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Mattii., cnp. XXVI, 8. MAnr:.. cap. xiv, A

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compléter Toffice public de son sacerdoce. Son autorité suffit à leur assurer notre estime et nos respects ; mais nous les estimerons et les respecterons davantage, si nous étudions, dans les intentions mêmes de l'Eglise, la noblesse, l'importance et l'utilité sociale de leur mission.

Considérons d'abord que la prière étant le premier devoir de l'humanité, devoir pour l'individu et pour la société, l'Eglise afin d'obtenir, en cet acte, une perfection qui le rapprochât davantage de l'infinie perfection de Dieu, a voulu que des professionnels fissent de la prière leur travail et leur art.

Un art est d'autant plus grand et plus noble qu'en lui se manifestent davantage les plus hautes facultés de lame humaine, spécialement cette énergie productrice qui nous rend semblables à Dieu ; un art est d'autant plus grand et plus noble que ses œuvres rapprochent davantage celui qui les contemple du type éternel et infini de toute beauté créée. C'est pourquoi l'antiquité, séduite par les œuvres de ses poètes, de ses musiciens, de ses peintres, de ses sculpteurs, avait appelé la poésie, la musique, la peinture, la sculpture, des arts divins ; soit qu'il lui semblât que l'homme eût besoin d'un souffle inspi-

rateur pour faire mouvoir sa pensée et ses sentiments à travers des nombres harmonieux, d'une apparition céleste pour reproduire des formes idéales ; soit qu'il lui semblât que, entre tous les arts, la poésie, la musique, la peinture, la sculpture eussent le pouvoir de tourmenter plus profondément l'âme humaine et de l'emporter, sur les ailes d'une admiration passionnée, vers la divinité.

INIais s'il y a des arts divins, il est un art qu'on pourrait appeler plus divin que les autres : ars divinior : c'est l'art de prier.

Nous n'entendons pas dire qu'il faille apporter dans le commerce intime de l'àme avec Dieu, ces délicates et subtiles préparations de langage, ni ces attitudes maniérées que les hommes échangent entre eux, quand ils veulent paraître aimables. Nous ne pouvons tromper l'œil pénétrant de Celui qui sonde, en un instant, les profonds abîmes du cœur humain. Mais il est une certaine manière de s'élever jusqu'à Dieu, de contempler ses perfections, de lui en parler, d'exposer à son infinie miséricorde toutes les misères de la nature, d'émouvoir ses entrailles paternelles, et de le forcer à de pacifiques embrassements avec sa créature ; il est un état suréminent de l'âme religieuse dans

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lequel se révèle une si admirable élévation d'esprit, une si profonde tendresse de cœur, une telle puissance de souvenir, de vue, de sentiment, d'expression, d'accents inconnus aux arts les plus grands et les plus nobles : un état qui met l'homme si près de Dieu, Dieu si près de l'homme, qu'il faut y reconnaître l'art divin par excellence : ars divinior.

Nous n'avons point la connaissance pratique de ces choses, c'est possible ; mais nous ne pouvons les nier, car les saints les ont expérimentées. Ils nous ont appris jusqu'à quelle perfection pouvait s'élever la prière ; et bien qu'il ne nous reste de leur état que des descriptions imparfaites, de leurs cantiques que des strophes décolorées, elles ont assez de puissance encore pour émouvoir les âmes élevées, plus profondément que tous les chefs-d'œuvre du genre humain.

Que nous nous contentions d'un mouvement pacifique et uniforme, souvent interrompu par les préoccupations et les sollicitudes du siècle, d'une prière qui suffit aux plus impérieuses exigences de notre vie religieuse, soit ; mais ne méprisons pas les élans passionnés que Dieu produit dans les âmes qu'il a choisies ; laissons passer avec respect ceux qui nous quittent pour

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aller prier sous les voûtes hospitalières des couvents : leur âme est plus divinement tourmentée que celle de nos poètes. Ils ne se cachent que pour mieux se recueillir, et devenir, sous le feu d'une inspiration sacrée, les plus grands artistes de Dieu.

Artistes sublimes dans le plus auguste des actes qu'il soit donné à l'homme d'accomplir, les ordres priants ont encore l'insigne honneur de représenter le Christ près de l'humanité, l'humanité près de son divin Chef.

