II Mac, cap. xiv
tères de nos origines : c'est la création, la rédemption et la sanctification. Par la création, Dieu nous arrache au néant, et nous fait être à son image et à sa ressemblance ; par la rédemption," il nous retire des abîmes du péché et restaure son œuvre qu'une main maudite avait mutilée et défigurée ; par la sanctification il consomme en nos âmes les opérations sacrosaintes de la grâce. Il intervient ainsi à toutes les périodes solennelles de la vie du genre humain, non pas comme une cause abstraite dont il est difficile de s'expliquer les mouvements, mais comme une personnalité vivante, ou plutôt comme une famille de personnes sacrées dont les attributions se révèlent dans des œuvres propres. Père, Fils et Saint-Esprit : voilà le Dieu de nos origines.
Nous sentons couler dans nos veines les ondes réglées d'un sang généreux ; notre vie, par un perpétuel mouvement, se renouvelle, nos membre% s'agitent sous l'impulsion d'une force libre ; la pensée se lève lumineuse comme le soleil, au sommet de notre âme, nous voulons, nous désirons, nous aimons, pendant que des milliers de créatures obéissent à des lois fatales qui les emportent à une vulgaire destinée ; rendons grâces à Celui qui donne à toute paternité son nom sur la
terre et dans les cieux. — De vifs penchants nous emportent, mais malgré leur violence, la vertu n'a pas perdu le pouvoir de nous séduire. Nous l'aimons encore quand nous l'avons trahie, et le repentir nous ramène vers les lieux qu'elle habite ; les fautes que nous pleurons s'effacent sous les flots d'une onde invisible que fait couler en notre âme une parole de miséricorde ; à la paix qui succède au trouble de notre conscience, nous comprenons qu'il est possible d'apaiser la justice de Dieu, et de reconquérir son amour perdu ; rendons grâces à Celui dont le sang répandu sur la croix se précipite en toute âme pécheresse, au Fils de Dieu, mort pour le salut du monde. — Une lumière intérieure et toujours croissante nous éclaire sur les choses de Dieu et nous les fait mieux comprendre, une puissance mystérieuse nous pousse à la perfection, une onction sainte nous donne la force de résister aux ennemis de notre vertu et d'entreprendre des œuvres magnanimes, un sentiment de vive horreur nous fait reculer devant tout ce qui pourrait souiller la pureté de notre âme, une parole sans bruit nous console dans nos peines : rendons grâces au Paraclet, à l'Esprit-Saint qui achève en nous l'œuvre du Père et du Fils, par l'effusion de ses dons.
Création, rédemption, sanctification, mystères adorables, œuvres du Père, du Fils et du Saint- Esprit, manifestation du Dieu trinité, puisque nous vous devons ce que nous sommes, n'est-il pasjuste qu'un jour, dans le mouvement périodique des jours de notre vie, vous rappelle à notre souvenir ? et quel jour plus propice que celui qui fut choisi et désigné par Dieu luimême !
Quand Dieu eut achevé son œuvre, il se reposa, dit l'Écriture 1. Non pas qu'il eût besoin de se délasser de Texercice de sa puissance, ni de rentrer dans la contemplation de son être ; mais il cessa de créer, afin de bénir et de consacrer le septième des jours qui devaient mesurer notre vie. Ce jour, il le fit sien, et, comme nous l'avons vu dans le texte même de la loi, il l'imposa à Thomme, afin que l'homme, déjà son image, complétât en lui-même la ressemblance de son type éternel par l'exercice réglé de son activité. Le sabbat rappelait donc aux patriarches et à leurs enfants le travail immense d'où était sorti l'univers, ainsi que l'ouvrier qui l'avait accompli. C'est pourquoi le dogme de la création, défiguré par toutes les philosophies et les théo-
\. Deus... requievil die seplimo ab universo opère quod pa- Iraral. (Gen., cap. n, 2).
logies antiques, se conserva chez le peuple juif dans sa pureté native.
Quand les nouveaux temps commencèrent, le sabbat fit un pas, mais il ne fut pas aboli. Au déclin d'une semaine illustre, Jésus-Christ, le Fils de Dieu, mourait et noyait dans son sang riniquité du genre humain. Cependant refficacité de sa mort demeurait suspendue, dit l'apôtre, tant que la pierre du sépulcre et le sceau de la synagogue pesaient sur sa dépouille mortelle. Ce ne fut que le lendemain du sabbat, à l'aurore du premier jour, lorsque la pierre fut renversée et le sceau brisé, lorsque l'humanité ressuscitée du Sauveur sortit glorieuse du tombeau et chanta à la mort ce cantique d'ironie sublime : (( 0 mort où est ta victoire? 0 mort où est ton aiguillon ? » ^, lorsque toutes les prophéties et toutes les espérances furent justifiées par le plus grand des miracles, que le genre humain put s'écrier : « Nous sommes rachetés par la croix ! Redempii sumus per criicem » -.
A quelque temps de là, les voûtes du cénacle où étaient rassemblés les Apôtres, s'ébranlèrent, les cieux se fendirent, et celui qui, porté au com-
1. Ubiesl, mors, Victoria liia ? Ubi est, mors, stimulus iuus ? (I Cor., cap xv, 55).