans qu'il se soit appauvri : esprit, matière, intelligence, amour, liberté, immortalité, riches organes, vie de l'âme et du corps. En toute sa belle nature, l'homme est un don de Dieu, et, rien que pour cela, l'Apôtre a pu lui dire : « Quid habes quod non accepisti ? Qu'as-tu donc que tu ne l'aies reçu ? » Combien plus, si nous considérons dans l'homme, la vie supérieure de la grâce, écoulement de la vie divine, qui fait dire à l'Apôtre saint Pierre, que Dieu nous a rendus « participants de sa nature » ; à l'apôtre saint Jean, que Dieu a voulu « que nous fussions appelés ses fils, parce que nous le sommes en effet » , au grand saint Augustin que « devenus fils de Dieu, nous sommes des êtres divins. »
En toutes choses, nous sommes donc les débiteurs de Dieu, et nous ne pouvons nous acquitter envers lui, que par une amoureuse reconnaissance. Voilà, si je ne me trompe, une dette dont nous ne pouvons pas demander la remise. Ce serait outrager Dieu ; car il ne peut pas nous donner congé d'être des ingrats.
Et cependant, nous sommes ingrats.
Débiteurs innocents et fortunés que nous étions par l'accumulation des dons de Dieu dans notre nature, nous devenons débiteurs coupables et malheureux, par la violation de son droit : C'est le péché, dit saint Thomas : a Auferiniiis Deo jus suiim,