‹ La prièreChapitre 98 sur 136 · I Thess., cap. V · texte numérisé non relu

I Thess., cap. V

plissement d'un devoir dont nous devrions bien mieux que lui comprendre l'importance.

Pro omnibus : Rendons grâce à Dieu pour toutes choses, c'est-à-dire pour tous les bienfaits de la grâce : Pour la visite du Verbe Incarné, pour ses révélations, pour ses douleurs, pour son sang, pour sa mort, pour le trésor infini des mérites qu'il nous a laissé, pour noire vocation chrétienne, pour les secours que nous allons puiser dans les sacrements, pour les dons de l'Esprit-Saint, pour les bonnes inspirations qui nous éclairent, pour les saintes affections qui nous préservent de la fascination des choses terrestres, pour les consolations qui adoucissent nos peines, pour les grâces actuelles qui nous empêchent de succomber à la tentation, et qui nous poussent à toutes sortes de bonnes œuvres, pour les péchés dont Dieu nous préserve, et surtout pour l'immense miséricorde avec laquelle il nous pardonne si souvent nos si nombreuses fautes. Nous sommes pécheurs, nous avons mérité maintes fois de disparaître sous les coups de la justice divine, et cependant, nous vivons encore, tranquilles, heureux, peutêtre ; comment notre vie ne serait-elle pas un continuel Deo gratins .^

Pro omnibus : Rendons grâces à Dieu pour

toutes choses : Non seulement, pour toutes les peines qu'il nous a épargnées, mais encore, (nous pouvons bien dire cela à des chrétiens), pour toutes les peines qu'il nous envoie. Trop préoccupés de nos maux, trop ignorants de ce qu'il y a en nous de puissance pour le mal, trop aveuglés sur la gravité de nos fautes, trop oublieux des exigences sacrées de notre vocation, nous ne comprenons rien au mystère de la douleur, et notre âme se laisse aller facilement au murmure ; mais si nous voulions quelque peu réfléchir, nous reconnaîtrions la miséricorde de Dieu dans ce qui nous afflige. Pour ceux dont une vie prospère serait remplie de vices, ou, du moins, d'une honteuse mollesse, la douleur est un bienfait. Pour ceux qui ont mérité, par leurs péchés, les inénarrables souffrances d'une autre vie. et qui peuvent s'en préserver, en endurant patiemment les maux de la vie présente, la douleur est un bienfait. Pour tous les chrétiens dont le devoir est de marcher sur les traces sanglantes du Sauveur, et de ravir le ciel par la violence de leurs efforts, la douleur est un bienfait. Ne soyons donc pas ingrats à son égard, mais, avec saint Jérôme répétons ces vaillantes paroles : Chrislianorum propria virliis est etiam in iis qiise adversa patent referre gratias Créa-

iori : C'est le caractère propre du Chrétien de rendre grâces à Dieu même pour les adversités.

Pro omnibus : Rendons grâces à Dieu pour toutes choses : — C'est-à-dire pour les créatures sans raison, comblées de biens qu'elles ne connaissent pas, et que, par conséquent, elles ne peuvent pas reconnaître.

Les pauvrettes font pourtant ce qu'elles peuvent pour remercier leur Créateur. La fleur, comme un encensoir, lui envoie ses parfums ; l'oiseau laisse tomber de son gosier les notes perlées ou vibrantes, joyeuses ou mélancoliques de sa petite voix ; le vent murmure dans les grands arbres, l'océan monte, s'abaisse, et remonte avec un bruit majestueux ; éveillée par l'aurore, bercée par le crépuscule, la nature est pleine de cantiques. Mais dans ces cantiques, il n'y a pas d'âme. Prêtons notre âme à la nature, et disons avec l'aimable François d'Assise : << Je vous rends grâces, ô mon Dieu, pour ma sœur l'alouette à qui vous avez donné une si joyeuse voix, et qui trouve dans les sillons les grains égarés dont elle nourrit elle et sa chère couvée. Je vous rends grâces pour ma sœur la brebis, si chaudement vêtue par votre providence ; pour elle, je vous remercie des pâturages qu'arrosent vos ruisseaux, que fécondent vos pluies et vos

rosées. Je vous rends grâces pour mon frère, le soleil, et vous remercie de la belle robe de lumière dont vous l'avez paré. Je vous rends grâces, ô Père Céleste, pour toutes mes sœurs les créatures, et vous remercie des biens dont vous les avez comblées ».

