LETTRE DE MGR FUZET A L AUTEUR VII
nance, la netteté des divisions, la chaleur des développements, la coloration des tableaux. Votre plume parle quand elle écrit. Vous ne prêchez plus ; mais retiré dans une amère et douce solitude, à Vombre même du cher monastère si douloureusement abandonné , vous tracez des signes silencieux sur un papier inerte, et l'on vous entend, et Vesprit s^éclaire à la lumière de votre esprit, et l'âme s'échauffe au feu de votre âme. A votre insu, vous vous êtes peint vousmême, vous avez donné le ton de tous vos ouvrages, de celui-ci comme des autres, dans cette ardente description que Je trouve dans un chapitre de votre livre : «. L'homme parle, et sa parole u déchire le voile grossier qui cache à tous les « yeux humains le principe de sa vie et de ses « plus hautes facultés. Il parle, et comme en un « miroir magique apparaissent toutes les idées « qui peuplent son esprit ; son cœur s épanche « et se donne; sa volonté se soumet ou s'impose, « // parle ; et il rapproche de lui ses semblables, « multiplie les communications et les rapports, « prend possession des âmes, se fait des amis « qui le connaîtront mieux parce qu'il leur ou- « vrira le sanctuaire de sa vie. Il parle et il « bénit, il console, il encourage, il charme les « ennuis. Il parle et il s'empare des multitudes.
VIII LETTRE DE MGP. FUZET A L AUTEUR
« les tenant muettes et frémissantes sous la pres- « sion de ses convictions, de ses sentiments, de w ses passions et de ses émotions. Il parte !...
« — O parole! enfant de mon âme, ô ma « fdle ! On f appelle comme te Fils éternel de c( mon Dieu, ^>^bun) ! »
Votre verbe, mon très Révérend Père, en se fixant dans ces pages magistrales, pour nous instruire sur la prière, la fera mieux apprécier et mieux pratiquer.
Et quoi de plus opportun à l'heure actuelle ? A mon sens on pourrait dire qu'il y a chez nous trop de prières, et que cependant on ne prie pas assez.
Trop de prières, si nous entendons par là cette étrange multiplicité de formules nouvelles, insipides pour la plupart, que Von v'oil éclore tous les Jours. A tout propos, hors de propos surtout, des personnes de plus de bonne intention que de lumières, des femmes zélées mais sans mandcd, jusqu'-à d'innocentes jeunes filles qui ne trouvent pas assez de sentimentalité pieuse dans leur paroissien, de bons prêtres même oublieux sur ce point des prescriptions de l'Eglise, inventent, transcrivent, font imprimer, propagent autour d'eux, imposent au besoin des formules de prière, toujours efficaces à les entendre, capables de forcer le ciel à coup sûr, et dont la moindre