‹ La prièreChapitre 72 sur 136 · PSALM., LXXXIII · texte numérisé non relu

PSALM., LXXXIII

rigueurs. Les âmes les plus ferventes ont passé parla. Saint Bernard s'en plaignait à ses frères, dans un de ses sermons sur le Cantique des Cantiques : « Dieu irrité, disait-il, s'est retiré de son serviteur : de là, la stérilité de mon âme, et le manque de dévotion dont je souffre. Comment mon cœur s'est-il desséché, et caillé comme le lait ? Comment est-il devenu semblable à une terre sans eau ? Il ne sait plus verser les larmes de la componction, tant il est dur. Je n'ai plus de goût aux Psaumes, je ne puis plus lire, je ne me délecte plus dans l'oraison, je ne puis plus faire mes méditations accoutumées. Qu'est devenu cet enivrement d'esprit, cette sérénité de Tàme, cette paix, cette joie dans TEsprit-Saint?.. Ne serais-je plus qu'une de ces montagnes de Gelboé, sur lesquelles le divin et très doux visiteur ne veut plus passer? » *.

Gémissons, plaignons-nous avec le saint doc-

1. Dominas declinauil in ira a servo suo. Hinc sierililas animœ meœ, et devotionis inopia quani patior. Quomodo ila exaruil cor meum, coaijulalum est sicut lac, faclum est sicut terra sine aqua ? Nec compungi ad lacrijmas queo, tanta est durilia cordis. Non sapit psalmus, non letjere libet, non orare délectât, medilationes solilas non invenio. Ubi illa inebriatio spiritus y Ubi mentis serenitas, et pax et fjaudium in Spirilus Sancto ?... Ego quid me aliud piilem qiiam unum de montibus Gelboe quem prxteril in ira et indignalione sua ille cœierorum omnium benignissimus visitator ? (Sei^m. liv, in Canl. n<>8).

teur ; mais, comme lui, continuons à prier. Peutêtre qu'en examinant à fond notre conscience, nous découvrirons que notre détresse spirituelle est le châtiment de quelque infidélité. Alors humilions-nous profondément, demandons pardon à Dieu. «C'est le moyen, mes petits enfants, dit saint Bernard, de hâter le retour de la grâce, et de nous préparer à de nouvelles visites de l'Epoux des âmes ^. Que s'il tarde à revenir, attendons avec patience dans le désert où Dieu nous éprouve et nous fait souffrir, et entretenons avec soin au fond de notre cœur le sincère désir, la ferme volonté d'honorer Dieu, et de nous unir à lui par la prière.

C'est là qu'il regarde et qu'il voit d'un œil bienveillant que, pour être difficile et affligée, la prière, ne cesse pas d'être pieuse.

Etudions maintenant la troisième qualité de la prière : Il faut qu'elle soit persévérante : Ut fiai perseueranter.

La persévérance peut être considérée à un

1. Filioli, haec cogilalio iollil extollenliam oculorum, conciliât gratiam, sponsi saltibus prœparat. (Serm. liv, in Cant,, n° 9).

25'<î CONDITIONS DE LA PRIERE

double point de vue. Premièrement, en tant qu'elle suppose la continuité d'intention dans la volonté qui poursuit obstinément un seul et même objet ; secondement, en tant qu'elle suppose la continuité d'action qui fait de notre vie une perpétuelle prière. Cette double continuité, Jésus- Christ, après en avoir donné l'exemple, la demande, l'impose à notre piété par ce précepte que nous connaissons tous : « Il faut toujours prier, sans jamais défaillir : Oportet semper orare et non deficere » ^. Est-ce pur arbiliaire de sa part ? Non. — La libéralité divine ne procède point dans ses dons par capricieuses saillies. Quand elle a fait attendre, ses délais sonttoujours réglés par de sages motifs.

Dieu a le droit de nous demander la persévérance dans la prière. 11 la doit à sa gloire, il la doit à notre dignité, il la doit à nos intérêts, il la doit à ses bienfaits.

Nous prions ; — mais sommes-nous bien certains que rien ne manque à nos dispositions ? Si notre humilité n'est pas assez profonde, si notre piété n'est ni assez vive ni assez intense, n'est-il pas juste que Dieu cherche la satisfaction de sa gloire dans la continuité d'un acte dont

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