‹ La prière divine, le PaterChapitre 64 sur 85 · I . OviD. Lib. I. Eleg · texte numérisé non relu

I . OviD. Lib. I. Eleg

sorte, tous leurs sentiments à l'égard de leurs offenseurs, dans ce texte dont ils auraient dû adoucir l'âpreté, par d'autres paroles de l'Écriture : « Oculum pro oculo, dentem pro dente, manum pro manu, pedem pro pede : œil pour œil, dent pour dent, pied pour pied, o

Les pieux Israélites, au contraire, considérant l'ensemble de la loi divine, unissaient au commandement de l'amour du prochain, les textes épars des livres saints qui devaient régler leur conduite à l'égard des ennemis. Le même Dieu qui demandait à leur cœur un sentiment d'universelle fraternité, leur avait dit, ils le savaient bien : « Tu ne chercheras pas à te venger ; tu oublieras l'injure de tes concitoyens. Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s'il a soif, donne-lui à boire. »

C'est pour confondre les uns, pour affermir les autres dans leurs pieux sentiments, et par-dessus leur tête, pour régler la conduite des enfants de la famille chrétienne, que le divin Maître nous impose, par promesses, commandements et menaces, la loi du pardon, (c Bienheureux, dit-il, les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde. — Pardonnez et vous serez pardonnes. — Si vous ne remettez pas aux hommes leurs fautes, votre Père, non plus, ne vous remettra pas vos péchés. — Réconciliezvous d'abord, avec votre frère, avant d'offrir vos

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sacrifices et vos présents à l'autel. — On se servira pour vous mesurer, de la mesure dont vous vous serez servi, pour mesurer les autres.

Promesses, commandements, menaces, tout est résumé dans une parabole que nous lisons au chapitre XVI 11^ de saint Matthieu.

« Le royaume du ciel est semblable à un roi qui voulut se faire rendre compte par ses serviteurs.

)) Quand il eut commencé à leur faire rendre compte, on lui en présenta un qui lui devait dix mille talents.

» Comme il n'avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu'il fût vendu avec sa femme, ses enfants, et tout ce qu'il avait, pour l'acquit de cette dette.

» Le serviteur se jetant à ses pieds le suppliait, en disant : Accordez-moi quelque délai, et je vous paierai tout.

» Le maître de ce serviteur, ayant eu pitié de lui, le laissa aller et lui remit sa dette.

» Mais ce serviteur ne fut pas plus tôt sorti, que, trouvant un de ses compagnons qui lui devait cent deniers, il le prit à la gorge, et l'étranglait, en disant : Paie-moi ce que tu me dois.

» Son compagnon se jetant à ses pieds, le conjurait, en disant : Accordez-moi quelque délai, et je vous paierai tout.

» Mais il ne le voulut point, et il alla le faire mettre en prison, jusqu'à ce qu'il payât sa dette.

» Les autres serviteurs, voyant ce qui se passait, en furent fort affligés, et avertirent leur maître de tout ce qui venait d'arriver.

» Alors son maître le fit venir, et lui dit : Méchant serviteur, je t'avais remis toute ta dette, parce que tu m'en avais prié.

yt Ne devais-tu donc pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j'avais eu pitié de toi ?

» Aussitôt, son maître ému de colère, le livra aux exécuteurs de la justice, jusqu'à ce qu'il payât toute la dette.

» C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur. »

Remarquez bien la conclusion : « Sic et Pater meus cœlestis faciet vohis, si non remiseritis unus quisqiie fratri suo de cordibus vestris : Mon Père céleste vous traitera de la même manière^i chacun de vous ne pardonne pas à son frère, de tout son cœur. »

Donc : Pardonner pour être pardonné, voilà la loi. Admirons-en la justice, et redoutons-en les rigueurs.

