IV. PATER... DIMITTE NOBIS DEBITA NOSTBA
Nous ne devons pas nous contenter d'implorer la miséricorde de Dieu pour nos fautes personnelles. La justice et la charité exigent que nous donnions une plus grande extension à notre prière . La justice, à cause de notre responsabilité dans un certain nombre de fautes qui se commettent autour de nous, et dans les châtiments qu'elles ont mérités ; la charité, à cause des liens de fraternité qui nous unissent en ce monde et en l'autre, à tous les pécheurs et nous font un devoir de venir en aide à leur misère, plus grande que toutes les misères. Achevons, par le développement de ces deux pensées, le commentaire de notre cinquième demande.
Nous sommes rentrés en nous-mêmes ; nous avons considéré la gravité et le nombre de nos fautes, et l'insuffisance de nos satisfactions.
'M'tH QUE LA JUSTICE ET LA CHAKITE NOUS OBLIGENT
Humiliés et trcrnblunls dovaiil la justice de Dieu, nous lui avons demandé pardon, et confiants en sa miséricorde infinie, nous lui avons promis d'être nous-mêmes miséricordieux envers ceux qui nous ont offensés. — C'est bien. — Mais il nous reste à considérer une chose à laquelle nous ne pensons peut-être pas assez : la contagion de nos péchés.
Trop souvent, hélas ! le péché sort de lui-même et se répand comme une peste dans une longue suite de générations. Les hérésiarques, les penseurs scélérats, les écrivains immoraux, les pouvoirs sans conscience, ont empoisonné des peuples entiers ; les parents impies et libertins ont empoisonné leur famille ; tout pécheur scandaleux a empoisonné quelque âme innocente dont la contagion a pu se multiplier à l'infini. Il nous est impossible de voir et de prévoir le long retentissement des fautes que notre coupable insouciance oublie trop facilement. Mais Dieu qui a suivi attentivement toutes les évolutions et fluctuations de la vie morale dans les individus, les familles et les sociétés, saura peser équitablement la terrible responsabilité des pécheurs. A lui seul, il appartient de leur faire connaître le nombre et le malheur de ceux qui ont souffert de leurs iniquités. Quand la course du temps, subitement arrêtée, ne permettra plus au péché de prolonger son action funeste, il
convoquera à son tribunal les innombrables victimes des docteurs d'impiété, des professeurs de libertinage, des pouvoirs publics, des chefs de famille infidèles à leur mission, des misérables qui ont abusé du prestige de l'esprit et des séductions de l'amour, pour pervertir et corrompre. Ne pouvant les frapper pour des crimes où leur volonté n'est intervenue que d'une manière indirecte et médiate, c'est bien le moins qu'il leur inflige en public, ce châtiment de voir tous ensemble ceux qu'ils auront perdus, d'entendre leurs cris lamentables, leurs reproches, leurs imprécations, et d'être traités d'empoisonneurs et d'assassins.
Je suis convaincu que, nous, chrétiens, nous n'aurons point à subir le sort lamentable de ces empoisonneurs et de ces assassins des âmes. Dieu nous épargnera leur immense confusion et leur éternel supplice, parce que nous aurons soin de nous décharger dès maintenant, de toute responsabilité, en demandant pardon à Dieu, dans notre prière dominicale, de toutes les fautes du prochain, dont nous pouvons dire : Ce sont nos fautes et nos dettes : Débita nostra. C'est un acte de justice.
Pardonnez-nous donc, ô Dieu très bon et très miséricordieux, les scandales dont nous nous sommes rendus coupables par nos mauvais exem-
tE PATER. — 2i