‹ La prièreChapitre 101 sur 136 · Antienne de l'Avent · texte numérisé non relu

Antienne de l'Avent

364 EFFICACITÉ Dli LA PRiÈRIi

vrira les unes et fermera les autres ? — La clef de David, la prière.

De trop longues pluies vont noyer les espérances de notre travail, ou bien la terre desséchée ouvre ses flancs meurtris, et crie : J'ai soif. La nature languit et va mourir. — 0 clef de David, ouvrez-nous les portes par où s'épanchent les chaudes ardeurs ou les ondes bienfaisantes qui donnent à nos champs la fertilité et l'abondance !

Frappé aux sources de la vie, le corps du travailleur, de nos parents, de nos amis, tombe sur un lit de souffrances et se consume dans une lente agonie. Et nous-mêmes, nous sommes voués à l'influence de tant de forces ennemies, que nos foyers domestiques semblent faits pour donner l'hospitalité à toutes les douleurs. — 0 clef de David, ouvrez-nous les portes par où descend cette mystérieuse vertu qui donne à notre sang de riches ondes, à notre cœur des palpitations fortes et réglées, et qui peut guérir toutes les infirmités humaines. Que si ces portes rebelles refusent de s'ouvrir, allez plus loin ; plus loin, vous ouvrirez les portes de la résignation, de la patience et des divines consolations.

Que de peuples sont assis dans l'ombre de la mort ! Que de pécheurs marchent sans crainte et sans remords dans la nuit de l'erreur et du

crime ! Que d'âmes infortunées, épuisées par les combats de la vie morale, poussent des cris de détresse, et se plaignent de leurs défaillances et de leurs défaites! Que d'âmes généreuses, ardentes, inassouvies dans leurs désirs de perfection et de sainteté, ont besoin d'un secours divin pour accomplir leurs grandes missions d'amour et de dévouement !

0 clef de David, ouvrez à tous les portes de lumière et de force, par oij se précipitent les grâces qui éclairent les égarés, tourmentent les indifférents, abattent les audacieux, brisent les endurcis, encouragent ceux qui luttent, fortifient ceux qui faiblissent, relèvent ceux qui tombent, soulèvent et poussent en avant les âmes de bonne volonté, dans les voies ardues que couronnent les sommets sacrés de la sainteté!

Les nations ont péché, et Dieu laisse dormir sa bonté dédaignée, pour ne plus nous montrer que sa justice. Malheur à nous, voici les fléaux ! C'est la guerre, c'est la famine, c'est la peste; ce sont les tourbillons des vents déchaînés, les grandes, eaux qui ont rompu leurs digues; ce sont les feux de la terre ébranlée et du ciel déchiré ; c'est tout ce qu'il faut pour détruire un peuple, et faire oublier jusqu'à son nom. Le châtiment est proche, ô peuples qui n'y pensez

pas. Si ce n'est pas pour aujourd'hui, ce sera pour demain, et demain, vous ne serez plus. — Mais non, mais non. — 0 clef de David, fermez, fermez les portes par où vont s'échapper les saintes colères de Dieu, et refoulez dans son sein l'orage qui doit fondre sur nous. Que si nous devons être châtiés, eh bien, vous ouvrirez à notre honte et à notre repentir, les portes saintes par où descendent la résurrection et la liberté des peuples.

Ouvrez, fermez ! Dieu ne sait pas mêler pour vous les fortes serrures qui protègent, au centre de sa vie, les trésors de sa bonté et de sa justice. Ouvrez, fermez; fermez, ouvrez, vous êtes toutepuissante.

Que signifient ces appels? — Est-ce un jeu de notre imagination exaltée? — Non. — C'est une ode que chante notre mémoire, un raccourci d'une histoire immense, dont chaque page nous raconte les étonnants et admirables effets de la prière. — Elle a commandé à la nature et contrarié ses lois. Elle a multiplié les merveilles, pour guérir les maux de l'âme et du corps ; elle a transformé les ennemis de Dieu en apôtres de sa gloire ; elle a inondé de lumières des âmes ignorantes et naïves, et les a élevées jusqu'à la plus sublime science ; elle a allumé dans

les cœurs généreux les saintes flammes d'amour, d'où procèdent les héroïques dévouements, et les nobles sacrifices; elle a ouvert les yeux des aveugles et les oreilles des sourds; elle a fait parler les muets et marcher les paralytiques ; elle a arrêté les envahissements de la mort, et ressuscité ses victimes ; elle a calmé la fureur des flots, et fait rentrer les laves des volcans dans leur cratère ; elle a conjuré les fléaux, vaincu les armées, sauvé les villes et les peuples qui ont perpétué, par des monuments et des fêtes religieuses, le souvenir de sa puissance.

On peut lire tous ces faits dans l'histoire du peuple de Dieu, les annales de l'Église, et la vie des Saints. Ils sont si nombreux, si extraordinaires,si merveilleux, qu'on est en droit de dire, avec un saint Docteur : « En face de la toutepuissance justicière et bienfaisante de Dieu, l'homme, armé de la prière, est une toute-puissance suppliante : Omnipolenlia supplex ».

