IbAi., cap. Lv
de notre vie religieuse, et de nous accommoder aux légitimes exigences du monde et aux nécessites de notre état, sans que nous y soyons absorbés.
Pour rendre cette répression plus efficace, ce ne sera pas trop de régler nos jours du côté de Dieu, comme nous savons les régler du côté du monde, de marquer du doigt des heures inviolablement consacrées à la visite mystérieuse du Roi des rois, et toujours respectées par notre conscience. Alors se tairont dans nos âmes tous les bruits des passions ; alors s'apaiseront tous les mouvements des convoitises humaines, comme se turent les vents et s'apaisèrent les flots de la mer quand Jésus-Christ monta sur la barque de ses Apôtres.
Cette paix intérieure, cette immobilité silencieuse de notre nature, on l'appelle le recueillement, mot profondément significatif que l'on croit devoir reléguer dans le vocabulaire des mystiques, bien qu'il appartienne au vocabulaire de tous les chrétiens.
Chasser loin de soi les pensées importunes et les trop vifs désirs qui parfois nous agitent, se soustraire avec une sainte violence, à des préoccupations qui pour être trop prolongées, deviennent absorbantes ; appeler à soi son esprit, son
cœur, sa mémoire, son imagination, toutes les facultés de son àme, ses yeux, ses oreilles, sa bouche, toutes les puissances de son corps ; les saisir, les contraindre, les rassembler, les immobiliser, et en offrira Dieu le faisceau glorieux : voilà le recueillement. Le chrétien qui comprend l'importance et la grandeur de la prière n'épargne rien pour faire de cet état une habitude. Au plus fort des affaires, du travail et des plaisirs permis, s'il se donne, jamais il ne s'abandonne. Le premier signal de sa conscience et de la grâce le trouve toujours prêt à entrer en pleine possession de lui-même, à protester devant Dieu contre les défaillances de son cœur, les distractions de son esprit, et à en écarter ainsi la responsabilité. Est-il poursuivi de trop près, fatigué, troublé, étourdi par le tumulte du monde ? Eh bien. Dieu lui a préparé un refuge aux portes duquel viennent expirer les flots agités delà vie mondaine : c'est le temple dont il a été dit « qu'il est une maison de prière : Domiis mea donius oralionis » '. Non plus ce temple antique auquel venaient se rendre, par des chemins âpres et fatigants, toutes les tribus d'Israël, mais ces églises tant de fois multipliées sur la sur-