Le souvenir du Christ se perpétue dans la société chrétienne par des récits, des monuments et des signes mystérieux dont l'opération intime échappe à nos sens, mais plus encore par la reproduction solennelle et publique de sa sainte vie, en chacune des parties de son corps mystique. Aux uns, la représentation de l'autorité souveraine qu'il tient de son divin Père, et qu'il impose à toute Ame humaine ; aux autres, la représentation des prodigieux abaissements qui l'ont fait appeler le dernier des hommes. Aux uns, la représentation de son inépuisable fibéralité et de sa bienfaisance ; aux autres, la représentation de sa pauvreté et de son dénùment. Aux uns, la représentation de ses œuvres

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éclatantes ; aux autres, la représentation de ses souffrances et de son martyre. Aux uns, la représentation de sa vie publique, toute consacrée à la prédication de la vérité et de la loi de Dieu ; aux autres, la représentation de sa vie cachée, toute consacrée aux épanchements solitaires, au culte silencieux et recueilli de la majesté divine, à l'amour divin, à la prière.

Qu'on regarde l'Eglise en toutes ses parties, on y verra la vie du Christ s'y manifester par des palpitations si puissantes qu'elles ne peuvent échapper même aux yeux de ses ennemis qui s'en irritent.

Mais 011 les abaissements, où la pauvreté, où les souffrances, où le martyre, où la vie toute religieuse du Christ ? N'est-ce pas chez ceux qui vivent retirés du monde ? Chez ces familles saintes d'hommes et de femmes qui ont choisi pour leur partage la part obscure et pourtant si importante de la vie du Sauveur ? Nous ne dirons point comment elles s'humilient, se dépouillent, s'immolent et meurent chaque jour à l'exemple du Christ. Il nous faudrait de longs développements qui nous attarderaient. Mais, sachons-le bien, la vie humiliée, dépouillée, immolée et toujours mourante des ordres priants n'a pas d'autre but que de leur faciliter le pieux

exercice de la prière. C'est pour cela qu'ils sont nés dans l'Eglise, et Dieu leur a fait une glorieuse destinée, puisqu'ils continuent à travers les siècles les ardentes oraisons, les soupirs amoureux, les tendres supplications, les accents divins que faisait entendre, la nuit et le jour, le grand religieux, le grand priant de l'humanité, Jésus-Christ.

Représentants du Christ dans la partie toute religieuse de sa vie, les ordres priants représentent l'humanité chrétienne près de son divin Chef, Jésus est roi. Vainqueur du péché et de la mort, il est allé s'asseoir à la droite de son Père sur le trône éternel qui lui fut promis. Là, il attend nos hommages de chaque jour et le compte rendu de notre vie, pour nous juger souverainement. Est-ce assez de diriger vers ce roi sublime comme autant d'agiles courriers, les élans religieux, mais passagers de nos cœurs, les prières que chacun de nous fait de temps en temps ? Non. Car nous ne sommes pas que des individus séparés aux yeux de notre roi, nous sommes une nation sainte, pénétrée d'une môme sève, animée d'une même vie. Or, toute nation qui se respecte et comprend ses intérêts ne se contente pas d'envoyer de rapides visiteurs, des chargés d'affaires, qui ne font que passer à la

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cour des rois dont elle redoute la puissance, ou dont elle attend les faveurs ; elle se fait représenter par des ambassadeurs. Or, les ambassadeurs de la nation chrétienne auprès du roi Jésus-Christ ce sont, avec les prêtres, les ordres priants.

