‹ La prièreChapitre 19 sur 136 · SuMM. Theol., III p., quœst. 2, a 3 cit. S. Aug · texte numérisé non relu

SuMM. Theol., III p., quœst. 2, a 3 cit. S. Aug

2. Gloria est illusiris ac pervagaia mullorum et magnorum vel in suos cives, vel in palriam vel in omne geniis hunianum, fama meriloruin. (Cicer., Pro Marcello).

ment tout homme qui veut être glorieux désire les hommages d'un être intelligent et libre. VA si les Alexandre, îes Scipion, les César, tous les grands capitaines du monde, n'avaient eu pour spectateurs et acteurs de leurs triomphes que les chevaux, les armes, et les étendards des vaincus, les arbres des routes et les monuments des capitales, la terre entière et même tous les astres du firmament, s'ils n'avaient entendu les peuples célébrer leur vaillance et chanter leurs hauts faits, ils seraient morts de dépit sur leurs trophées.

Or, ce que sent instinctivement l'homme revêtu de la majesté sanglante du vainqueur, Dieu le doit vouloir, lui qui est revêtu de la majesté sans tache du créateur et du bienfaiteur. Et parce que l'homme est capable de le connaître, non pas sans obscurité, mais assez clairement pour être convaincu de sa grandeur et de sa libéralité infinies, puisque l'homme a conscience de ce qu'il fait, puisque l'homme possède en propre le domaine de ses actes, c'est h l'homme que Dieu s'adresse et demande, pour sa gloire, une prière d'adoration et d'action de grâces. Aussi les anciens, dans leur langage naïf et concis, avaient-ils excellemment appelé l'homme un animal religieux.

L'homme est obligé à la prière pour son compte personnel, en raison de sa nature ; il y est obligé encore pour le monde entier, en raison de sa dignité. Ne pouvant glorifier Dieu par un acte intelligent et libre, les créatures ont besoin dêtre représentées dans l'accomplissement de ce grand devoir ; l'homme est leur prêtre. Sa nature est une récapitulation de toutes les perfections de l'univers, un centre vivant où les bienfaits de Dieu se donnent rendez-vous, un petit monde. Dans ce petit monde, le grand monde subit l'impression réfléchie de la majesté divine, reconnaît la libéralité de son auteur et les attenlions de la Providence, s'élève vers Dieu, adore et rend grâces. L'homme, en un mot, fait prier en lui l'univers. Ce beau mot d'univers, dont nous nous servons pour désigner l'ensemble des êtres, leurs relations et leur harmonieuse tendance vers le centre divin, ne peut être justifié qu'autant que l'homme

En donnant un langage à toute créature Prête pour adorer sa voix à la nature ^ .

Comme l'artiste dont les mains rapides s'abattent, marchent, volent, se croisent sur le clavier à l'aide duquel il exprime ses conceptions sa-

vantes, la poésie de ses rêves, la fièvre de ses sentiments, Thomme s'empare de l'orgue immense de la création. Sous l'action mécanique des lois, cet instrument sublime ne fait entendre que des sons monotones qui expirent aux portes des demeures éternelles ; sous l'action de l'âme humaine, son chant s'anime et devient une harmonie de pensée et d'amour qui pénètre les cieux et mêle aux cantiques des anges ses religieux hosannah.

Après avoir invité la nature à louer Dieu, le Psalmiste avait donc raison d'ajouter : « Que ma prière, ô Seigneur, s'élève vers vous comme un flot d'encens : Diriffatur, Domine, oralio mea sicut incensiim in conspeclu tuo » '. Semblables à des urnes gigantesques, la terre et les astres se balanceraient en vain dans les espaces; Dieu détournerait son regard comme d'un speclacle indigne de sa très sainte majesté, s'il ne voyait sortir de ces encensoirs, toujours en mouvement , le parfum de nos adorations et de nos actions de grâces.

L'homme étant le prêtre de la création, nous devons conclure que sa prière, lors même qu'elle se borne à adorer Dieu et à le remercier de ses

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