C'est une loi juste, parce que ce qu'elle demande de nous n'est que le paiement d'une dette que nous

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avoiis contractée envers Dieu qui, tant de fois, nous a pardonné et à quel prix ! Afin de ne pas sacrifier la redoutable perfection qui exigeait un châtiment éternel, pour punir l'outrage fait à une majesté infinie, il a sacrifié son propre Fils; il lui a fait payer par l'anéantissement de sa gloire, par les humiliations, les opprobres, le sang, la mort, la mort cruelle et infâme de la croix, toutes nos dettes de péché. N'est-il pas juste que nous, ennemis pardonnés de Dieu, nous répondions à un si grand acte de miséricorde, en pardonnant à ceux qui nous ont offensés ? — Il le faut, car la loi du pardon nous place dans la rigoureuse alternative de devenir les amis de Dieu, ou de rester à jamais ses ennemis. Nous pardonnons, c'est bien: Dieu, fidèle à sa promesse, nous pardonnera. Nous fermons notre cœur, malheur à nous ! Dieu fermera son cœur. Et lorsque, gémissant sous le poids de nos fautes, nous oserons lui dire : « Pardonnez-nou^ nos péchés, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés «, il nous répondra, comme le Maître irrité de l'Évangile : « Je te prends au mot, méchant serviteur : De ore tuo te judico^ serve nequam. Tant de fois je t'ai pardonné, quand tu m'en priais ; ne devais-tu pas être miséricordieux envers ton frère, comme j'ai été miséricordieux envers toi ?» — « Jugement sans miséricorde, dit

l'apôtre saint Jacques, à celui qui refuse le pardon : Jndicium sine misericordia illi qui non fecit misericordiam. » Ce jugement, c'est nous qui le prononçons nous-mêmes. Ni notre repentir, ni nos larmes, ni nos austérités, ne pourront le réformer ; bien plus, selon la parole de saint Cyprien, le baptême du sang, la gloire du martyre, ne peuvent ni laver, ni expier le crime de celui qui refuse à ses frères, le pardon des offenses : Qiiale crimen, quod nec haptisma potest ablui, quod martijrio non potest expiari.

Un incrédule de l'avant-dernier siècle, Volney, dans son livre des Ruines, a osé dire : « Le pardon des injures, dans toute l'extension que lui donne la doctrine chrétienne, loin d'être une vertu, devient une immoralité et un vice. » — A cette déraisonnable accusation, le bon sens répond, de prime abord, que, s'il y a vice et immoralité, c'est plutôt dans la haine et l'amour de la vengeance, que dans la générosité du pardon. La manière dont l'âme chrétienne doit assurer la sincérité et l'efTicacité de la prière dominicale, complétera cette première réponse de sens commun, ainsi que nous Talions voir.

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Et d'abord, soyons raisonnables ot jnstes. Défions-nous de noire imagination, et ne considérons pas comme des offenseurs, les honnêtes gens auxquels, par un jugement précipité, nous imputons de mauvais desseins et de mauvais vouloirs à notre égard. Et cela, parce que, sur des signes équivoques, sur un malentendu, sur une maladresse, sur un oubli, sur un manque d'égard involontaire, notre imagination s'est mise en travail, et a créé de toutes pièces un adversaire qui ne se doute pas de notre jugement et de nos sentiments à son endroit. S'il y avait une radioscopie spirituelle qui nous permît de sonder son âme, nous n'y découvririons absolument rien qui pût nous alarmer. A défaut de ce moyen d'examen, ce que nous avons de mieux à faire, c'est de dire à notre imagination qu'elle est folle, et de ne pas tenir compte de ses suggestions.

