‹ La prièreChapitre 46 sur 136 · TiTE, cap · texte numérisé non relu

TiTE, cap

nous nous flatter de le connaître et de J'aimer assez pour être du nombre de ses intimes amis ? — Lorsque le nom d'un personnage illustre retentit à nos oreilles, et que la. voix publique nous apprend quelques-unes de ses grandes actions, il est possible qrae notre âme émue lui voue le culte d'une lointaine admiration, mais il ne s'est pas encore emparé de notre vie jusqu'à la régler par sa souveraine influence. Dût-il nous admettre au nombre de ces vulgaires amis dont on serre la main dans l'atrium de sa demeure, il y aurait encore entre sa vie et la nôtre toute la distance qui nous sépare de ces lieux privilégiés où Tamitié devient intime.

L'intimité bannit tout commerce profane et crée autour de deux, âmes une solitude pleine de charmes. Là on se regarde, on s'ouvre l'un à l'autre, on se connaît sans obscurité, on s'aime sans froide réserve, on se pénètre, on vit d'une commune vie. Et tels sont les rapports du grand et noble chrétien, de l'âme vraiment dévote, avec son ami Jésus-Christ. Entendre parler de lui, le connaître et l'aimer de loin, lui rendre ces hommages banals qui sont à la vie religieuse, ce que la politesse est à la vie sociale, c'est trop peu. Il faut jouir de lui, profiter de lui, et faire en soi, autant qu'on le peut, une

parfaite reproduction de son admirable et sainte vie.

Voilà les fruits de la prière mentale. Elle établit entre nous et Jésus-Christ une religieuse intimité ; c'est pourquoi nous l'avons appelée une des plus nobles fonctions de la vie chrétienne.

En effet, toute âme silencieuse et recueillie qui relit en elle-même les pages trop facilement et trop souvent oubliées de nos origines chrétiennes, y cherchant la très sainte humanité de son Sauveur, la suivant quand elle marche, se mettant à ses pieds quand elle repose, Técoutant quand elle parle, la contemplant quand elle agit, a bientôt compris ce qui manque à sa vie, et sent pénétrer en elle cette prodigieuse vertu qui s'échappait des yeux, de la bouche, des mains, des vêtements de l'Homme-Dieu, guérissant toutes les infirmités de notre pauvre nature. Interrogeons les pieuses épouses du même époux divin, qui peuplent les cloîtres oià l'on prie, ou se dévouent au soulagement des misères humaines ; ces austères pénitents, ces hommes apostoliques qui consacrent à la gloire de Dieu leur mâle énergie ; les docteurs de la vérité, les prêtres fervents et zélés, et même les humbles femmes qui trouvent le moyen de

concilier le recueillement avec leur rude labeur de chaque jour, et cachent dans l'obscurité de leur condition des prodiges de grâce ; tous nous répondent qu'ils ne se sentent vivre que par leur "commerce intime avec Jésus-Christ. « Nous avons méprisé, disent-ils, les richesses et les honneurs du monde, les vains ornements et plaisirs du siècle, pour l'amour de notre Maître et Seigneur, Jésus-Christ. Nous l'avons vu dans nos oraisons, nous l'avons aimé, nous avons mis en lui notre confiance, nous l'avons choisi pour notre partage ». 0 Jésus ! vous demeurerez toujours avec nous, toujours au foyer solitaire où l'âme vous contemple, apprenant chaque jour à vous connaître et aimer davantage, et recevant, dans de mystérieux embrassements, l'empreinte de vos vertus. Toujours la prière mentale, évangile sans lettre et sans éclat, nous introduira dans cette chambre nuptiale où vous parlez sans bruit à l'âme fidèle : Sine strepitii uerborum, où vous représentez, sous des formes immatérielles, toutes les péripéties de votre sainte vie.

