‹ La prière divine, le PaterChapitre 67 sur 85 · QUE LA JCSTICK ET LA CHARITÉ NOUS OBLICENT · texte numérisé non relu

QUE LA JCSTICK ET LA CHARITÉ NOUS OBLICENT

nos offenses et la remise de nos dettes de péchés, à toutes les fautes du prochain, dont nous sommes plus ou moins responsahles. Mais, ne fussions-nous chargés d'aucune responsabilité, la charité nous demande d'être plus larges. — En vertu des liens d'universelle fraternité, qui unissent entre eux les enfants du même Père des cieux, nous devons nous aimer les uns les autres, et compatir aux misères du prochain, comme si elles étaient nos propres misères.

Or, est-il une misère plus grande que celle des pécheurs ? — En offensant Dieu, le pécheur, selon la remarque de saint Thomas, a blessé, déformé, amoindri sa nature, troublé l'ordre de ses facultés. Il s'est mis en contradiction avec lui-même, en contradiction avec la royale dignité dont Dieu l'a investi, en le couronnant de gloire et d'honneur, en l'élevant au-dessus de toutes les créatures d'icibas, en lui donnant l'empire du monde, si bien, dit le Psalmiste, qu'on peut le comparer aux bêtes sans raison, dont il a pris l'attitude humiliée. Il a perdu la divine beauté dont la grâce avait paré son âme. Il a affaibli ses forces et enchaîné sa liberté par de funestes habitudes. Il s'est condamné à la stérilité, car son âme n'étant plus vivifiée par la grâce de Dieu, devient incapable de mérites proportionnés à sa sublime fm. Dépouillé des biens

spirituels qu'il avait acquis, il devient incapable d'en acquérir d'autres. Ses prières, ses aumônes, ses tribulations, ses souffrances, tout va au néant, tant qu'il reste dans l'état du péché. Sa vie est perdue, il n'a plus en perspective que la mort éternelle. Et cette mort le menace et peut le surprendre à chaque instant, car il a armé contre lui la terrible justice de Dieu.

Quelle misère, grand Dieu ! quelle misère ! N'y a-t-il pas de quoi attrister profondément une âme chrétienne ? Mais, sachons-le bien, l'amour fraternel du prochain ne remplirait pas tout son devoir, s'il se contentait d'une compassion larmoyante. Il ne peut être satisfait que par une compassion active et bienfaisante, qui s'applique à remédier à la misère du pécheur. Nous ne pouvons pas toujours, il est vrai, aborder les pécheurs, les avertir, les réprimander, les supplier de rentrer en eux-mêmes, et de revenir à Dieu ; mais il est un acte de charité à la portée de tous : c'est la prière, l'appel incessant et fervent du cœur chrétien à la miséricorde divine, que nous a suggéré notre miséricordieux Sauveur, dans l'oraison qu'il nous a dictée : Et dimiite nohis débita nostra. Pour entrer dans ses intentions, soyons généreux, prenons à notre compte les dettes spirituelles des pécheurs, et demandons pardon à Dieu, non seulement pour

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nous, mais pour tous ceux qui rofTonsent, quand nous récitons notre Pater. Sans doute, Dieu ne pardonnera que si le pécheur lui-même l'implore ; mais, par notre prière, nous préparons la grâce qui doit toucher son cœur, et lui faire pousser un cri de repentance.

Cette extension de la prière dominicale à tous les pécheurs est d'autant plus urgente, qu'en se nuisant à eux-mêmes, ils sont pour nous un danger. L'accumulation des ingratitudes et des crimes dans un milieu social crée une sorte d'atmosphère pestilentielle dont les effluves montent vers le ciel, provoquent la colère de Dieu, et appellent sur les peuples coupables, des fléaux dont nous pouvons être les victimes.

Il ne s'agit pas alors de gémir, de se lamenter, de s'épancher en récriminations, en imprécations, en malédictions contre la perversité publique.

