‹ La prièreChapitre 74 sur 136 · Dimille me, irascatiir furor meus contra eos, et deleam · texte numérisé non relu

Dimille me, irascatiir furor meus contra eos, et deleam

Et le Seigneur apaisé détournait la main vengeresse qu'il avait étendue sur la tête de son peuple.

Nouveaux Moïses, persévérons dans la prière; ne laissons pas Dieu s'échapper de nos patriotiques étreintes. Rappelons-lui ses promesses, ses bontés, et surtout, sa sainte cause compromise dans les infortunes de la nation très chrétienne.

Quel que soit l'objet de nos vœux, nous devons avoir près de Dieu la science et le courage de l'importunité. Elle nous est enseignée par la nature, qui ramène sans cesse les misérablas aux lieux qu'habitent la bienfaisance et la richesse, et nous pousse à demander aux hommes les biens que nous voulons obtenir de leur libéralité, avec une ténacité qui les faligue et lasse leurs résistances ; elle nous est enseignée par Dieu lui-même, qui, dans de touchantes paraboles, a promis d'accorder à nos instances ce

eos, far'Ktmqiie le in (jenleni macjnam. Moifsen aulem orabal Bominum Deiim suum, dicenu : Car, Domine, irascitur furor luus conlra popidum luum, (juem eduxisti de lerra /EgypU in forliltidine magna, el in manu robusta y A^e qiiaeso dicant /Egyplii : Callide eduxil eos, ul inlerficerel in monlibus, et delerel e lerra: Qaiescal ira iua. et eslo placabilis super nequilia populi lui. liecordare, Abraham, Isaar. et Israël, .fervorum luorum, qnibus jurasli pcr lemelipsum, dicens: Mulliplicabo semen vcstrum sicul stellas.cœli, et in uniuersam terram liane, de fjuœ loculus sum dabo semini veslro, et possidebilis eam semper. Placalusque est Dominas ne faceret malum quod loculus fueral aduersus populum suum (ExoD., cap. xxxii).

qu'il refuserait à nos mérites. Pourquoi ces découragements précoces qui tarissent la source de nos humbles et pieuses supplications ? C'est souvent au moment où nous cessons de prier que Dieu va nous exaucer. Ne savons-nous pa^ que sa miséricorde est infinie, et* qu'il a engagé son honneur en donnant sa parole ?I1 a dit: « Petite et accipietis : Demandez et vous recevrez » : c'est assez pour convaincre un chrétien qu'une prière bien faite est celle qui persévère. Nous devons être humbles ; mais quoi de plus humble qu'une âme qui, défiante d'elle-même, croit navoir jamais fait assez pour fléchir le cœur de son Père céleste. Nous devons être pieux, mais la persévérance n'est-elle pas le signe caractéristique et la plus haute expression de la piété ? Esprit de foi, respect, confiance, amour, ne sont-ce pas les vertus d'une âme qui ne se lasse jamais de chercher Dieu, qui adore ses desseins cachés, qui attend patiemment rheure de ses bienfaits, qui consent, par amour pour sa volonté sainte, aux longs retards de sa miséricorde. Persévérons donc, si nous voulons prier comme il faut. A la prière, comme à toute œuvre sainte, « la persévérance donne le cachet de la perfection. Patientia opus perfectam habel » '. 1. Jac, cap. I, 4.

L'OBJET

L'OBJET

La perfection de nos actes ne dépend pas uniquement des dispositions de notre âme, mais de la direction qu'ils prennent, et du but vers lequel ils tendent. Se préparer par le recueillement et la pénitence, se faire petit devant la majesté trois fois sainte de Dieu, l'appeler à soi, et le rendre, en quelque sorte, présent par la vivacité de sa foi, s'appuyer sans crainte sur sa bonté infinie, s'abandonner avec une amoureuse confiance à sa volonté adorable, être constant dans ses vœux, et faire de toute sa vie une louange et une supplication, telles sont les conditions dont dépend la perfection de la prière. Mais voici venir une grave question qui peut être considérée comme le support de tous les enseignements développés jusqu'ici : Que demanderons-nous à Dieu ? Quel est l'objet de la prière ?

Les trésors du ciel et de la terre, de la grâce

et (le la nature sont entre les mains d'un commun maître qui en dispose souverainement. Il attend notre choix pour juger notre discernement, et distribue selon son bon vouloir. Que nous ignorions le mystère de la distribution des biens, il importe peu. Ce qu'il nous faut savoir, c'est que Dieu attend notre choix, et que nos décisions doivent être réglées par des principes invariables.

