JoAN., cap. XVI
2. Pulli corvorum dicuntur invocare Deiim propter naiurale desiderium, quo omnia suo modo desiderant conseqid bonilatem divinam. Sicul eiiam bruta animalia dicuntur Deo obedire, propler naturalem instinctum quo a Deo moveniur (Summ. Theol., IP II«= part., quœst. 83,' a. 10, ad 3).
un fils* idiot qui ne peut ni le connaître, ni lui demander son assistance. Mais au sommet de la nature, nous voici. D'un côté, besoigneux comme le reste du monde ; d'un autre côté, riches de lumières pour voir ce qui nous manque, connaître la source de tout bien et comprendre notre dépendance. N'est-il pas juste que tout cela soit exprimé par un acte d'humble soumission, dont le propre est d'établir une religieuse correspondance entre nos besoins et la libéralité divine ? Cet acte, c'est la prière de demande. Dieu le réclame par cette loi inscrite dans la charte de son gouvernement : « Demandez et vous recevrez : Petite et accipietis », Et en même temps qu'il le réclame, il en garantit l'accomplis-sement par un mouvement profond, spontané, universel, irrésistible, le mouvement de l'instinct ; car tout être intelligent qui peut voir, comprendre, sentir son indigence, a l'instinct de la demande, de la supplication, de la prière. Appelons-en à notre expérience.
Que fait l'enfant trop faible encore pour étendre la main, et attirer h soi les premiers biens dont son instinct lui révèle la nécessité ? Il demande, il prie, les yeux levés vers sa mère, et, s'il ne peut la séduire par ses caresses et ses baisers, il la fléchit })ar l'importunité de ses cris
et de ses lannes. Que fait le pauvre, lorsque le besoin, plus fort que la honte, le jette dans la rue qu'il traversait naguère avec la sainte fierté du travailleur ? Il tend la main, il supplie, il conjure, et si l'amour de Dieu qu'il invoque n'a pas assez d'énergie pour attirer vers lui nos cœurs égoïstes, il demande au nom des calamités que sa colère nous prépare, et cherche à arracher l'aumône de nos mains lâches et tremblantes. Que faisons-nous, nous-mêmes ? Pauvres à Tégard de ceux de nos semblables qui peuvent donner et répandre sur notre vie quelque chose de leur gloire et de leurs faveurs, nous prions, nous demandons. Nous demandons l'amour des cœurs, l'appui des bras robustes, des secours, des encouragements, des consolations ; nous demandons des choses bonnes et honnêtes, nous demandons, hélas ! des choses honteuses et viles ; nous demandons noblement, nous demandons jusqu'à l'oubli de toute pudeur et de tout sentiment généreux. Il y a des hommes qui nous reprochent de prêcher la prière au peuple chrétien et de lui ouvrir par là la voie des plus humiliantes superstitions, et eux, couchés aux pieds des Sérapis qu'est venu baiser le soleil de la fortune, empressés d'engloutir ce qui échappe à la voracité de leur dieu, prodiges d'abaissement
et de vileté, eux passent la moitié de leur vie à faire, à des êtres méprisables, de méprisables prières. Nous avons pitié de leur ignominie à cause de la leçon qu'ils nous donnent, ils confirment celte loi providentielle : Tout être qui voit, qui comprend, qui sent sa misère, a l'instinct de. la prière.
Prenons donc conscience de nous-mêmes, et nous reconnaîtrons combien sont multipliés nos besoins et profonde notre misère, surtout si nous les comparons à la plénitude divine ; par conséquent, combien il est nécessaire que nous dirigions vers Dieu le mouvement instinctif qui nous porte à demander.
Qu'est-ce que l'homme ? — Un être vivant de la vie du corps et de la vie de l'esprit. — Eh bien, dans son corps, comme dans son esprit ; dans ce qu'il a de plus vil, comme dans ce qu'il a de plus noble, l'homme est un pauvre, un grand pauvre. Son corps si merveilleusement organisé ne peut subsister par lui-même ; il est obligé d'emprunter autour de lui ce qui le protège contre les forces ennemies de son bien-être et de son intégrité.