D'autre part, gardons-nous bien encore de considérer comme des offenseurs, ceux qui se tiennent vis-à-vis de nous sur une certaine réserve et nous témoignent quelque froideur ; car, par l'indiscrétion, l'indélicatesse de nos paroles, de nos procédés, de notre conduite, sans trop nous en

apercevoir, parce que nous agissons sans malice* il petit nous arriver de commettre bien des fautes capables de blesser le prochain. Admettoas qu'il soit susceptible, en somme, il est moins notre ennemi que nous ne sommes le sien, et notre devoir est de rentrer en nous-mêmes, de reconnaître nos torts, et d'aller généreusement au devant d'un rapprochement qui rétablisse entre lui et nous, les bons rapports d'autrefois. Le véritable offenseur est l'être néfaste, tout en lui-même, qui n'obéit qu'à sa passion. Nous ne lui avons fait aucun tort ; peut-être ne lui avons-nous fait que du bien ; mais lui ne nous veut, et ne nous fait que du mal. Et quand on sent peser sur soi le mauvais vouloir d'un tel malfaiteur, quand on est victime de ses iniquités et de ses trahisons, lui doit-on autre chose que le mépris, la haine, la répulsion et de justes représailles ? Puisqu'il s'est mis à part, dans la foule de nos semblables, lui pardonner serait encourager l'injustice et le crime.

Entendons-nous bien. Nous pouvons et devons haïr, dans nos offenseurs, les intentions, les desseins les vouloirs, les actes pervers, dont nous sommes victimes. Pensons et jugeons que leur conduite à notre égard est misérable ; la cliarité ne nous le défend pas. Mais n'oublions pas qu'ils sont hommes comme nous, et que les liens d'universelle frater-

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nité, qui unissent entre eux les enfants d'un même père céleste, ne sont pas brisés, tant que la suprême sentence de Dieu n'a pas fait le dernier partage des bons et des méchants. « L'ennemi nous est contraire en tant qu'ennemi, dit saint Thomas ; il ne nous est pas contraire en tant qu'il est homme, et qu'il peut, tant que Dieu ne l'a pas jugé, se convertir et mériter d'être un jour notre compagnon et notre éternel ami, dans la béatitude céleste. Et à cause de cela, nous devons l'aimer, et, par conséquent, lui pardonner. » Notre pardon est l'acte d'une vertu qui n'excepte personne ; la charité, l'acte d'une âme grande et généreuse. L'immoralité et le vice que nous reprochent les incrédules, restent au compte de l'âme assez basse et assez vile, pour n'être pas touchée de notre pardon. Nous sommes, dira-t-on, lésés dans notre honneur, nos intérêts et nos biens. Faut-il donc accepter cela sans protester ? — Non. La charité ne nous défend pas d'en demander et d'en poursuivre la réparation, pourvu, cependant, que ce soit sans passion, sans désir de vengeance, par pur amour de la justice et horreur du scandale, en épargnant, autant qu'il est possible, la personne des coupables, et en conservant au fond du cœur, es sentiments de charité que Dieu exige de nous, par son commandement.

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Dussions-nous n'obtenir aucune réparation, il faut pardonner encore, sans craindre de nous abaisser et de nous amoindrir. Est-ce que Dieu s'abaisse et s'amoindrit, quand il nous pardonne nos offenses ? Avoir pitié et pardonner, c'est, comme le chante l'Église, un magnifique témoignage de sa toute-puissance. Ah ! si nous avions le sens chrétien, si nous songions au déshonneur que l'homme s'inflige par le péché, nous jugerions que toutes les hostilités, injustices, vexations les plus gratuites en apparence, ne sont que la juste punition des offenses dont nous nous sommes rendus coupables envers Dieu, et nous serions reconnaissants à ceux qui nous affligent, plutôt que de leur en vouloir. Tels sont les sentiments d'une âme vraiment chrétienne.

Non ! qu'on ne dise pas que le pardon est une faiblesse indigne d'un homme qui se respecte ; ce n'est pas être faible, c'est être fort, que de vaincre son orgueil et sa colère, et les faire plier sous le joug de l'amour fraternel. « Qui domine ses passions vaut mieux que celui qui assiège et prend les villes d'assaut )>, dit le livre des Proverbes. Les païens, dans leurs bons moments, avaient compris cela, et Cicéron écrivait :« Se vaincre soi-même, réprimer sa colère, pardonner à un ennemi et le relever, c'est faire plus qu'un héros, c'est s'égaler à la divinité. »