Il est bon de rappeler ces principes trop souvent oubliés ; ils nous ser\'iront à éclaircir une question éminemment pratique et de la plus haute importance pour la direction de nos vœux. Définissons d'abord l'objet de la prière, nous ferons ensuite notre examen de conscience, et prendi'ons nos résolutions.

Le mal ne peut être l'objet de nos désirs. 11 n'appartient qu'à ces ôtres maudits que Dieu broie éternellemeut sous sa main vengeresse, de le demander, et s'il se rencontre quelque part des insensés qui osent unir par des vœux sacrilèges, le mal à leurs actes religieux, invoquer le ciel pour en obtenir des malédictions injustes,

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des malheurs immérités ou une criminelle assistance, il faut les plaindre et ne voir en eux que les victimes d'une superstition diabolique. C'est un phénomène exécrable dont on ne saurait sans injustice faire peser la responsabilité sur les principes religieux. Des auteurs qui ont beaucoup plus voyagé dans leur chambre qu'autour du monde, se sont plu à exhumer certains faits d'étrange nature, particuliers aux peuples chez lesquels la foi semble plus profonde et plus vive que chez nous, et ils ont pris de là occasion d'enrichir leurs récits de blasphèmes parfaitement ridicules, entre lesquels celui-ci occupe une place distinguée : — La prière, chez les peuples catholiques,. se résout en aveugle superstition, quand elle n'insulte pas aux perfections de Dieu. En d'autres termes : nous ne multiplions nos prières que pour étouffer en nous toute espèce de discernement, malgré le faste de nos actes religieux ; en dépit de la solennité de notre culte, nous ne savons pas prier, nous ne savons pas demander à Dieu, père de l'humanité, ce qui convient à l'humanité. Ce serait faire trop d'honneur à cette sotte accusation que de la réfuter directement, il suffit de lui opposer notre doctrine ; car nous avons, Dieu merci, une doctrine sainte et invulnérable touchant l'objet de la

prière. C'est assez de la faire connaître, pour prévenir les objections de notre malice ou de notre ignorance.

La prière, considérée dans ses rapports avec nos besoins, est la demande faite à Dieu des choses qui conviennent. Oralio est petilio décent uim '. Or, il importe de ne pas nous méprendre sur la signification de ce dernier mot : Ce qui convient, ici, ce n'est pas l'objet quelconque que déterminent nos fantaisies ou nos caprices ; c'est ce qui répond, dans une mesure réglée par Dieu, aux exigences de notre vocation, de notre état, de nos destinées; ce qui nous honore et nous rend heureux, en nous faisant participer à la gloire et à la béatitude même de Dieu ; en un mot : Ce qui convient, c'est le bien : Ouod decet bonum est.

Le bien doit être l'objet de nos désirs et de nos vœux, parce que c'est le besoin légitime de notre nature ; mais prenons garde, le bien tel que Dieu le veut, lui qui est le bien suprême, éternel, infini, absolu. En parlant de la prière de demande, nous avons eu occasion d'énumércr les différents biens dont notre misère est avide, et d'indiquer la source inépuisable d'où ils

]. Cf. SuMM. TiiEOL., II* II", qusDst. Lxxxin, a. 1. c.

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s'épanchent sur l'humanité : les biens de la richesse, du travail, de la santé, de la vérité, de la vertu, de la grâce, éminemment contenus dans la féconde paternité de Dieu ; mais nous n'en avons pas dit Tordre ni décrit l'harmonie. Actuellement, nous ne pouvons plus répondre à cette question : — Quel est l'objet de la prière? — qu'en établissant l'ordre et l'harmonie des biens.

Selon l'école, l'ordre des biens suit l'ordre des causes : Oi'do bonorum conseqiiitiw ordinem caiisarum. Plus un être est cause, c'est-à-dire plus il y a en lui d'énergie productrice et de puissance communicative, meilleur il est. Prenons un exemple vulgaire. Au point de vue purement cosmologique, le soleil vaut mieux que la terre, parce que la terre en reçoit la lumière, la chaleur et la règle de ses mouvements. Sans le soleil, la terre ne serait qu'une sombre, froide, aride, immobile ou vagabonde planète. Enfin le soleil précède la terre dans l'ordre des biens, parce qu'il la précède dans l'ordre des causes.

