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mais nous croyons qu'il est bonde les expliquer, pour prévenir et dissiper de dangereuses illusions. Assurément, la communion nous unit immédiatement à l'auteur de la vie, et peut être considérée comme la consommation terrestre de notre intimité avec lui ; mais, nous ne craignons pas de le dire, c'est un acte qui n'obtient plénièrement son effet, qu'autant qu'il est préparé par une autre communion. Avant de se presser dans une amoureuse étreinte sur le cœur divin du Sauveur, il est bon de passer par tous les degrés de l'intimité spirituelle ; l'union eucharistique n'agira en nous, selon sa force normale, que si elle est précédée de l'union d'oraison. Bref, rien ne peut mieux assurer l'effet de la manducation réelle du corps, du sa-ng, de l'âme, de la divinité de Jésus-Christ, que la manducation spirituelle. Or cette manducation spirituelle, c'est la prière mentale, nous l'avons démontré.
A l'aide de ces principes, on s'explique pourquoi la vie chrétienne est déshonorée par tant d'imperfections, pourquoi ceux-là même qu'on voit s'asseoir souvent à la table sainte, blessent la conscience publique, nous ne dirons pas par des crimes, mais par de méprisables passions. C'est qu'ils s'approchent de l'autel, comme s'il
s'ag'issait d'un banquet vulgaire, et que Jésus en entrant dans leur âme, entre comme un étranger dans l'inconnu. ComprenoiLs-le bien, dans l'ordre surnaturel comme dans l'ordre naturel, ce n'est pas sans danger qu'on renverse l'barmonieuse succession des fonctions vitales ; il doit s'en suivre fatalement le dépérissement de nos forces religieuses et de nos vertus. Nous pourrions insister sur ce fait ; contentons-nous de le signaler et que cela suffise pour nous rappeler à l'ordre. Avant donc de chercher Jésus- Christ dans l'Eucharistie, cherchons-le dans l'oraison. Pendant quelques instants, au moins, jouissons de sa présence adorable, écoutons sa parole plus éloquente que tous les discours humains ; ouvrons nos âmes à l'influence de ses vertus, afin de ^-ivre en vrais et nobles chrétiens,
La prière mentale, en affermissant et perfectionnant dans nos âmes les vertus chrétiennes, nous met sur le chemin qui conduit au ciel, mais nous pouvons dire qu'elle est plus qu'une préparation de notre vie céleste ; elle en est l'apprentissage.
PBIÈRE MENTALE 147
La vie céleste est la vision et la possession éternelles de Dieu accompagnées d'une jouissance inénarrable. Quand nos jours seront à leur terme, quand notre âme débarrassée du corps languissant, dont elle porte le fardeau sur les routes de l'exil, cherchera le lieu de son repos éternel, si elle est entièrement purifiée et couronnée de justice, elle entendra cet appel du divin époux des âmes saintes : « Veni sponsa mea : viens à moi, mon épouse ! » Alors, rapide comme l'éclair, elle s'élancera vers le suprême objet de ses aspirations et de ses désirs. Elle verra, elle contemplera dans une lumière sans déclin, celui qu'elle cherchait dans le demijour de sa vie mortelle. Pressée de toutes parts, en même temps qu'elle étendra partout les bras de son amour, elle se sentira possédée et elle possédera. Mieux que l'époux des cantiques, elle pourra s'écrier : « Mon bien-aimé est à moi et je suis à lui : Dilectms meus mihi^ et ego illi ». Elle lui sera unie pour ne plus jamais en être séparée, et sera rassasiée d'un bonheur qu'on ne peut exprimer ; car toute langue humaine est impuissante quand il faut l'appeler par son nom. Nous voudrions pouvoir mieux décrire, en peu de mots, la vie céleste, mais, hélas, obligés de l'attendre dans les tristesses de l'exil, nous
avons encore le malheur de n'en pouvoir pas parler dignement.
Quoi qu'il en soit de notre impuissance à cet égard, il est certain que Dieu, pour tempérer les douleurs de la patrie absente, a permis qu'il y ait, dans notre vie terrestre, des analogies mystérieuses avec la vie céleste ; c'est-à-dire que, dès maintenant, nous puissions le voir, le posséder, lui être unis et jouir de lui. Non pas, sans doute, avec cette plénitude qui repose à jamais tout notre être, mais assez pour lui donner comme un avant-goût du bonheur suprême qu'il lui réserve.
En cela, son amour n"a rien épargné, et, par des révélations toujours croissantes, il en est anivé au point de se livrer à nous autant qu'une nature parfaite comme la sienne peut se livrer à une nature infirme comme la nôtre.
Il est à nous par les créatures de ce monde. — X'a-t-il pas laissé sur chacune d'elles, en les créant, l'empreinte de son être et de ses perfections ? Le monde, jusqu'en ses derniers confins, nous parle de sa grandeur, de sa sagesse, de sa < puissance, de sa justice, de sa bonté, de sa libéralité. Il n'est aucune des choses visibles qui ne nous rappelle quelque trait de l'éternelle et infinie beauté de Dieu.
Il est à nous par ces principes d'ordre supérieur qui descendent en notre âme avec la foi, et nous révèlent de sa nature, de sa vie et de ses perfections, des choses que nous n'aurions jamais pu voir dans les lumières de notre raison.
Il est à nous, bien plus encore par le premierné de toute créature, son Fils revêtu de notre chair mortelle, et devenu sous des voiles périssables, l'hôte perpétuel du genre humain.
Il est à nous, enfin, par ces opérations mystérieuses qui s'emparent des âmes justes, les arracheiit à la terre, et les transportent jusqu'aux rivages de la vision béatifique.
Il est à nous ; donc nous pouvons, dès à présent, le voir, le posséder, le goûter ; mais encore faut-il que nous répondions pieusement à ses prévenances, et que notre âme s'habitue par degrés aux visions et aux jouissances de l'éternel avenir.
Or, c'est la prière mentale qui nous apprend à voir Dieu, à le posséder et à le goûter ici -bas. Par elle se fait l'apprentissage de notre vie céleste ; sans elle, le trésor des révélations divines peut demeurer enfoui dans l'ombre jusqu'au jour suprême où il sera produit, peut-être pour nous accuser, certainement pour nous plonger dans un douloureux étonnement qui nous fera