PSALM., LXXX
On comprend donc la nécessité d'une loi qui prévienne l'oubli du bienfait. Cette loi, la voici : Tout bien fait à un être libre doit se transformer en un acte libre, et retourner ainsi à son auteur. Quel est cet acte ? Nous l'avons déjà nommé. C'est un acte simple, vulgaire, naturel, l'acte des pauvres, des deshérités, des malheureux qui ont rencontré quelque part une main secourable et un cœur généreux, c'est l'acte qui nous sert de pierre de touche pour juger les monstres que l'on appelle ingrats : la reconnaissance.
La reconnaissance n'est pas un fruit de l'intelligence, c'est un fruit du cœur. L'intelligence connaît les bienfaits, les enveloppe de sa lumière, les fait descendre radieux vers les rivages sacrés du cœur et le cœur reconnaît. Il reconnaît, non par un sentiment vague qui ne sait pas s'exprimer ; car de même que la connaissance des perfections divines se résout pratiquement en une prière que nous appelons l'adoration, la reconnaissance des bienfaits divins se résout pratiquement en une prière que toutes les langues humaines ont appelée le remercîment, l'action de grâces.
Un auteur a dit de la prière qu'elle est la respiration de rame ; j'ai oublié son nom, mais je le remercie de cette belle parole ; elle ren-
contre ici son application. Comme il y a dans toute poitrine humaine deux mouvements, Tun qui aspire Fair, l'autre qui l'expire après qu'il a vivifié le sang, il doit y avoir dans toute Ame humaine deux mouvements, l'un qui aspire les dons de Dieu, l'autre qui les expire sous la forme sacrée de la prière, de l'action de grâces.
La nature nous impose cette prière ; d'accord avec la nature, l'Eglise nous la demande. Rendez grâces en toutes choses, nous dit-elle parla bouche de saint Paul, telle est la volonté de Dieu : In omnibus gralias agite, hsec est voliinlas Dei ^ Grâces surtout pour le don inénarrable de la vie chrétienne : Gratias Deo super inenarrabili dono ejus -. Et avant de commencer cette immolation sacro-sainte dans laquelle se résument tous les bienfaits divins, elle s'écrie au nom du peuple chrétien : « Il est vraiment digne de vous, ô Seigneur, il est juste, équitable et salutaire que toujours et partout, nous vous rendions grâces : Vere dignum et Justum est, œquum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere » 3.
Adorer Dieu, ce n'est donc pas assez, et fus-