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Spiritus adjiwat infJrniîlalem nostram : nam quid oremus

Toutefois, il serait téméraire de croire que nos prières omt toujours l'Esprit Saint pour principe, et sont toujours consacrées par son inspiration ; téméraire, par conséquent, de s'abandonner aux élans de son âme et de négliger ce que Dieu a fait pour atteindre plus sûrement et plus digûement le but qu'il se propose, en nous demandant l'hommage de notre parole pour préparer à notre faiblesse d'inépuisables secours, enfin, pour rendre nos prières divines.

Qu'a donc fait Dieu ? — Il ne s'est pas contenté de mettre son Esprit dans nos cœurs ; il l'a mis dans notre bouche. Il a dicté lui-même les prières qui lui plaisent et qui peuvent le mieux répondre .aux divers états et besoins de notre pauvre et infirme nature. Il a parlé, et depuis le jour où la langue du Psalmiste, comme la plume légère d'un scribe, traduisait ses inspirations jusqu'à ce jou.rd'hui où nous rappelons une chose si étonnante, l'humanité religieuse a prié dans tm langage qui n'e&t pas de ce monde.

Qui jie connail. les Psaumes ? Israël dépouillé de ses privilèges pour avoir méprisé Théritage des promesses divines, nous a transmis les chants qui nourrissaient sa foi et réjouissaient

sicul oportet nescimus: sed ipse Spiritus postulat pro nobis gemiiibus inenarrAbilibiis. (Jbid., 26).

son cœur. Jadis, c'était à lui. Debout dans les parvis du temple, et groupé autour des musiciens sacrés, il en goûtait les sublimes beautés. Après les fêtes, les voies de Sion étaient toutes remplies des souvenirs de la maison sainte, dont les derniers échos venaient mourir aux foyers domestiques. Douloureusement interrompus par les larmes de la captivité, ils furent de nouveau chantés aux jours bénis de la délivrance.

Mais quand la grande figure du Christ qu'on voit apparaître dans leurs strophes sacrées eut été répudiée et maudite par son peuple, les Psaumes devinrent notre propriété. Bien que plusieurs fois amoindris sous le vêtement froid et décoloré de nos langues occidentales, ils n'ont pas cessé d'être sublimes, et de toucher j)rofondément nos cœurs. Ah ! c'est que ce n'est ])as la pensée de l'homme qui se meut dans le parallélisme harmonieux de ces hymnes saintes. C'est Dieu qui vit et qui palpite sous chacune des périodes ; c'est Dieu qui se loue et s'invoque d'une manière digne de lui ; les Psaumes sont des prières divines.

Le pieux roi David en est le principal auteur. Klevé d'une condition obscure à la splendeur du rang suprême ; sokhU, général, et introduit dans la famille royale ; objet de l'admiration

publique, et chassé par sa parenté ; roi dans une terre inhospitalière ; maître de ses ennemis, et persécuté par les siens ; pécheur et repentant : courbé sous les coups de la justice de Dieu et soudainement redressé par sa miséricorde ; nul mieux que lui ne pouvait êlre l'interprète de l'humanité priante et servir d'instrument aux poétiques et sublimes accents de l'Esprit Saint. — Aussi, comme il s'enivre des perfections et de la gloire du Très-Haut ! Comme il le fait se dresser triomphant sur des sommets lumineux ou sur des ruines humiliées ! Comme il salue les abaissements et les grandeurs de Celui qui doit relever sa tige mourante, et dont il est luimême la figure imparfaite ! Comme il raconte à grands traits l'histoire de son peuple, figure de l'Église ! Comme il pleure sur les tombeaux, et chante mélancoliquement les grandes infortunes ! Comme il peint les poignantes inquiétudes du remords et les salutaires angoisses du repentir ! Comme il exalte la justice qui broie, et la miséricorde qui relève ! Comme il fait entendre le craquement de ses os humiliés, les tendres gémissements de son cœur trahi et les actions de grâces passionnées d'une âme régénérée par le pardon ! Comme il réprouve l'iniquité et célèbre l'innocence ! Comme il chante

