Rom., cap. i
LA PRIÈRE, f — 2.
pendant Thorreur d'une sombre vision de nuit, et donnant le frisson à ceux qu'il visitait, mais habitant pacifiquement au milieu des enfants des hommes : Et Verbum caro faciiim est et habit avit in nobis.
Dès lors, ce fut fini de ce cri traditionnel des Juifs : « Il n'est pas de nation aussi grande que la nôtre, pas de nation qui ait des Dieux s'approchantd'elle, comme s'approche notre Dieu»'.
Dieu se donnait à l'humanité tout entière dans une nature humaine. Il fit plus que passer trente-trois années de sa vie, aumilieu de nous ; il fit plus que nous léguer des Apôtres de sa doctrine, des représentants de son autorité souveraine, des héritiers de sa puissance, et des continuateurs de ses bienfaits ; dès qu'il entendit la voix de son Père, il s'enivra de son amour pour nous, et voulut perpétuer sa présence par un ineffable prodige. Les fragiles apparences que le prêtre nous montre dans ses mains émues, et dépose avec respect au fond des tabernacles, c'est lui réellement et substantiellement présent, lui qui cache sa Majesté sous le manteau de l'amour, et nous rappelle qu'il faut prier et adorer.
1. Nec esl alla natio lam grandis quas habeal Deos appropinquantes sibi, sicul Deus noster adest. (Deut., cap, iv, 7).
Chrétiens, choisis par Dieu et marqués d'un caractère sacré, pour être des adorateurs en esprit et en vérité, ne sommes-nous pas plus coupables que les païens, si nous traversons tous les âges de la vie sans élever nos cœurs vers Dieu, vers cet auguste visiteur qui a daigné soulever les portes de nos tentes voyageuses, et habiter avec nous dans cette vallée d'exil ? Jésus réclame ; Jésus proteste ; il nous jetterait à la face ses reproches et ses anathèmes, s'il n'aimait mieux être miséricordieux, et nous appeler par ses gémissements.
0 hommes ! ô chrétiens ! ne disons donc plus : « Dieu se cache. Oi^i est-il que nous l'adorions ? »
Il est partout, et partout il se manifeste et nous appelle. Il est dans la nature ; il est en nous ; il est dans les images qui nous rappellent le souvenir de son apparition ; il est dans les signes sacrés qui perpétuent sa présence parmi nous; il est dans l'Eucharistie. Prosternons-nous donc, prions, adorons : Adoremus et procidamus aille Deum. Que les louanges de notre âme montent vers lui, comme la fumée religieuse de l'encens. Ainsi nous accomplirons le premier et le plus grand de nos devoirs.
Monté vers Dieu par l'intelligence et prosterné devant lui par l'adoration, riiomme n'a encore rempli que la moitié de son devoir. Il est en son âme une puissance vénérable et sacrée dirigée par la raison, mais capable aussi d'ébranler la raison quand elle en est touchée ; c'est la puissance affective que, dans le langage vulgaire, nous appelons le cœur.
Il faut que le cœur s'élève et prie. Si le cœur était absent de nos hommages, il manquerait quelque chose à la plénitude de nos rapports avec Dieu, et Dieu ne recevrait de ses créatures qu'une gloireincomplète. L'intelligence s'adresse à la Majesté infinie du Très-Haut, le cœur à son inépuisable libéralité : libéralité glorieusement manifestée par l'acte créateur, incessamment continuée par l'acte conservateur et providentiel.
Considérons que l'homme reçoit du monde inférieur et du monde supérieur toutes sortes de biens dont Dieu est l'auteur. Tout bien de la nature est un bien fait par Dieu. Tout être, toute vie, toute perfection, est un bien fait à un autre être, à une autre vie, à une autre perfec-
tion. Il n'est aucune créature qui ne se donne en quelque manière à une autre créature ; toutes par un mouvement généreux que leur imprime une main mystérieuse, sortent d'elles-mêmes pour entrer en d'autres, auxquelles elles doivent être utiles, la moins noble dans la plus noble, jusqu'à ce qu'elles arrivent à l'homme, cette royale créature à qui Dieu a dit : « Sois le maître, soumets à ton empire les êtres qui t'ont précédé dans l'existence : Dominamini, siibjiciie.
En effet, l'homme est maître. Ses besoins et ses plaisirs trouvent dans tous les règnes des tributaires et des serviteurs dévoués. 11 y prend en souverain et la demeure qu'il habite, et les vêtements dont il se couvre, et les ornements dont il se pare, et les aliments variés dont il se nourrit, et les parfums qu'il respire, et les remèdes qu'il applique à ses maux, et les forces qui le soulagent dans ses fatigues, et les instruments de son travail, et la matière de ses inventions.
Mais les biens qu'il reçoit d'en bas, ne sont que la plus misérable partie de son patrimoine ; l'homme est riche, surtout, par les biens qu'il reçoit d'en haut : l'esprit, la vérité, l'amour, la liberté, le vif et persévérant désir de l'immortalité, et surtout la grâce qui le rend participant.
autant qu'il est possible, de la nature divine ; la grâce qui l'enrichit des lumières de la foi, étend riiorizon de ses espérances, enllamme son amour, surnaturalise ses actions, et le fait digne et capable de l'éternelle vision et possession de Dieu.
Saintes largesses ! Quand on y pense, on croit entendre cette céleste parole : « 0 homme ! ouvre ta bouche et je la remplirai de biens : Dilata os tmim et implebo illiid » *.
11 résulte de là que la grande et noble nature de Ihomme est comme le rendez-vous des bienfaits de Dieu. Or, ce rendez-vous ne peut pas être définitif. 11 est régi par une loi supérieure qu'on peut appeler loi de retour, en vertu de laquelle tout bien communiqué revient à sa source première. Si l'homme, comme un abîme, pouvait engloutir et faire disparaître à jamais dans son sein les dons de Dieu, ce serait monstrueux, car alors le bienfait perdrait son nom en perdant son caractère. Ce ne serait plus un bienfait, mais un bien dû, un bien nécessaire, un bien arraché par la fatalité aux entrailles paternelles de Dieu, et Dieu, par le plus étrange des aveuglements, se ferait un ennemi de sa propre bonté.