Partant de ces données, il est évident que s'il existe quelque part un être de qui tous les autres reçoivent, et qui soit à l'égard de tous la cause suprême et absolue, cet être est le bien suprême et absolu. Or, cet être existe : — C'est

Dieu : Dieu le centre vivant et parfait, autour duquel ?e meut Torbe des ôtres, qui les anime et les vivifie tous, qui est en lui-même aussi bien que partout, partout aussi bien qu'en luimôme. Il crée, il conserve, il dirige, il fait aboutir. Il n'est rien qui ne tienne de lui, qui ne s'appuie sur lui, qui ne doive suivre le mouvement victorieux qu'il imprime, et se reposer en lui. Nous avons beau chercher, nous ne voyons pas d'autres biens que lui, puisqu'il est le bien de tout ce qui est'. Il nous fait bon en nous tirant de .ses entrailles paternelles, et en nous donnant la vie. 11 nous fait chaque jour meilleur en nous approchant de lui davantage jusqu'à ce que notre perfection soit consommée par un retour définitif à sa perfection infinie, et par un attouchement suprême de sa propre excellence. En effet, comme les points d'un orbite reçoivent d'autant plus de lumière et de chaleur qu'ils sont plus rapprochés d'un centre incandescent, ainsi l'homme reçoit d'autant plus d'être et de perfection, qu'il est plus rapproché de Dieu. Or Dieu prépare l'humanité à un rapprochement merveilleux et incompréJiensible : h la vision de son essence, aux étreintes de son amour, à la

1. Omnia sunt hona bonitalc divina. (Cf. Scmm. Tiieol., I. P. qufcsl. VI, a. 4, c).

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communication de sa vie, à ce que, clans le langage chrétien, nous appelons la gloire et la béatitude éternelles. L'acte qui nous fixe à jamais dans cette fin sublime termine la puissance divine sans l'épuiser ; il est impossible de concevoir rien de meilleur pour une créature raisonnable.

Dieu finalement communiqué à l'homme, voilà le bien parfait, le bien qui doit combler les abîmes de notre nature, sans qu'il y reste le moindre vide où se fasse entendre la voix d'un désir inassouvi. Pendant que les créatures irritent les convoitises infinies qui nous tourmentent et nous déchirent le sein. Dieu nous promet un apaisement plein de délices, car lui seul peut se donner sans s'appauvrir, et faire de son être infini des largesses qui contentent toutes les capacités créées. — Dieu finalement communiqué à l'homme est le bien parfait ; par conséquent, c'est le bien sans fin. Aucune puissance ne peut conspirer contre celui qui le possède ; tranquille et fier de sa gloire, il vit à l'abri de toutes les déceptions, attendant dans une royale paix le renouvellement éternel de ses jours. Enfin Dieu est le bien suprême, le bien qui surpasse et commande tous les biens, le bien dont tous les autres biens ne sont que de pâles reflets, le bien qui

appelle à lui, par sa nature même, tous nos désirs et toutes nos prières ^.

D'où vient donc que tant d'hommes se contentent aisément de félicités menteuses ? Du fond de leur âme enivrée par la prospérité, ils disent à Dieu :Je suis bien oii je suis. Laisse-moi me remplir. Quand le ciel viendra, s'il y a un ciel, je le prendrai, mais, en attendant, je ne désire ni ne demande rien de plus que la terre où je jouis. — Ces hommes, hélas ! n'ont qu'une piisérable raison, une raison qui ne comprend rien à l'ordre des biens, et que ne corrigent pas l'insuffisance et Tinstabilité des jouissances terrestres. C'est pour eux que nous avons voulu faire un peu de métaphysique, puissent-ils la comprendre et en profiter.

Mais tout le monde n'est pas capable de suivre un raisonnement métaphysique ; c'est pourquoi Dieu voulant se mettre à la portée des pi us faibles esprits, a daigné nous indiquer lui-même l'ordre des biens. Suivons d'un œil chrétien, car autre-

I.Bnniim quod proprie el principaliter aDeo Rperare (U-hemua eut honuin infinilum, quod proporlionalur virlule Dei adjuvantis ; nani infiniLv virlutis est propriiim ad infinilum bonum perdiicere. Hoc aiilem bonum est vUa œlerna qux in fruilione ipsiua Dei constilil. Non enim minus aliquid cib eo speranduni est (juam si! ipse,cum non sil niinor ejus boniias perquam bona creaturœ communical, quam ejus e.ssen//o. (Su.mm. Tii.,II° II"° P, quœsl. XVII, a. 2).

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ment, nous n'y comprendrions rien ; suivons, cJis-je, la marche du gouvernement providentiel. De si haut que nous partions, pour descendre avec lui à travers les temps et les espaces créés, nous pouvons constater son invariable direction : il tend, il aboutit à l'éternelle consommation de l'humanité et, parla, à Téternelle consommation de toutes choses dans l'éternelle unité de Dieu. Et parce que, sur son chemin, se dressent mille obstacles, parce que, de toutes parts, se rencontrent des ennemis qui cherchent à égarer les générations que Dieu pousse devant lui, parce que tous n'arrivent pas au port lumineux et tranquille où toute vie doit se reposer, nous avons appelé l'entrée de la vie humaine dans le sein de Dieu, le salut ; le salut, plutôt que la béatitude et la gloire, parce que ce mot plein de douloureux souvenirs, nous rappelle les tribulations de l'exil et les dangers du pèlerinage.