son amour pour la loi de Dieu, et le bonheur de ceux qui marchent fidèlement dans les voies de la justice ! Comme il attend l'apparition finale de cette incorruptible lumière dans laquelle Dieu nous révélera son essence ! Enfin, comme il prie, et comme il fait prier avec lui la nature et les peuples I D'autres Psalmistes, Asaph, fleman, Ethan, Idilhun et les fils de Coré ont reçu, avec celui que les Israélites appelaient leur délicieux chantre, les inspirations de l'Esprit-Saint. Comme lui, ils ont chanté les grandeurs, les œuvres, les bienfaits du Très-Haut, et fait monter vers le ciel les cris de la foi, de Tespérance, de la reconnaissance et des misères Ijumaines. L'Eglise a pieusement recueilli leurs poèmes, et leur a donné une place d'honneur dans sa liturgie.

Transportons-nous en esprit dans les parvis du temple, à ces moments solennels oi!i le peuple de Dieu, pris d'un saint frémissement, écoutait les cantiques des inspirés, où la voix du maître de chœur criait : silence ! où les âmes lancées vers Dieu continuaient leur mystérieuse ascension, appuyées sur les sons mourants des psaltérions, des cithares, des flûtes, des trompettes sacrées et des tambours, et ne craignons pas de dire : — Chez nous, chrétiens,

c'est plus beau et plus grand encore, même sans les pompes de l'antique Orient, même dans la bouche mal préparée d'un chantre vulgaire. Oui, plus beau et plus grand, car Dieu est plus près de nous ; car nous embrassons la réalité promise ; car nous sommes un peuple plus cher à Dieu que les Hébreux ; car nos joies sont plus douces, et nos espérances plus vives ; car si l'humiliation de nos péchés est plus profonde, à cause de notre vocation, la miséricorde et la grâce sont plus abondantes. C'est pour nous que Dieu a chanté par la bouche des Psalmistes. Puisse l'humanité tout entière répéter leurs cantiques ! Mais vienne le jour de la fête éternelle ! Israël et l'Eglise ne feront qu'un, et nous chanterons tous des Psaumes sans fin, devant le même Dieu et le même Christ Sauveur.

Les Psaumes sont des formules divines. Mais n'avons-nous, pour offrir à Dieu l'hommage de notre parole, exciter notre dévotion, et manifester nos sentiments religieux, que cet héritage dix-neuf fois séculaire d'un peuple dépossédé ? Ce serait beaucoup, convenons-en. Cependant la nouvelle famille de Jésus-Christ devant se composer de toutes les nations appelées aux quatre vents du ciel, et renfermer dans son sein

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tant (le pauvres d'esprit et de gefis sans lettres, on se demande s'il ne faut pas à rhumanité chrétienne un psautier plus simple et plus universel : le psautier de l'enfant dont l'inlelligence est à peine éclose ; le psautier du pauvre qui vend, trop tôt pour savoir lire, ses jours, ses services, ses fatigues et ses sueurs ; le psautier de la femme, tout occupée à faire autour d'elle les saintes prodigalités de son amour et de son dévouement ; le psautier du vieillard dont les yeux éteints ne pourront plus lire, désormais, que la lettre incorruptible des éternelles révélations ; enfin, le psautier de quiconque ne peut se mettre en frais de temps et de mémoire, pour être sublime et divin. Il semble que celui qui s'appelle dans les cieux la Parole même de Dieu, puisqu'il a tant fait que de descendre jusqu'aux abaissements de l'Incarnation, pouvait bien se dépouiller de la poétique majesté dont il s'est revêtu dans les chants sacrés des Psalmistes, et passer une dernière fois, sous une forme humiliée, dans la bouche de l'humanité. C'est ce qu'il a fait. Un jour, il s'est assis sur le penchant d'une colline et sa parole a été recueillie par les pauvres, les infirmes, les ignorants, les déshérités de tous biens, que son amour et sa bonté avaient séduits. — Mes en-

fants, leur disait-il, quand vous prierez le Dieu que j'appelle mon Père, souvenez-vous que vous êtes mes amis et mes frères. — Dites-lui donc : « Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien, ce pain qui vaut mieux que toute autre substance. Et pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à tous ceux qui nous ont offensés ! Ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il ».

