Préface de la Messe
sions-nous prosternés jusqu'à la fin des temps devant sa perfection adorable, faisant monter vers lui le trisagion angélique, il attendrait encore l'élévation de notre cœur et la prière dont lui seul est capable : l'action de grâces. Et puisque Taction de grâces n'est, en définitive, qu'un acte gracieux répondant à un acte gracieux ; puisque l'acte le plus gracieux que l'homme puisse produire, c'est de dire sincèrement à quelqu'un : « Je vous aime », Dieu notre bienfaiteur et notre père attend de nous, de l'humanité tout entière, ce mot sublime et charmant que tous les cœurs tendres et généreux convoitent, ce mot qui remercie plus éloquemment que tous les discours humains : — Je vous aime.
Dieu attend de nous l'action de grâces, amoureuse expression de notre reconnaissance ; ne la lui refusons pas ; ce serait non seulement trahir notre devoir, mais encore méconnaître notre dignité.
Saint Thomas a dit de la prière « qu'elle est le propre de la créature raisonnable :
Grave propriiim esl ralionalis crealiirœ » K Il nous semble bien que le monde subit jusque dans ses plus intimes profondeurs la religieuse impression de la majesté de Dieu, et se tient sous sa main dans la respectueuse attitude de la prière. Le Prophète royal adresse à l'univers de solennelles provocations. « Oue toute la terre vous adore, ô Seigneur, et chante vos louanges : Omnis terra adorei te et psallal libi » -. On dirait qu'il est impatient de voir tout ce qui est, tout ce qui se meut, tout ce qui vit, tout ce qui respire, tressaillir sous le feu des regards divins, et d'entendre sortir des entrailles de la nature, un hymne grandiose et sublime comme l'œuvre de Dieu. De son côté, l'Eglise invite la lumière et les ténèbres, les vents et les tempêtes, les frimas et les neiges, les pluies et la rosée, les fleuves et les mers, les montagnes et les vallées, les arbres delà plaine et des collines, les bêtes sauvages et les animaux des champs, toutes les créatures, à bénir le Seigneur. Mais en réalité, aucune créature ne chante, ne bénit, n'adore, ne rend grinces, ne prie que par la bouche sacerdotale de l'homme, dont c'est la condition et le devoir d'exercer, au nom du