Eh bien ! chrétiens, nous le savons et le confessons. Dieu a tout fait pour notre salut. Il eût pu rentrer en lui-même et nous abandonner à notre malheureux sort, alors que nous étions portés dans les flancs devenus impurs du père de la race humaine ; après cette première trahison qui retentit encore si douloureusement dans notre vie. Mais sa miséricorde fut plus forte que sa

justice, et, sans changer de but, il prit d'autres voies. Pauvre humanité déjà naufragée au début de ton voyage, il te fallait un Sauveur, et tu le vis apparaître, mystérieux d'abord, comme tout ce que nous promet un lointain avenir ; puis se dessinant davantage dans des clartés toujours croissantes, jusqu'au jour de sa manifestation et de son travail.

C'est pour notre salut : propter nostram saluiem, que le Verbe divin se montrait à nos pères sous le voile des figures ; c'est pour notre salut qu'il posait mystérieusement devant Tàme ravie des prophètes, et leur inspirait les oracles, accomplis, depuis, en sa personne ; c'est pour notre salut qu'il dirigeait les événements et les catastrophes, jusqu'au triomphe de ce fier et tranquille despotisme de Rome, qui devait lui assurer l'heure de paix dont il avait besoin pour son joyeux avènement. Dans l'ombre d'une nuit à jamais célèbre, il s'est précipite du haut des cieux, et anéanti jusqu'à prendre la forme d'un esclave, selon les énergiques expnessions de l'Ecriture : c'est pour notre salut. C'est pour notre salut qu'il tremble, gémit et pleure dans une pauvre étable ; c'est pour notre salut que, tout enfant, il fuit sa terre natale poursuivi par un tyran jaloux ; c'est pour notre salut qu'il se

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cache et obéit à Nazareth ; c'est pour notre salut qu'il entre dans la vie publique ; c'est pour notre salut qu'il enseigne et multiplie les miracles ; c'est pour notre salut qu'il vit du pain de la charité, et soufTre les contradictions des hommes ; c'est pour notre salut qu'il se livre à ses ennemis ; c'est pour notre salut qu'on le méprise, qu'on rinjurie, qu'on le frappe de verges, et qu'on le couronne d'épines ; c'est pour notre salut qu'il gravit les pentes douloureuses du Calvaire, ployé sous le fardeau de la croix ; c'est pour notre salut qu'il se laisse coucher sur le bois de son sacrifice ; c'est pour notre salut qu'il répand généreusement jusqu'à la dernière goutte de son sang adorable ; c'est pour notre salut qu'il meurt trahi par la terre, et abandonné par le ciel : Propter nosiram sahitem. Tout n'est pas fini, écoutons encore. C'est pour notre salut que le Fils de Dieu soulève la froide pierre qu'on a scellée sur sa dépouille inanimée ; c'est pour notre salut qu'il reprend une vie glorieuse ; c'est pournotre salut qu'il monte triomphalement aux ciéux ; c'est pour notre salut qu'il vit à jamais, montrant à son Père ses plaies radieuses et intercédant pour l'humanité pécheresse : Semper viuens ad inlerpellandum pro nobis » ^. I. Hebr., cap. vu, 25.

Rendu à son Père et couronné de la gloire qu'il a méritée par ses souffrances, le Sauveur du genre humain continue son œuvre. Son éternelle médiation, près du trône de justice et de miséricorde, est Tàme d'une action incessante, dont nous sommes investis, el qui nous pousse à notre dernier terme. Etudions le vaste ministère de l'Eglise dans ses fonctions doctrinale, législative, et liturgique, nous verrons que tout y est ordonné à notre salut. Les missions d'apôtres chargés d'annoncer la parole de Dieu, d'en appeler à notre conscience, et d'importuner nos passions par des arguments, des prières et des reproches, ont pour objet notre salut. Les esprits vigilants et protecteurs qui nous assiègent de leurs saintes inspirations, sont les ministres de Dieu, près de ceux qui doivent recueillir l'héritage du salut : « In minisfcrium missi pvopier eos qui hseredilatem capiunt saliilis » *. Enfin les touchantes instances de Jésus-Christ, qui se tient in visiblement à la porte de nos cœurs, frappe et demande à prendre possession de notre amour, n'ont pas d'autre but que d'assurer notre salut. Bref, toutes les opérations immédiates et médiates de Dieu convergent vers ce terme suprême : le salut du genre humain.

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