Pauvre humanité ! C'est toi Jacob ; Jacob couché sur la poussière du chemin, la tête appuyée sur la pierre de ses douleurs. Pendant le sommeil de tes jours terrestres, le rêve de ta vie passagère et mortelle, tu luttes avec Dieu par la prière ; mais tu ne connaîtras bien ton nom

qu'au réveil de l'éternité. « Tu t'appelles Israël Fort sur Dieu ».

Au dedans comme au dehors, la prière est donc une force dont lefficacité se révèle par toutes sortes de biens. Voilà le fait. Mais nous n'en avons vu jusqu'ici que la superficie; cherchonsen les raisons, c'est-à-dire, perfectionnons la pratique, la mise en œuvre de notre force religieuse, par la science de cette force.

Et d'abord, la prière est efficace, parce qu'elle correspond à un penchant de la nature divine, qui s'est communiqué à notre nature, et l'honore autant, et plus peul-ctre, que la raison. — Nous avons tous, ainsi que nous l'avons vu plus haut, l'instinct de la prière ; mais cet instinct serait une superlluité, un non-sens, un mensonge, une inexpliquable bassesse, s'il n'avait pour écho un penchant qu'il met en mouvement, et fait s'incliner un cœur d'homme vers un autre cœur, pour les unir dans un fraternel embrassement. Ce penchant qui peut s'élever jusqu'à la passion, et de la passion jusqu'à la vertu, c'est l'amour, ou, du moins, la pitié.

Ainsi va notre vie commune, ici-bas, par un perpétuel mouvement, de la prière à l'amour, à la pitié ; de l'amour, de la pitié, à la prière. Sans doute, il peut y avoir des prières infâmes, auxquels répondent d'infâmes passions, mais cet exécrable abus n'avilit en rien le consolant échange qui se fait chaque jour des plus puissants instincts et des plus nobles penchants de l'humanité.

Interrogeons notre nature, regardons ce qui se passe autour de nous, partout nous rencontrerons l'amour et la pitié, en réponse à la prière. — Quand la plaintive Esther tombait pâmée aux pieds d'Assuérus, lui demandant sa grâce et celle de son peuple, l'amour lui répondait par une royale amnistie. Quand l'épouse de Coriolan couvrait de baisers et de larmes les mains sanglantes et victorieuses de son époux, l'amour lui répondait par la délivrance de Rome épouvantée. Quand une mère intercède pour un fils coupable, quand ce fils longuement répudié, embrasse les genoux de son père, l'amour leur répond par un généreux pardon. Qu'un pauvre suppliant implore un chrétien, qu'un affligé lui fasse des confidences, qu'un infirme, un blessé, un mourant, en appellent à son cœur, l'aumône, les consolations, les soins délicats et dévoués,

sont les réponses de l'amour. Notre cœur est-il encore assombri par un reste d'égoïsme ? la pitié au moins, la pitié, aurore de l'amour, nous presse de répondre aux plaintives prières de nos frères. Elle est parfois si forte, qu'elle peut faire des choses que l'amour seul ne ferait pas. Si les créatures sur lesquelles s'étend notre royale domination et qui servent à nos besoins, si le ver de terre que nos pieds écrasent, pouvaient prier et demander grâce, nous leur dirions : « Pauvres créatures du bon Dieu, vous êtes à moi ; je suis maître de votre vie ; mais, par pitié, je veux vous épargner, et vous laisser vivre ». Bref, l'amour et la pitié répondent, de tous côtés, à la prière.

Or, tout ce qu'il y a de bon en ce monde, existe premièrement, éminemment et typiquement en Dieu. Auteur de tout bien, il n'a pu nous donner ce qu'il n'avait pas. Il y a donc un côté de sa grande et belle nature, qui répond à notre prière. Mais ce que nous avons de lui n'est rien, en regard de ce qu'il est et de ce qu'il possède. Dire qu'il a pitié de nous, c'est une expression imparfaite, empruntée à notre imparfaite nature. Dire qu'il est bon d'une adorable bonté, dire que son cœur est pour nous sympathique et tendre, comme le cœur d'un père, ce

n'est pas assez. Dieu nourrit éternellement dans son sein un amour infini, une immense et indéfinissable compassion pour la misère. Il la recherche, il s'incline, il se laisse tomber vers elle, et si ses perfections n'étaient invulnérables, il souffrirait de notre misère. L'Ecriture chante son nom avec une sorte d'emphase : «■ Il est miséricordieux, et encore miséricordieux : Misericors et miserator Dominus » * ; c'est-à-dire que son cœur se donne tout entier à notre indigence, à notre impuissance, à nos misères, et qu'il est prêt à tout pour nous en guérir ; ce qui, dit saint Thomas, convient excellemment à sa parfaite nature : Repellere miseriam ciliciijiu maxime compelit Deo ^. Après cela, faut-il s'étonner que la prière soit une force capable de tout obtenir de lui ?

Dieu pouvait se contenter des profondes sympathies de sa nature qui servent si bien nos intérêts ; c'était assez pour assurer l'efficacité de la prière ; mais il a voulu, tant il est pressé de faire le bien et de nous inspirer la confiance, y ajouter la sûre garantie de son honneur.

Quand nous croyons à la vertu d'un homme ;

Page 1