Retirés aux confins des passions et des misères humaines, investis de cette auguste moitié du sacerdoce par laquelle s'établit le courant religieux qui de la terre monte au ciel, ils se tiennent assis à la porte du Roi des rois ou prosternés dans le sanctuaire de ses audiences, faisant l'humanité continuellement présente, et répétant, non pas cette parole du prêtre que Dieu nous envoie pour distribuer ses grâces : « Pro Chrislo legatione fiingimur : nous sommes en légation pour le Christ » ; mais ces autres paroles qui résument le second chapitre de nos relations avec Dieu : « Pro populo legatione fungimar : nous sommes en légation pour le peuple ». Ils représentent le droit de Dieu perpétuellement exprimé, le devoir de l'humanité perpétuellement accompli : le droit de Dieu, maître de tout notre être et de tous nos instants ; le devoir de l'humanité qui se doit à Dieu sans réserve et sans intermittence. Aux jours de l'Eden, la prière ne tarissait pas dans le cœur et

sur les lèvres de Thomme ; c'était justice. Mais aujourd'hui, que de lacunes, que de vides dans la vie religieuse de l'iiumanité ! Cependant rie» n'est diminué, ni du côté du droit, ni du côté du devoir : Dieu veut tout, l'homme doit tout. Eh bien ! Dieu sera satisfait ; car l'homme primitii revit dans les familles religieuses vouées à la prière : le feu sacré qui représentait jadis l'adoration perpétuelle des créatures, c'est, dans l'Eglise, le cœur des moines et des nonnes.

Qui ose flétrir ces ambassadeurs sacrés, flétrit la nation sainte qu'ils représentent ; qui les arrache du sanctuaire oii ils prient, déclare la guerre au ciel, et assume, en présence de l'avenir, la redoutable et odieuse responsabilité de cette guerre.

En effet, supprimer les ordres priants, c'est tarir une source immense de grAccs dont bénéficie la société chrétienne ; c'est briser le bouclier protecteur qui arrête sur la tète du monde pécheur les coups de la justice divine.

Nous lisons dans l'Exode que Moïse priait sur la montagne pendant que son peuple combattait dans la plaine. Tant que ses bras étaient dressés vers le ciel, Israël triomphait. Succombant sous le poids de la fatigue, et voulant obtenir

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une complète victoire, il se fît soutenir par Aaron, son frère, et par un autre compagnon, jusqu'à l'entière défaite des Amalécites.

Moïse était la figure de VOranle divin qui intercède pour nous dans les cieux, et de ceux qui continuent ici-bas sa vie priante. Moïse est dans les couvents. Il en est du monde mystique comme du monde physique ; c'est des montagnes que descendent les sources.

Les couvents sont les montagnes saintes d'où s'épanchent les grâces qui, dans le monde chrétien, alimentent, soutiennent et fécondent tous les dévouements.

Nous les estimons, nous les admirons ces dévouements ; nous applaudissons à leurs œuvres ; mais ce serait être aveugle que de n'en voir pas la source dans l'office public des Oranîes que l'Eglise a annexés à son sacerdoce. Ouvrons les yeux de la foi, nous verrons que tout se tient dans l'Eglise, et que la grâce y est canalisée et distribuée avec une admirable économie. Honneur à « ces héros et héroïnes d'abnégation qui, loin de fuir les misères humaines, y plongent avec ardeur, ne reculant devant aucun dégoût, devant aucune fatigue pour les soulager ! » Honneur à « ces sisyphes de l'amour dont rien ne rebute la vaillance, tous tourmentés du désir

de plaire à Dieu, en aimant le prochain, du besoin de spiritualiser leur vie en la consacrant aux malheurs d'autrui » ^ Honneur à ces opiniâtres et patients éducateurs de l'ignorance populaire, qui consument leur vie dans un labeur obscur dont ils ne retirent d'autre profit que d'avoir peiné pour l'amour de Dieu ! Honneur à ces apôtres qui, après avoir exploré les mystérieuses profondeurs dé la science sacrée, pour y chercher la lumière qu'ils veulent répandre sur le monde, font retentir en toute terre habitable le bruit de la parole évangélique, et font parler dans le martyre, la voix plus éloquente de leur sang ! Honneur à tous les chevaliers d'amour !

Mais, entendons-le bien, ces chevaliers d'amour, malgré l'ardeur de leur zèle et l'héroïsme de leurs vertus, seraient bientôt à bout de forces et s'épuiseraient peut-être en efforts stériles, s'ils n'étaient invisiblement soutenus par une grâce mystérieuse qui descend des hauteurs sacrées où les anges de la prière font un continuel appel à la bonté divine. Détournons nos yeux de la terre et levons-les vers les régions mystiques qu'habitent les ordres priants, nous les verrons, ces anges qu'on croit immobilisés

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