0 bien-aimé Jésus ! O vrai David des siècles nouveaux ! 0 Psalmiste de l'humanité régénérée ! Quelle admirable prière vous lui avez enseignée ! Elle est simple et à la portée de tous. Cependant, tout y est : Et la suprême paternité de Dieu, et son être, et ses perfections, et sa vie, et son souverain domaine, et sa libéralité, et sa miséricorde, et sa toute-puissance, et sa grâce, et la fraternité du genre humain, et ses besoins, et ses devoirs, et ses combats, et ses éternelles destinées ; tout est là. On pourrait dire que vous avez été sublime, si vous n'aviez été divin. Avec quel respect et quelle pieuse reconnaissance l'Église a recueilli et conserve

votre prière ! C'est encore le plus beau joyau de son trésor liturgique. En y ajoutant les paroles que Dieu lui-même a mises dans la bouche du céleste messager de llncarnation et de la mère du Précurseur, paroles qui contiennent la confession de nos plus grands dogmes, elle a composé le Psautier que je porte, comme Tenfant, comme le pauvre, comme la bonne femme, comme la servante : le Rosaire ! Et pendant que je le récite, mon esprit et mon cœur se délectent dans la contemplation de tous les mystères. Les deux formes de la prière s'unissent en un seul acte, et je me sens plus heureux que David, aux jours de ses transports et de ses enivrements prophétiques. Merci, ô mon Dieu !

Nous pourrions parler encore des professions de foi, des hymnes, des oraisons, et autres prières dont l'Eglise a enrichi ses offices ; mais c'est assez d'avoir prouvé, en faveur de la prière vocale, que Dieu, non content d'habiter en nos âmes, habite encore en notre bouche, par sa parole, quand nous le prions.

Ce n'est pas assez de connaître les formes de la prière et d'être convaincu de leur excellence ; il faut encore savoir les mettre à profit, et bien se rendre compte des conditions qui les rendent acceptables auprès de Dieu. Un acte peut être bon en soi, et cependant manquer son effet par le vice des circonstances qui le doivent accompagner. Or, la prière est un acte nécessaire, bon, salutaire, religieux et saint. Dieu l'attend de notre grande et noble nature, non pas, certes, par un sentiment de vaine complaisance pour sa gloire ; de pareilles faiblesses ne peuvent déshonorer que les passagères majestés de la terre, toujours prêtes à exagérer leur importance ; Dieu attend notre prière, par un sentiment de profond amour et de miséricordieuse déférence pour sa créature.

C'est avec une tendresse infinie qu'il se penche vers nous, démêle la trame de nos pensées et de

nos désirs, écoute nos paroles et jusqu'aux moindres palpitations de nos cœurs ; mais trop souvent, sa paternelle bienfaisance est trompée. En dépit de nos vœux et de nos supplications, il retient captifs en son sein, les biens qu'il nous destinait.

Pourquoi cela ? — Faut-il accuser de mensonge et de trahison le cœur de notre Père céleste ? — Il a dit : Demandez et vous recevrez : Petite et accipietis * ; — Vous n'avez donc qu'à parler. Dieu vous exaucera : Qiiodciimque volueritis peietis et fiet vobis » -. — Pouvons-nous lui renvoyer comme un reproche les promesses qu'il a faites à notre misère ? — Non, assurément. La stérilité de nos vœux et de nos prières est un accident dont nous devons accepter humblement la responsabilité ; car, trop souvent, hélas, « méchants que nous sommes, nous demandons mal de mauvaises choses : Afali, mate, mata petimusi. Ces paroles sont, je crois, de saint Augustin ; elles contiennent en abrégé tout ce que noas avons à dire de la préparation, des qualités et de l'objet de la prière.

L'Esprit Saint nous a donné par la bouche du Sage, ce salutaire avertissement : « Avant

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