‹ La prièreChapitre 24 sur 136 · PSALM.. LXXIX · texte numérisé non relu

PSALM.. LXXIX

rude labeur el de saintes violences : « Pour être vertueux, dit saint Thomas après le philosophe, il faut agir avec force, fermeté et constance : Ad virliitem necesse est firmiter el immobiliter operari ». — Ace compte, n'en doutons pas, il est difficile d'être vertueux, car notre pauvre nature appesantie, opprimée par ses convoitises, se sent violemment poussée vers les abîmes du mal. Il n'est pas un homme qui ne puisse dire avec l'apôtre : « Je sens dans mes membres une loi fatale qui combat la loi de mon esprit » K

Et cependant le bien nous appelle, le bien tend à nous fixer dans les pures et saintes régions qu'il habite. Si nous ne pouvons pas compenser par nos efforts personnels la force de pesanteur qui nous tient éloignés de lui, n'est-ce pas un devoir pour nous de recourir à la force irrésistible du Dieu qui attend notre prière ? Quand nous lui aurons dit : « Mon Dieu, venez à mon aide : Deas in adjuloriiim meiim intende. — Seigneur, hâtez-vous de me secourir : Domine ad adjuvandam me festina », il nous tendra sa toute-puissante main et nous introduira, nous pauvres, nous déshérités de la vertu, dans le

1. Video aliam-legem in memhris mets repugnantem legi mentis mew. (Rom., cap., vu, 23).

royaume d'ordre et de paix où se repose la conscience victorieuse.

Voilà qui est certain : Nous avons besoin de recourir à Dieu pour obtenir ces deux grands biens de l'àme, la vérité et la vertu ; mais prenons-y garde : la vérité et la vertu chrétiennement entendues habitent une sphère inaccessible où l'humaine nature ne peut atteindre, nous ne dirons pas seulement par ses propres forces mais même avec le secours de Dieu, si ce secours ne prend un caractère spécial. Par delà les vérités, déjà si élevées, qui sont du domaine de l'intelligence, il y a les vérités surnaturelles ; par delà les devoirs et les actes si multipliés si impérieux, si difficiles de la vie morale, il y a les devoirs et les actes de la vie surnaturelle ; par delà ce qui fait Thomme, il y a ce qui fait le chrétien. Or, non seulement le chrétien a besoin de Dieu pour que descendent en son esprit les vérités supérieures qui sont l'objet de sa foi, pour que lui soit montrée rineffable béatitude qui lui est destinée au terme de sa vie, pour que soient dirigés vers cette béatitude toutes ses aspirations, ses espérances et ses actes ; mais encore, placé en face des plus profonds mystères, plongé dans des ténèbres qui humilient sa

raison, courbé sous le joug d'une loi qui l'oblige à être plus grand que nature s'il veut répondre à sa vocation, engagé par son initiation à la pratique de toutes les vertus, et surtout, des grandes vertus de foi, d'espérance et de charité, le chrétien doit sentir au fond de son âme, non seulement des résistances et des révoltes, mais son impuissance, si complète, si absolue, que Dieu ne peut y remédier qu'en ajoutant au concours naturel de sa Providence, une opération mystérieuse et ineffable qui pénètre, transforme la nature humaine, et là rend, selon l'expression de l'Apôtre saint Pierre, « participante de la nature divine » K — C'est la grâce.

Or la grâce, comme le mot l'indique, est le commerce gratuit de Dieu avec Thomme. Dieu peut donc s'y refuser, et laisser l'homme à son impuissance, à sa pauvreté, à sa misère. Et alors, il faut bien que l'homme, s'il veut être chrétien, élève ses mains et son cœur vers le ciel, et en fasse descendre par de ferventes supplications le plus parfait de tous les biens : « Seigneur, dira-t-il, répandez votre sainte grâce dans mon âme : Graliam liiam, Domine^ meniibiis nosîris infunde. — Affermissez, augmentez ma foi, mon

1. ut efftciamini diuinse consorles naturœ. II Petr., cap. i, 4.

espérance, ma charité : Da nobis fidei, spei et chavitatis aïKjmeniiim. — Faites que, par votre grâce, je sois ce que je dois être, un chrétien, un fils de Dieu, un élu, un citoyen du ciel, et je dirai avec TApôtre : Gralia Dei siim ici quod siim '.

Ainsi donc, l'homme est pauvre, et dans sa vie physique, et dans sa vie intellectuelle, et dans sa vie morale, et dans sa vie chrétienne. Le vieil Homère a bien dit : « Tous les hommes ont besoin de la divinité » -. Et mieux encore, le Fils de Dieu, lui-même : « Sine me nihil potestis facere 3. Sans moi, vous ne pouvez rien faire ». — Partout, donc, nécessité de diriger vers Dieu l'instinct qui nous porte à demander quand nous avons pris conscience de notre misère.

Ajoutons à cela qu'il y a dans la vie, ou plutôt, dans les vies de l'homme, des moments solennels, des phases douloureuses et terribles, où se réveille plus impérieux que jamais l'instinct de la prière. C'est quand l'avenir s'ouvre devant notre adolescence, quand il s'agit de fixer notre

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