Hn8 PE r.A CONDITION REGOUREUPE Qi'a REQCISE

C'est bien, dira-l-on, nous pardonnerons à nos offenseurs, mais à la condition que tout soit fini entre eux et nous, et qu'ils demeurent enterrés dans un oubli profond, où ils seront pour nous comme s'ils n'étaient pas. Malheureux que nous sommes ! Nous ne voyons donc pas que nous forgeons contre nous une arme terrible, dont Dieu se servira pour blesser nos cœurs réfractaires au pardon? Osons donc lui dire, dans notre prière quotidienne . « Mon Dieu, pardonnez-moi mes offenses, comme je pardonne à ceux qui m'ont offensé. » — Détestable ironie, prière insensée ! qui dit à Dieu : <( Seigneur, comme je pardonne à mes ennemis, sans vouloir jamais les voir, je vous prie de me pardonner, en me privant pour toujours de votre vue ; comme je pardonne à mes ennemis, sans jamais penser à eux, si ce n'est avec un secret ressentiment, je vous prie de me pardonner, sans jamais penser à moi avec amour, avec bonté ; comme je pardonne à mes ennemis, sans vouloir leur faire aucun bien, je vous prie de me pardonner sans me faire aucune grâce ; comme je pardonne à mes ennemis, sans leur donner aucune marque de réconciliation, je vous prie de me pardonner, sans jamais me faire sentir que vous m'avez rendu votre amitié. »

Eh bien, non ! Nous ne braverons pas ainsi la

s3olère de Dieu, nous ne détournerons pas de nous sa miséricorde par cette bravade; mais alors que faut-il faire, pour que notre pardon soit vrai, sincère et efTicace ? Saint Thomas nous l'apprend en quelques mots : « Faisons au moins le nécessaire de la charité : Qaod ex necessitate charitatîs ». C'està-dire . étendons à nos ennemis, cette douce et bienfaisante charité que nous devons avoir pour tous les hom.mes, selon les degrés d'union que la nature, les alliances, les rapports sociaux, ont établis entre eux et nous. Préparons notre cœur à leur donner les témoignages extérieurs de cette charité, à les saluer, à les voir, à leur parler, à les visiter, à les consoler, à les secourir, et surtout, à prier pour eux, quand une véritable nécessité spirituelle ou temporelle l'exige. Voilà le nécessaire de la charité dont rien ne peut nous dispenser.

Mais en faisant le nécessaire, défions-nous des secrets mouvements de la passion. Il se peut qu'il n'y ait, en notre conduite extérieure, à l'égard de nos offenseurs, rien qui puisse scandaHser les hommes ; mais les hommes ne voient que ce qui parait. Dieu regarde jusqu'au fond du cœur : Homo videt quœ parent, Deiis autem intuetur cor. Pendant que nous faisons bon visage à ceux qui nous ont offensés. Dieu voit l'aigreur que réveille en notre âme leur présence ou leur souvenir ; les

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retours amers que nous faisons sur les injures dont ils se sont rendus coupables à notre égard, la joie maligne que nous font goûter leurs disgrâces; la peine que nous cause leur prospérité ; la crainte de leurs succès ; la complaisance avec laquelle nous écoutons le mal, l'impatience avec laquelle nous souffrons le bien qu'on en dit : toutes choses qui, malheureusement, prouvent que nous n'avons pas encore fait tout le nécessaire de la charité, laquelle nous demande de pardonner du fond du cœur : ex cordihus nostris.

Ce nécessaire de la charité, nous ne pouvons pas le refuser, puisque le commandement de Dieu nous l'impose. Cependant, nous pouvons faire davantage, car il y a, dit saint Thomas, deux manières de pardonner : l'une est commune aux vrais chrétiens qui accordent volontiers leur pardon à ceux qui le demandent, parce qu'ils ont déjà pardonné au fond de leur cœur ; l'autre est le propre des parfaits qui vont au-devant de l'offenseur, et cherchent à gagner son âme.

