L ORANTE DIVIN
miséricordes, au Dieu de toute consolation. Nous avons parlé dans notre chapitre XI, de la vertu consolatrice de la prière, mais remarquons bien ici que la consolation n'est pas l'objet direct de la prière du Sauveur. Il demande à son Père la délivrance de ses maux : « Pater, si possibile est, iranseat a me calix iste : Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi » ; mais il ajoute aussitôt : « Que votre volonté se fasse et non la mienne ». Dans cette courte prière, il y a, pour l'âme chrétienne, une sublime leçon. Aux faibles, aux pusillanimes, il est loisible de demander la fin de leurs maux. Jésus-Christ les y invite par son exemple, et Dieu ne refuse pas de les exaucer. Il pénètre les plus intimes secrets de notre nature, il pèse sa force, et aussi sa faiblesse, il sait jusqu'où nous pouvons aller sans découragement et sans faire tort à nos devoirs. S'il nous tenait plus longtemps sur les âpres chemins que nous parcourons en gémissant, nous tomberions en défaillance, et serions désormais impuissants pour le bien ; il prête l'oreille, il entend notre prière, il nous soulage, afin que nous puissions respirer et reprendre des forces, il dissipe nos maux, et, selon l'expression des saintes Lettres, « il nous envoie après la tempête des jours sereins et tran-
quilles » *. — C'est sa manière la plus simple de nous délivrer. Elle s'adresse aux âmes vulgaires.
Mais au-dessus de ces âmes, il y a des grands chrétiens plongés plus avant dans les mystères de la vie spirituelle, plus ouverts aux communications divines. Or, les grands chrétiens, comprenant l'austère mission de la douleur, préfèrent, à une demande absolue, la demande conditionnelle de Jésus agonisant : « si possibile est », et l'acquiescement filial qui la termine : « Que votre volonté soit faite, et non la mienne : Xon mea volunias sed iiia fiai ».
Les grands chrétiens sentent que s'il est bon d'être délivré, il est mieux de boire, comme le roi des martyrs, le calice de la souffrance jusqu'à la dernière goutte. Les grands chrétiens savent que la nature soutenue par la grâce, peut aller sans défaillir jusqu'au bout des plus terribles épreuves. Les grands chrétiens sont convaincus qu'une prière faite dans la douleur, si elle ne nous délivre [)as, ne laisse pas d'être efficace, et de mériter quelque grande grâce.
Les grands chrétiens font prier leur douleur, et aiment à faire entendre, avec le cri de leur