Humilions-nous, car nous sommes, hélas ! complices de cette perversité, et solidaires de la dette nationale, par notre indifférence, notre laisserfaire, et peut-être, par nos coupables complaisances et nos faciles compromissions avec l'esprit du monde. Dieu attend de nous un appel plus fervent que jamais, à sa miséricorde. C'est le moment de lui dire d'un cœur contrit et humilié, pour nous, et pour tous les pécheurs : a Parce, Domine, parce

populo tua : Seigneur, épargnez votre misérable peuple. » Pardonnez-nous nos offenses, et remetteznous nos dettes de péchés : Dimitte nohis débita no sir a.

Allons plus loin. Plus loin que le monde qui nous entoure. Franchissons les frontières de la mort, et descendons en esprit, dans ce monde mystérieux où Dieu règle définitivement avec les âmes pécheresses, le compte de sa justice. Il en est que condamne à d'éternels supplices une irréformable sentence. Nous ne pouvons rien pour elles. Mais combien d'autres réclament notre assistance pour achever de payer leurs dettes de péchés ! C'est peut-être à cause de nous qu'elles souffrent. N'est-il pas juste que nous les aidions à réparer tout ce qui, dans notre vie, a pu leur être funeste ?

N'y eût-il pas pour nous une obligation de justice, la charité nous presse de répondre à ce cri lamentable qu'elles font entendre à notre cœur : Pitié, pitié, vous qui nous aimez, car la main du Seigneur s'est appesantie sur nous : Miseremini, miseremini, saltem vos, amici mei, quia marias Domini tetigit me. Elles appartiennent comme nous, à ce corps mystique de l'Ëglise, dont saint Paul a dit : « Si patitur unum membrum, compatiuntur omnia membra : Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui. » Puisqu'elles

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sont incapables d'aucun acte méritoire, pour apaiser la justice de Dieu, donnons-leur les nôtres. Nous sommes trop imparfaits pour mettre fin à leurs peines, comme ces saints et ces saintes héroïques qui, victimes volontaires d'une efîroyablf substitution, consentaient à endurer dans leur corps toujours près de mourir, dans leur âme amoureuse de Dieu, les inexprimables tortures, les délaissements et les crucifiants désirs du purgatoire. Mais, au moins, appelons à notre secours l'infinie miséricorde de Dieu. Étendons à ces chères âmes l'efiicace de notre prière dominicale, et, charitables interprètes de leurs désirs et de leurs douleurs, disons à Dieu pour elles . Père, Père, remettez-nous nos dettes de péchés ■ Pater, dimitte nobis débita nostra. Jésus le grand miséricordieux ne se contente pas de nous enseigner cette prière , il la fait avec nous et en nous Ne s'est-il pas chargé de toutes nos iniquités, jusqu'à devenir, selon l'efîrayante expression de saint Paul, comme le péché lui-même '( Eum qui non noverat peccatum, pro nobis peccatiim fecit. )» C'est avec lui, par lui, et en lui que nous devons donner à notre prière sa plus large extension et dire avec une profonde humilité et une filiale confiance . Pardonnez-nous nos offenses, remettez-nous nos dettes : Dimitte nobis débita nostra.

Ici s'arrêtent les Commentaires du P. Monsabré sur le Pater. Il n'a laissé sur les dernières demandes de la divine prière que des notes informes, germes incomplets qui ne sauraient être d'aucune titilité pour personne. Prévenu par la mort, dans lu pleine possession de son àme, il n'a pas pu traiter de la tentation et de la délivrance du mal, comme it se l'était proposé. Dieu l'a délivré lui-même avant l'achèvement de sa tâche, jugeant sans doute que son sp?-viteur avait suffisamment travaillé pour sa gloire. Dans le ciel où il l'a rappelé, il lui inspirera, nous en avons la douce confiance, de prier pour ceux qui demeurent ici-bas aux prises avec la tentation et exposés aux atteintes du mauvais. Ce que la parole ou la plume de l'éminent orateur^ éloquentes toutes deux, lumineuses et efficaces également, n'ont pas eu le temps de réaliser, je veux dire notre pleine délivrance, son intercession nous l'obtiendra.

CIIÂPII RE PREMIER

. Le proloyue de la divine prière.

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