Sans doute, on ne peut pas nous obhger, quand il s'agit d'un ennemi, à ces tendresses, ces prévenances, ces attentions délicates, ces soins empressés, ces services dévoués, que nous prodiguons à nos amis de cœur. Autant vaudrait nous demander, dira-t-on, de caresser un hérisson. Et

pourtant, avec des gants solidement bardés d'humilité chrétienne, et bien rembourrés de douceur évangélique, nous pouvons le caresser, ce hérisson, le contraindre à coucher ses dards, et à n'avoir plus avec nous que des relations amicales. L'Évangile qui nous ordonne de pardonner du fond du cœur à nos frères ennemis, nous conseille de les gagner par nos prévenances et nos charitables procédés. Ce fut, en tout temps, la pratique des saints. En lisant leur histoire, nous y rencontrons maints traits admirables d'humilité et de douceur évangélique qui, souvent, ont triomphé des inimitiés les plus opiniâtres et les plus acharnées. Nous ne sommes pas saints, c'est vrai ; mais ce serait un grand bonheur que nous le devinssions. Et nous le pouvons, si nous nous pénétrons comme eux, des sublimes leçons que nous donne, par ses exemples, le roi des saints, notre divin Maître, Jésus-Christ. Contemplons et méditons sa passion. — Judas le trahit ; les princes des prêtres, les docteurs, les anciens du peuple, l'accusent et le jugent ; Pilate le condamne ; Hérode se moque de lui ; les soldats le bafouent, le maltraitent et le déchirent de coups ; le peuple demande sa mort à grands cris ; les bourreaux le crucifient ; tous l'insultent à cette heure sinistre et solennelle, où la vie mourante du dernier des misérables ne peut inspirer qu'une respec-

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tueuse pitié. — Et Jésus ne se plaint pas, il no menace pas, il ne maudit pas, mais il se tait. S'il parle, c'est pour faire entendre des paroles d'amour, de miséricorde et de pardon.

Il en est une qui doit profondément émouvoii et attendrir nos cœurs chrétiens. Quand Judas qui l'a trahi, s'approche de lui, pour lui donner le baiser perfide qui doit le livrer à ses ennemis, Jésus, au lieu d'éclater en reproches, ne lui dit que ces douces paroles: « Amice, ad quid venisti? Ami, pourquoi es-tu venu ? » 0 prodige ! Il appelle cet abominable traître, 'son ami : amice! Il l'aimait donc encore ? • — Oui, il l'aimait. Et si le misérable, sur le chemin du lieu écarté où il allait se pendre, se fût dit à lui-même : Cet homme, ce maître que j'ai vendu, m'a appelé son ami ; est-ce que je ne pourrais pas implorer sa pitié ? si, revenant sur ses pas, il eût suivi les traces sanglantes de son Maître ; si, le rencontrant sur la voie douloureuse, il lui eût dit : Rabhoni : mon bon Maître, je suis un misérable et un infâme, est-ce que vous ne pardonnerez pas à celui qui vous a trahi ? — Eh bien ! soyons-en convaincus, une seconde fois, Jésus l'eût embrassé, une seconde fois, il lui eût dit : « Judas, mon ami, mon pauvre fils, tu m'as vendu, mais j'ai pitié de toi. Viens avec moi au Calvaire; viens, ton crime sera noyé dans mon sang.»

Oui, bien-aimé Sauveur, vous eussiez fait cela, nous le croyons, nous le sentons. Est-ce que, mille et mille fois, vous ne nous avez pas pardonné, après que nous vous avons trahi par le péché ? 0 sainte âme du Sauveur ! qui pourra jamais comprendre la profondeur de votre amour, et la sublimité do vos pardons! Pénétrez-nous de vos sentiments. Faites-nous aimer comme vous avez aimé, afin que nous puissions désormais, avec confiance, dire à notre Père céleste : Pater... Dimitte nohis débita nostra, sicut et nos dimittimus dehitoribus nostris.

QUE LA JUSTICE Eï LA CHARITÉ

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