‹ La prièreChapitre 73 sur 136 · Luc, cap. xviii · texte numérisé non relu

Luc, cap. xviii

les imperfections sont si loin de répondre aux exigences de son infinie majesté ?

Nous prions ; — mais non pas en enfants qui attendent le contentement d'un caprice ; nous prions en hommes qui attendent la réalisation de quelque noble et grand dessein. Or, c'est le propre des nobles et grands desseins d'être fermes. Il va de notre dignité de les soutenir par une persévérante prière contre les refus qu'il plaît à Dieu de nous faire subir.

Nous prions ; mais si Dieu, répondant à notre empressement, nous exauçait aussitôt que nous lui exprimons un désir, ne serions-nous pas exposés à nous attribuer des droits que nous n'avons pas, à méconnaître la bonté toute gratuite de notre bienfaiteur et à nous fermer, par l'ingratitude, le trésor de ses bienfaits?

Notre intérêt veut donc que Dieu nous fasse sentir, par de sages délais, le prix des grâces qu'il nous accorde, afin de préparer notre cœur à la reconnaissance, fille et mère, à la fois, de tous les biens.

Nous prions ; — mais celui qui donne ne grandit-il pas les moindres bienfaits ? Mais n'y a-t-il pas des grâces si nobles et si précieuses, qu'on ne saurait trop insister pour les obtenir ? Nous voyons des misérables travailler pendant

dix ans, vingt ans et plus au triomphe d'idées funestes qui doivent bouleverser Tordre social. Le flot qui les emporte ne noie pas leurs desseins. Dès que revient une tempête, ils reparaissent plus ardents que jamais, prodiguant les viles adulations et les promesses menteuses, quêtant les suff'rages de la populace pour assurer la victoire de leurs âpres convoitises. Et nous qui demandons au Roi des rois les vrais biens, nous nous lasserions, parce quil lui plaît de nous l'aire attendre, afin de nous mieux faire comprendre la grandeur de ses dons ? La lumière, la force, la consolation, le pardon, la paix de la conscience ! mais c'est Dieu lui-même inclinant le ciel vers sa créature, et venant lui donner le baiser de sa perfection. La conversion dune Ame pécheresse ! mais c'est une des plus grandes merveilles de la puissance de Dieu, Le salut dun peuple qu'on opprime ou qui se meurt de sa corruption ! mais c'est un de ces extraordinaires bienfaits dont la bonté divine est avare, c'est le triomphe dune miséricorde infinie sur la sainte justice, poursuivant avec ardeur une équitable vengeance trop longtemps retardée. Ah ! s'il est un père, un enfant, un frère, un ami, que nous chérissions, et pour lesquels nous demandions une grâce qui illumine leur esprit enténébré par Terreur, qui

amollisse leur cœur endurci par le vice, prions toujours. Rappelons-nous cette courageuse Monique, épouse et mère, qui n'obtint qu'après de longues années d'oraison et de larmes la conversion de l'infidèle Patrice et du malheureux Augustin. Si notre âme affligée de l'invasion des erreurs, de l'inondation des vices, de la confusion des desseins, de l'incertitude des résolutions, de la compétition des ambitions qui menacent l'avenir de notre malheureux pays, comprend que Dieu seul peut nous sauver et pousse vers le ciel de patriotiques gémissements, prions toujours. Rappelons-nous que Dieu, impatienté des instances de son serviteur Moïse, lui disait : « Laisse-moi. — Dimitte me. Laisse ma fureur s'allumer contre ce peuple ingrat ; je veux le détruire ». Mais Moïse priait encore : « Seigneur, disait-il, pourquoi vous irriter contre ce peuple que vous avez tiré de l'Egypte, avec tant de force et d'une main si robuste ? Voulez-vous que vos ennemis vous accusent de ne nous avoir délivrés de la servitude, que pour mieux nous détruire ? Apaisez-vous, souvenez-vous d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, vos serviteurs, à qui vous avez promis une postérité nombreuse comme les étoiles du firmament... » *.

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