‹ La prièreChapitre 41 sur 136 · Maxime nu Camp, La Charilé privée à Paris · texte numérisé non relu

Maxime nu Camp, La Charilé privée à Paris

PRIERE D OFFICE

dans le rêve, toujours soucieux de la plus grande gloire de Dieu, et du plus grand bien de l'humanité. D'un continuel mouvement, ils vont de Dieu aux ministres de sa miséricorde, de Dieu à tous ceux qui souffrent des misères humaines. Ils intercèdent, ils supplient, ils conjurent, ils s'immolent, et ils obtiennent les grâces de lumière, d'amour, de force, de salut, dont les uns onl besoin pour exercer fructueusement leur ministère, les autres, pour être guéris de leurs maux, et surtout de la grande misère du péché.

Montagne sacrée d'oili descend la grâce, la demeure des Oranies est encore le sanctuaire d'où monte vers le ciel le perpétuel miserere qui arrête en chemin la colère divine.

Il y a dans la vie des peuples des heures funestes tellement pleines de prévarications, de révoltes, de blasphèmes, d'attentats contre les choses saintes, que Dieu, pour venger sa gloire outragée, appelle à lui les fléaux. Loin d'être à l'abri de ses' coups par le bénéfice de leur élection, les nations chrétiennes, plus coupables, parce qu'elles sont plus ingrates, doivent s'attendre à de plus fréquents et plus terribles châtiments. La justice divine, fatiguée d'attendre leur repentir et leur amendement, descend vers

elles, pendant que monte vers le ciel Tarmée de leurs crimes. Qui donc aura l'audace de se jeter entre ces deux forces ennemies pour prévenir leur redoutable choc ? Les anges eux-mêmes n'oseraient pas ; car lassés d'être les ministres des bontés de Dieu, ils sont devenus complices de ses fureurs sacrées. Mais voici venir, couverts de bures blanches et sombres, ceux dont la vie priante se consume aux pieds des autels. Ils oseront parler à ce Dieu tout armé pour la vengeance et lui dire: « Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple 1 Laissez dans votre sein s'endormir la colère, souvenez-vous de la multitude de vos miséricordes, et ajoutez à tous les témoignages de votre amour ce dernier témoignage d'une vengeance toute prête et à jamais oubliée ». — « Qui êles-vous ? dit le Seigneur, Ne m'importunez pas. Ecartez-vous, et laissez passer ma justice ». — « Seigneur, Seigneur, vous ne reconnaissez donc plus vos enfants ! Que demandez-vous, ô Dieu jaloux ? Pendant qu'on blasphème votre nom, pendant qu'on vous oublie, pendant que la prière expire dans la bouche du pécheur, pendant que votre gloire languit au milieu des enfants des hommes, nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, nous vous rendons grâce en tout temps

PRIÈRE d'office 121

et à toute heure. Que vous faut-il encore ? Voulez-vous notre vie ? Prenez-la. Mais, en la prenant, vous ne ferez qu'arrêter la perpétuelle immolation cjui s'accomplit en votre honneur dans l'austère solitude de nos cloîtres ».

« J'ai entendu la voix de mes enfants, dit le Seigneur. On prie donc encore sur la terre ? Je m'en vais ! ma gloire est sauvée ».

Et Dieu se retire. Et ainsi s'explique que la terre abreuvée de tant de forfaitures trouve encore des heures de repos et de sommeil, que des sociétés où triomphent le blasphème et l'apostasie puissent vivre pendant de longues années à l'abri des catastrophes et des épouvantements ; qu'il y ait tant de pécheurs debout quand ils auraient dû s'endormir depuis longtemps dans un honteux trépas. Ainsi s'expliquent ces retards de justice que les opprimés reprochent quelquefois à la Providence, et qui ne sont dûs qu'à la mystérieuse compensation que Dieu rencontre dans la perpétuelle prière des familles religieuses.

Sans cette compensation, notre vie sociale serait continuellement tourmentée par les visites vengeresses de la justice divine. C'est bien assez que, de temps à autre. Dieu étouffe dans l'ouragan de sa colère la voix de ses thérapeutes,

et (Jonne au crime d'épouvantables leçons.

Après ces considérations, il ne nous reste plus qu'à admirer la sagesse de l'Église qui incarne la prière publique dans la prière d'office de ses prêtres, et renforce cette prière d'office parla prière de ses thérapeutes.

On considère dans le monde les ordres priants comme des légions d'oisifs ; en réalité, ils sont occupés au plus noble travail qui se puisse concevoir ; ils sont investis d une des plus hautes fonctions de la société chrétienne. On se demande à quoi ils servent ; dans le fait, ils sont appliqués à la première et à la plus importante des œuvres de miséricorde : prier pour les malheureux qui ne veulent, ne savent, ni ne peuvent prier. De l'avis de ceux qui ont appris à mesurer l'élévation des états, et la portée des actes, les ordres priants sont une des plus grandes gloires, une des plus grandes utilités sociales.

Vengeons-les donc par nos respects, du mépris des mondains, et lorsque nous passerons devant la porte de leurs maisons bénies, disonsleur, comme les habitants de Bélhulie à la pieuse .ludith : « Ont p/'o nohis (jiioniam sanrta es : priez pour nous, parce que vous êtes sainte » *.

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