JOAN., cap. XI
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veux que ceux que tu m'as donnés soient avec moi où je suis, afm qu'ils voient la gloire dont tu m'as revêtu, et que tu m'as aimé avant la création du monde » ^. A la bonne heure, Jésus prie comme doit prier le Fils de Dieu.
Mais au Jardin des Oliviers, il n'ose plus lever les yeux, ni parler avec la même autorité ; sa face s'incline vers la terre, son corps ploie et succombe, il a perdu toute force et toute assurance. 0 mon Sauveur, n'êtes-vous donc plus le Verbe Incarné, splendeur du Père, égal à Dieu, maître de toutes choses? — Jésus est tout cela encore, rien n'est diminué dans sa personne ; mais, par un prodige que nous ne saurions expliquer, il jette comme un voile sur sa divinité, pour ne plus voir que son humanité, et quelle humanité ! Non plus celle qui, naguère, inondait de lumière le sommet du Thabor, non plus celle qui imposait à ses ennemis par la majesté de son aspect, non plus celle qui servait de glorieux instrument à Tinfînie sagesse du docteur et à
1. Palei\ clarifica fûiiim luiim, ui filius luus clarificef te..- Clarifica me, tu Pater, apud temelipsum, clariiate, quam habui, priusquam mundus esset, apud le... Tu Paier in me, et ego in te... et nos uniim siimus... Pater, qiios dedisii milii, volo ui ibi sum ego, et illi sint mecum, ut videant clarilatem meam quam dedisti mihi : quia dilexisti me ante conslilulionem mundi (JoAN., cap. xvn, 1-24).
la toute-puissance du thaumaturge ; mais une humanité lépreuse et toute souillée des péchés du monde. A sa vue, il est pris d'une mystérieuse épouvante, son âme triste jusque la mort, ne peut plus soutenir son corps tremblant, « il tombe la face contre terre, et il prie : Procidit in faciem suam, orans ».
Pécheurs, c'est en notre nom et pour nous apprendre à prier, que Jésus prie ainsi. C'est parce qu'il porte nos fautes et nos crimes qu'il s'anéantit, afin que nous nous anéantissions avec lui. Si l'humilité est nécessaire à toute créature qui comprend son néant en présence de l'infinie majesté de Dieu, combien plus à la créature déchue qui, en se détournant du souverain bien, a perdu les vrais honneurs de la vie et jusqu'à sa raison d'être. Le prophète la compare aux bêtes inintelligentes, ce n'est pas assez ; car la bête n'a rien fait pour changer en colère l'adorable bonté qui soutient son existence, le pécheur ne mérite qu'une chose : disparaître dans un ouragan de la justice divine. Si profondément qu'il s'incline, il ne sera jamais assez bas devant Dieu. Cependant, il y a des êtres superbes qui osent dire : — Pourquoi me mettre à genoux quand je prie, ne suis-je pas assez petit ? — 0 aveuglement de l'orgueil ! comme si
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l'homme coupable, fût-il prosterné dans la poussière et confondu avec elle, pouvait jamais représenter l'immense et prodigieuse vileté du péché !
Toutefois, prenons garde que l'humilité dans notre prière ne soit qu'une humilité de surface, tout entière dans les attitudes de notre corps. Jésus, représentant des pécheurs, a le cœur pénétré d'une sainte confusion. 11 l'exprime par la posture de sa chair prosternée et nous montre ainsi, dit le vénérable Bède, quelles doivent être les dispositions de notre âme ^.
Prenons garde encore de n'être devant Dieu que des esclaves épouvantés et tremblants, dans l'attente d'un châtiment trop mérité. L'humilité du pécheur doit être celle du fils qui compte sur la miséricorde de son père. Pater ! Père ! C'est le premier mot qui s'échappe de la bouche du Sauveur agonisant. Il y met tout son respect, toute sa confiance, tout son amour, toute sa piété filiale, et pourtant, il est devenu pour nous comme le péché vivant. Touchante leçon qui nous rappelle que, malgré nos iniquités, Dieu est toujours notre père : père tendre et plein de compassion pour la misère de son enfant, n'at-