Matth., cap. viu
Noscœurs catholiques aimentl'Église. — Sainte et infortunée mère, nous l'avons vue, dans le siècle dernier, presque partout en butte à la haine des peuples et des pouvoirs, et le siècle nouveau s'ouvre pour elle plein de sombres menaces, dans la nation qui se faisait gloire d'être appelée sa fille aînée. Une société diabolique longuement préparée à l'audace, par de sourdes conjurations, a envahi le pouvoir, et proclame, à haute voix, son dessein d'en finir avec la France catholique. — Va-t-elle triompher ? — L'Eglise va-t-elle perdre ce qu'elle a de plus cher dans l'universelle famille dont elle est la mère ? — Non, non, à Dieu ne plaise ! C'est l'heure : Hsec est kora.
C'est l'heure de la prière ; c'est l'heure de rappeler à Dieu ses promesses infaillibles, c'est l'heure d'obtenir de sa miséricorde et de sa toutepuissance un de ces prodiges qui, tant de fois, ont brisé les efforts de l'enfer, au moment même où l'on croyait qu'ils allaient prévaloir et renverser l'édifice de Jésus-Christ.
Nous sommes citoyens d'un pays dont nous désirons ardemment la gloire et la prospérité. Eh bien ! pour le vrai citoyen, c'est l'heure, quand les pharisiens de la liberté renient par des actes publics les principes retentissants qui ont fait
l'orante divin 411
leur fortune dans l'opinion; c'est l'heure, quand, arrivés au pouvoir, ils abusent despotiquement de la force bête du nombre, pour frapper d'ostracisme ce qui leur déplaît ; c'est l'heure, quand ils se tiennent prêts à absoudre d'une main le crime, à écraser de l'autre les institutions dont ils redoutent les progrès ; c'est l'heure, quand ils s'efforcent d'épouvanter la faiblesse des uns, pour satisfaire les convoitises des autres ; c'est l'heure, quand ils préparent, sous le couvert de la légalité, les jours néfastes pendant lesquels tout ce qui est grand s'écroule, tout ce qui représente la justice et la vertu est menacé dans son existence. Hsec est hora : c'est l'heure, il faut prier. « 0 Dieu, sauve ton peuple ; Salviim fac popiilumtuum, Domine. Nous ne demandons pas un miracle de ton bras ; mais, s'ils en ont pris leur parti, laisse-les se déshonorer. Ranime notre courage, ne permets pas que nous restions les spectateurs muets et tremblants des entreprises qui attentent à nos droits les plus sacrés. Si c'est ta volonté qu'ils soient violés pour un temps, que nos énergiques et saintes protestations préparent leur relèvement pour un meilleur et prochain avenir ».
Jésus-Christ nous a conduit au lieu et nous a indiqué le temps de la prière. Pour achever
de nous instruire, recueillons-nous avec lui, et voyons comment il prie.
Jésus, nous dit l'Évangile, ayant laissé à part ses disciples, s'avança un peu plus loin, et se prosterna la face contre terre, pour prier : « Progressas pusilliim ,procidit in faciem siiam, orans » . Pourquoi ce prosternement ? Pourquoi cette attitude humiliée ? N'est-il pas aussi grand que celui qu'il prie, un même Dieu avec lui, possédant au même degré les mêmes perfections : la puissance, la sagesse, la justice, l'amour ?
Ah ! nous le comprenons mieux, quand nous le voyons debout près du tombeau de Lazare, s'assurant, par un simple coup d'œil, du consentement de son Père, et parlant aussitôt à la mort en souverain '. Nous le comprenons mieux, quand, au sortir de la Cène, il se lève, regarde le ciel, et s'écrie : « Père, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie. Fais éclater la gloire que jai eue dans ton sein, avant que le monde existât... Tu es en moi, je suis en toi... nous sommes une seule chose... Père, écoute : Je