Défait, si nous savons nous recueillir et prier mentalement, il nous importe peu de n'avoir pas été les spectateurs des événements qui ont ouvert au genre humain une ère nouvelle, et du

sein desquels il est sorti plein d'une sève rajeunie, puisque nous avons le pouvoir d'en évoquer efficacement le souvenir, et que Jésus-Christ veut bien, par desapparilions mystiques, rendre ce souvenir plus saisissant. Malgré les mers, les montagnes et les plaines qui me séparent delà terre sanctifiée par son auguste présence, malgré les dix-neuf siècles qui ont passé sur son tombeau, malgré les espaces et les temps, je vois, quand je me recueille, les anéantissements de son Incarnation, Fétable de Bethléem et les touchants mystères de sa naissance, sa fuite et son exil en Egypte, sa vie cachée à Nazareth, son humble travail et ses sueurs d'ouvrier, les fatigues de sa vie publique, la ferveur de ses oraisons, les œuvres merveilleuses qu'il opère. Je marche auprès de lui, je m'assieds au milieu de ses disciples, j'écoute la parole qui descend de ses lèvres bénies, toujours profonde et toujours simple, toujours divine, et toujours à la portée de nos faibles esprits ; j'assiste à ses adieux et à la Pàque de son amour ; j'entends sonner l'heure des puissances des ténèbres et h^s pas du traître, et son baiser perfide, et les s.icrilèges accusations des prêtres, et lesreaont i' ments du prince des Apôtres, et les clameurs de la populace, et l'injuste sentence du plus

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lâche des juges et le bruit des verges sanglantes. Je m'engage à la suite du divin condamné sur la voie douloureuse, je gravis avec lui les pentes du Calvaire, j'entends ses dernières paroles, son cri d'angoisse et le dernier soupir qui ébranle la nature épouvantée. Tout frémissant, je m'approche de la croix, et je sens couler sur mon cœur coupable le sang régénérateur qui doit jaillir jusqu'aux confins du monde, pour le purifier de ses souillures. Je vais au sépulcre, je demande à tous, comme Madeleine, le bienaimé que j'y avais laissé, je me prosterne devant son humanité glorifiée, je le suis des yeux jusqu'au ciel, et j'attends, dans le recueillement, le Paraclet qui doit consommer en moi l'œuvre de la girâce.

0 mon âme ! mon âme ! Pourrais-tu demeurer insensible devant un pareil spectacle ? — Non. — Il faut se réjouir et chanter, pleurer et gémir, tressaillir et triompher. — Allons ! et que de la tempête de tes émotions, sortent plus vivantes et plus fermes les vertus que t'a données le baptême. Comprends et sois instruite. Le Jésus que tu viens de voir et que tu appelles ton ami, il est humilié, pauvre, chaste, dévoué, sanglant, martyrisé ; il prépare sa gloire future dans l'ignominie, les opprobres, les douleurs

de sa passion. Eh bien I sois comme lui humljle, pauvre, ciiaste, dévouée. Courbe-toi, sans murmurer, sous le poids de tous les mépris ; prépare dans la tribulation, les déchirements et les douleurs du temps, la résurrection glorieuse qui t'attend au terme de ton pèlerinage. En un mot, que toutes les vertus de la nature, ennoblies en toi par la grâce, s'élèvent jusqu'à la perfection de la vie chrétienne.

On nous dira, peut-être, quil y a dans la vie chrétienne un acte plus noble que la prière mentale et plus propre à nous faire vivre de Jésus-Christ, et comme Jésus-Christ ; par conséquent, un acte qu'on peut appeler la fonction suréminente de la vie chrétienne, la sainte communion. Quand le divin Sauveur nous prometlait sa chair comme nourriture, il ajoutait : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, vous n'aurez point la vie en vous : \isi manducaveritis carnem Filii hominis, non habebitis vitam in vobis » *. — Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement : Si quis manducaverit ex hoc pane, vivet in œierniim » -.

Certes, nous n'avons pas dessein de nous inscrire en faux contre ces paroles du Sauveur,

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