Prov., (cap. XVI
la pousse à bout, lui fait crier merci, désirer et demander le bien qui lui répugne, et suivre une course héroïque à travers tous les obstacles. Enfin, éclairé sur sa nature et sur les règles qui doivent ordonner sa vie, en garde contre tous les écarts, maître de tous ses mouvements, et toujours aidé de Dieu, il établit et fixe ses habitudes sur les terres sacrées oîi germent, se développent et fleurissent toutes les vertus morales : la prudence, la force, la justice, le désintéressement, l'humilité, la chasteté, le dévouement et tant d'autres que nous ne nommons pas.
Mais, encore une fois, pour se connaître et posséder son âme il faut rentrer en soi-même, réfléchir, s'examiner, méditer. Malheureusement, nos jourk sont remplis par d'étranges désertions. Au lieu de nous appliquer à l'étude solitaire et silencieuse de notre intérieur, nous ne sommes occupés qu'à nous fuir et à dépenser sur les choses du dehors les facultés qui doivent concourir au développement et au perfectionnement de notre vie morale. De là ces accidents funestes qui, petit à petit, dépeuplent la terre des vertus qui lui feraient honneur, et justifient cette plainte du prophète : « La terre est une patrie désolée, oui désolée, parce qu'il n'est personne qui réflé-
cliisse en son cœur » ^. Voilà pourquoi ceux qui s'intéressent à notre progrès spirituel nous recommandent avec tant d'instances le religieux exercice de la prière mentale, où se forment les bonnes pensées. Car, dit saint Augustin, « il ne se peut faire qu'on rencontre les mauvaises actions là où se rencontrent les bonnes pensées, l'action procède de la pensée : \on potest fieri ut habeat niala fada qui habiieril cogiialiones bonas, facta enim de cogitalione procédant.
Mais avons-nous bien le droit d'appeler prière les actes réflexes qui nous conduisent à la connaissance de nous-mêmes, et à la possession de notre âme ? — Assurément, si nous avons soin d'élever nos pensées vers Dieu, d'interroger notre àme, et sa sainte présence, et de nous aider, pour nous connaître, de son œil pénétrant pour qui rien n'est secret. C'est une prière, parce que de la connaissance de nos infirmités et de nos misères procède une plus haute estime de la majesté de Dieu, et une plus grande confiance en sa paternelle miséricorde. C'est une prière, parce que la grandeur de nos besoins, mieux connue, ne peut qu'accroître la ferveur religieuse de nos désirs. C'est une prière, parce que, lox*s
1. Desolalione desolala est omnis ierra, rjiiia nuUus est qui recogilel corde. (Jere.m,, cap. xii, 11).
même que tonte parole nous ferait défaut, il suffit que nous nous tenions humblement devant Dieu, comme le pamTe silencieux se tient à la porte du riche avec ses haillons, sa face amaigrie et ses défaillances qui parlent pour lui. C'est une prière, parce que Dieu ne se tient dans une parfaite immutabilité qu'autant qu'il se connaît et se possède parfaitement lui-même ; que la connaissance et la possession de nous-mêmes nous disposent à l'immutabilité dans le bien, et que, finalement, nous sommes par ce moyen, configurés au type éternel et infini de tout être, toute vie et toute perfection. Enfin, c'est une prière, parce que la connaissance et la possession de nous-mêmes ordonnent notre vie à la gloire de Dieu, et que « tant que l'homme ordonne ainsi sa vie, dit saint Thomas, il est en prière : Tamdiu homo orai^ quamdia viîani saam in Deum ordinal ' ».
SU
Ferme soutien de notre vie morale, la prière mentale est, avons-nous dit, une des plusuobles fonctions de notre vie chrétienne.
]. In Epist. ad Rom. (cap. i, lect. 5).
13G FOI'.Mi:S DE PfîlÈRE
La vie chrétienne prend son nom de celui qui en est le principe, la règle et l'exemplaire, notre divin Sauveur, Jésus-Christ. Participer à sa vie, obéir à sa loi et reproduire en soi les vertus dont il nous a donné l'exemple, c'est vivre chrétiennement.
Combien de gens se disent chrétiens qui n'ont de la vie chrétienne que de vaines apparences. Depuis longtemps ils ont perdu la grâce initiale qui les a incorporés à lEglise de Jésus-Christ, et loin de s'empresser de la recouvrer, ils semblent l'avoir oubliée, et promènent, d'année en année, leur âme déshonorée par le péché. Remplis de l'esprit, imbus des maximes du monde, de ce monde ennemi du royaume de Dieu, que le Christ a maudit, ils conforment leur vie à ses habitudes. Et cependant, ils ne veulent pas renoncer à certaines pratiques religieuses qui les distinguent, par le dehors, de la foule des mécréants et des indifférents. On peut dire d'eux, avec l'apôtre saint Jean, « vous portez un nom de vivants et vous êtes morts : Nomen habes (juod viras, el morlims es n ^.
Heureusement, bon nombre de chrétiens savent encore détourner leur esprit et leur cœur des maximes et des vains désirs du monde. Fi- 1. Apoc, cap. ni, 1.
dèles à la grâce de leur baptême, ils s'appliquent à la conserver. S'ils ont le malheur de la perdre, ils s'empressent de recourir aux sacrements réparateurs qui les réconcilient avec Dieu, et les remettent sur la voie des œuvres de salut. Les préceptes de l'Evangile et les lois de l'Eglise sont la règle de leur vie, à laquelle ils impriment, autant qu'ils peuvent, le triple caractère de retenue, de justice et de piété que l'Apôtre recommandait à ses fidèles : Ul abnegantes impietatem et secularia desideria sobrie. Juste et pie vivamus ^ Le monde nous révèle en sa vie les tendances grossières de l'homme animalisé. On croirait que la terre est le dernier terme de notre courte existence, quand on voit ce vulgaire troupeau d'hommes avides de bien-être et de jouissances, l'œil obstinément fixé et l'âme perpétuellement tendue vers des biens qu'ils ne pourront emporter avec eux dans la tombe. Leur attitude humiliée nous indique qu'ils n'iront pas plus loin que le monde périssable auquel ils sont rivés. Au contraire, ceux qui veulent vivre chrétiennement lèvent en haut leurs yeux et leurs cœurs. Invinciblement poussés par une voix impérieuse qui leur dit : passe ! passe ! ils traversent la terre en regardant le ciel. On de-