Pro omnibus : Rendons grâces pour les pécheurs oublieux et ingrats qui ne regardent jamais la main d'où viennent les bienfaits dont ils jouissent. Ne permettons pas que ces bienfaits soient à jamais méconnus.

Pro omnibus : Rendons grâces pour tous les dons exquis et sublimes de la libéralité divine : les grâces, les vertus, les mérites, la gloire des saints. Ils sont de notre famille, et tout ce qui entre dans notre famille nous appartient. Tous les biens de l'humanité sont un seul bien que l'humanité doit reconnaître par un immense Deo graiias.

Deo Graiias ! Oh 1 la bonne, la sainte, la puissante prière ! » C'est ce qu'il y a de meilleur au monde, dit saint Augustin ; on ne peut rien dire de plus court, rien entendre de plus joyeux, rien comprendre de plus grand, rien faire de plus fructueux : « Hoc nec dici brevius nec audirilseiius,nec intelligi grandius, nec agi fruciuosius quam Deo graiias » .

Nous lisons dans la vie desaint Antonin qu'un paysan des environs de Florence eut un jour l'idëo do lui faire un cadeau.

Revêtu de ses plus beaux habits, il s'achemina vers la ville, emportant avec lui une corbeille de fruits magnifiques qu'il offrit avec de grandes révérences. Le présent était honnête et méritait une récompense. Malheureusement saint Antonin, comme tous les grands donneurs, était rarement muni d'argent. Ce jour-là, il fut pris au dépourvu, et dut se contenter de dire avec un aimable sourire : Deo rjralias. Les yeux ébahis du paysan qui attendait autre chose, semblaient dire au bon archevêque : Deo grntias ! Qu'estce que c'est que cela ? Saint Antonin voyant sa déconvenue, voulut lui montrer le prix de l'action de grâces. Il fit apporter une balance, mit dans l'un des plateaux la corbeille et les fruits, dans l'autre, un petit parchemin sur lequel il écrivit: Deo gralias. Le paysan souriait à ces apprêts ; mais grande fut sa stupéfaction quand il vit le parchemin enlever triomphalement panier, pommes et poires. Il rentra en lui-même, se crut suffisamment payé de son cadeau par la leçon qu'il venait de recevoir; et résolut de remercier Dieu de ses dons, mieux qu'il ne l'avait fait jusqu'alors. Profitons, comme lui, de la leçon que

LES HEUHES

nous donne saint Antonin,et, fidèles au souvenir des bienfaits de Dieu, multiplions les prières de notre reconnaissance.

Allons plus avant, et disons : « Hoi^a est semper : C'est l'heure de prier toujours ». Car ne pouvons-nous pas faire de toute notre vie chrétienne une prière ?

« Les formules, dit saint Thomas, et l'application de l'esprit à la considération et à la contemplation des choses divines, ne peuvent pas durer toujours, mais la religieuse intention et l'amoureux désir d'ordonner notre vie et toutes nos actions au service et à la gloire de Dieu, peuvent et doivent être continuels » i. Saint Paul ne nous dit-il pas : «. Sive manducatis, siue hibilis, sive aliiid cjuid facitis, omnia in gloriam Dei facile ^ : Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez toute autre chose, agissez en tout cela pour la gloire de Dieu ».

D'où il suit que nos actes les plus vulgaires, habituellement pénétrés par de religieuses intentions, peuvent devenir des louanges, des actions de grâces, des appels incessants faits à la pa-

Page 1