‹ La prièreChapitre 107 sur 136 · ExoD., cap. XXII · texte numérisé non relu

ExoD., cap. XXII

2. Ipse Spirilus postulat pro nobis gemitibus inenarrabilibus. (Rom., cap. viii, 26).

Quelle sublime et définitive garantie pour l'efficacité de l'acte religieux vers lequel s'incline spontanément la miséricordieuse nature de Dieu, et à l'endroit duquel il a engagé sa parole et son honneur ! Ah ! le Sauveur avait bien raison de nous dire, aux jours de son pèlerinage : « En vérité, en vérité, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donnera » *.

Aussi, c'est par lui, avec lui, et en lui, que nous demandons tous les biens de la terre et des cieux : Per ipsum^et cum ipso, et in ipso : par ses anéantissements, par sa pauvreté, par son inépuisable libéralité, par sa puissance, par sa miséricorde, par ses douleurs, par son sang, par sa croix, par sa mort, par son triomphe, par sa gloire, par son Esprit, par toute sa vie : les mystères, les vertus, les actes, les mérites de sa vie ; par Jésus-Christ tout entier, notre Seigneur, et votre Fils, ô mon Dieu, qui vit et règne avec vous, en l'unité de l'Esprit-Saint, dans tous les siècles des siècles. Amen.

1. Amen, amen, dico uobis, si quid pelierilis Palrem in nomine meo, dabil vobis (Joan., cap. xvi, 23).

Les divines garanties que nous venons d'étudier nous permettent-elles de compter, en tout temps et en toutes circonstances, sur l'infaillible efficacité de la prière? — Assurément, si laprière, munie de toutes les conditions qui la rendent acceptable, entre dans l'économie des desseins éternels de Dieu, dont la sagesse et la volonté souveraines déterminent et mesurent, pour notre bien particulier et pour le bien général de son gouvernement, la nature et l'effusion de ses dons.

Nous nous étonnons, nous nous attristons, nous nous tourmentons, nous nous plaignons même de n'être pas toujours exaucés. Cela vient de ce que nous ne tenons compte que de nos désirs et de la prière qui en est l'expression, sans égard pour la divine économie qui en règle Teffîcacité. Trois mots résument cette divine économie : les refus, les retards, les compensations.

Rappelons-nous ce que nous avons dit des qualités de la prière : Elle doit être humble, pieuse et persévérante^. Si c'est l'acte d'une âme vaine et présomptueuse qui méconnaît son indignité, et s'imagine qu'elle a le droit de faire 1. Cf. Chapitre IX. .

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de ses requêtes aulant de sommalions ; l'acle d'une àme légère, difficilement recueillie devant la très sainte majesté de Dieuj trop peu pénétrée de l'esprit de foi, pour s'adresser à lui avec cet amour respectueux et confiant qui attend tout de son infinie bonté, et s'abandonne filialement à sa volonté sainte ; l'acte d'une âme inconstante, qui se lasse et se décourage, parce que le ciel ne répond pas assez vite à l'impatience de ses désirs ; on comprend que Dieu ne soit pas touché. Ce n'est pas pour une telle prière qu'il a engagé sa parole et son honneur, et promis le concours de la toute-puissante intercession de son divin Fils ; à cette prière, il ne doit rien. Ne lui reprochons pas ses refus ; accusons-nous, plutôt, de les avoir mérités.

Mais si la prière est l'acte d'une âme humble, pieuse et constante, si elle est saintement munie des qualités qui doivent la rendre acceptable, comment se fait-il que Dieu lui réponde souvent par des refus ? — Tout simplement, parce que l'objet de la prière ne s'ajuste pas aux desseins de Dieu. Nous l'avons dit plus haut : Dieu a ordonné toutes choses à noire salut '. Dons de la nature et de la grâce, tout doit concourir h

nous faire atteindre ce terme suprême de notre vie. Si nous connaissions parfaitement la destination et l'ordre de ces dons, nous nous garderions bien d'y contredire par des désirs hors cadre, et des demandes indiscrètes. Mais ignorants que nous sommes des voies particulières par lesquelles Dieu veut nous conduire à noire sublime fin, il n'est pas étonnant que nous lui demandions des choses contraires à ses desseins, où tout est sagesse et amour, choses qu'il ne peut nous accorder, choses, dit Origène, qui empêchent les saints eux-mêmes d'être exaucés •. Dieu est père ; un père ne donne pas à son enfant, malgré ses désirs et ses instances, un objet qu'il sait lui être dangereux et nuisible. Nous demandons, par exemple, des grâces temporelles ; mais est-il bien sûr que nous en ferons un saint usage, et qu'elles ne deviendront pas pour nous une occasion de donner à la nature trop de liberté, pour prendre ses aises au détriment de notre vertu ? — Nous demandons des grâces spirituelles, mais entrent-elles dans l'ordre de notre prédestination, et, au lieu de nous rendre plus parfaits, ne seront-elles pas des aliments de vaine gloire et d'illusions ? — Et si nous

1. Exaudiri sanctos quandoque res ipsœ non sinunf. (In Thren., cap. m).

prions pour les autres, sont-ils dignes des dons de Dieu, et disposés à les recevoir ? — Nous nous contristons aujourd'hui des refus de Dieu, mais un jour ces refus nous seront expliqués, et nous n'y verrons plus que des témoignages de la sagesse et de la bonté divines à notre égard. Pourquoi attendre cette suprême révélation ? — Disons dès maintenant avec la séraphique Thérèse : « Seigneur, ne me châtiez pas en me donnant ce que je demande, si votre amour ne le désire pas » K

Mais, nous dira-t-on, l'amour de Dieu peut-il ne pas désirer le salut d'une âme dont nous lui demandons la conversion ? Epouses, mères, parents, amis, nous nous sommes prosternés devant Dieu, et nous lavons humblement, pieusement, longuement supplié, par les mérites de son divin Fils, linlercession de la Sainte Vierge et des Saints, d'éclairer, de loucher, de recevoir en grâce un pauvre pécheur obstinément éloigné de lui. Et voici qu'une effroyable surprise de la mort nous le ravit, sans que nous ayons pu voir en lui aucun signe de pénitence. Quelle désolation ! Dieu cruel, vous avez entendu nos prières, et vous brisez nos cœurs, en

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