Il est vrai que la nature se prête assez docile-' ment encore à ses exigences ; mais il est vrai
aussi qu'au-dessus des lois de la nature, règne une force souveraine qui, par de mystérieux ralentissements de son concours, ou par dejustes permissions, peut nous rappeler sa présence et trahir ainsi nos désirs et nos espérances. 11 est vrai qu'un travail intelligent et opiniâtre peut féconder les terres stériles, et tirer des entrailles de la matière les trésors qu'elle recèle ; mais il est vrai aussi que le travail n'a de puissance, de fermeté et de constance qu'autant que l'organisme fonctionne régulièrement et que la santé répond à la bonne volonté. Et la santé, richesse des travailleurs, est à la merci des plus vulgaires accidents. — Il est vrai que les favoris de la fortune peuvent se croire affranchis des besoins qui tourmentent la masse des petites gens ; mais il est vrai aussi qu'aucune puissance de ce monde ne peut les mettre pour toujours à l'abri des surprises et des coups de l'adversité, et que, s'ils étaient sages, ils chercheraient plus haut que ce monde, une garantie et une protection contre les éventualités d'avenir qui les menacent de plus près, peut-être, qu'ils ne pensent. Il est donc vrai que nous ne devons jamais oublier, jamais cesser d'invoquer cette puissance supérieure qui dispose de toutes les lois de la nature, de toutes les fonctions de notre
organisme, de tous les événements de l'avenir ; jamais cesser de recourir à Dieu ; car cette puissance c'est Dieu.
Nous devons linvoquer pour faire face anx nécessités déjà si impérieuses de notre vie matérielle ; combien plus pour faire face aux nécessités bien autrement impérieuses de notre vie intellectuelle et morale. Sans doute, on peut dire que notre âme est déjà riche et puissante quand elle sort de la bouche du Très Haut, et vient animer la matière rudimentaire dont elle doit faire notre corps. Mais dans cette première manifestation de sa vie, elle n'a pas encore pris conscience d'elle-même. Dès que la réflexion lui révèle ses facultés, elle sent qu'elle est pauvre, elle appelle deux grands biens : la vérité et la vertu. Ce n'est pas ambition de sa part, elle est grande assez pour les contenir. Ses légitimes aspirations, ses nobles désirs ne seront satisfaits, elle ne cessera de gémir et d'enfanter que lorsque ces deux grands biens seront devenus son bien propre. Mais où les prendra-t-elle ? — Dans sa raison ? — Dans sa volonté ?
On a prétendu que la raison pouvait se suffire à elle-même. « L'homme, a-t-on dit, n'a jamais eu et n'aura jamais, pour connaître le vrai,
qu'un seul moyen, l'observation, c'est-à-dire la nature humaine... Nous partons de l'homme pour arriver à tout, même à Dieu... La raison rattache à la nature humaine, observée sans relâche, toutes les grandes vérités qui gouvernent les sciences, constituent la religion, civilisent la société 1 ». — Hélas ! une triste expérience nous a, depuis longtemps, appris que la raison abandonnée à elle-même est trop souvent condamnée à de continuels tâtonnements, doutes et incertitudes, et que les plus belles intelligences ont maintes fois fait naufrage dans le gouffre de l'erreur. Pour qu'elle puisse se fixer dans la tranquille et sereine possession du vrai, il faut à l'âme humaine plus qu'un travail d'observation sur sa propre nature, plus que des communications avec les milieux qu'elle traverse ; il lui faut des communications avec la vérité ellemême, l'irradiation de cet astre éternel qui illu- 'mine toute intelligence créée, une participation |à la lumière même de Dieu. Quand donc elle est à bout de ses efforts, qu'elle ne se décourage jpas ; il lui reste le gémissement, la supplicajtion, la prière ; il lui reste de dire à Dieu : i « Conduisez-moi dans le chemin de votre vérité,