Chron., II, 28, # : eo tempore divina apud urbem religio
invaluerat, Petro ibi episcopatum gerente et Paulo... Romam deducto.
vient nous inquiéter dans ce texte, ce n'est plus la légende de la fondation de l’Église de Rome par Pierre et Paul conjointement, ce n’est plus même celle de leur arrivée simultanée dans la Ville, mais bien celle de l’épiscopat organisateur de Pierre, que nous avons examinée aussi et reconnue insoutenable; et Sulpice Sévère en accentue encore l’invraisemblance en supposant que Pierre se trouve à Rome quand Paul y arrive.
Et tous les témoignages qui sont censés établir que Pierre est venu dans la Ville, la question de date et de durée de séjour, répétons-le, laissée à part (ce qui constitue pourtant une belle simplification du problème), tous se lient à des circonstances inadmissibles et se font solidaires de légendes diverses, au besoin contradictoires, mais également fragiles.
Il semble donc que nous nous trouvions enfermés dans une impasse. Si nous acceptons que Pierre a pu venir à Rome et y séjourner indépendamment de Paul, d’abord nous ne savons trop à quel moment placer son voyage; ensuite et surtout, nous ne trouvons pas un seul texte solide pour appuyer notre conviction; les attestations d’une activité romaine de l’Apôtre juif, qui se rencontrent dans les écrits des Pères, établissent entre lui et Paul un rapport invraisemblable ; nous ne pouvons pas accepter que les deux Apôtres aient prêché ensemble dans la Ville et ce serait pourtant par cette seule hypothèse que nous pourrions croire fondée, dans l’état actuel de
notre documentation, la tradition de la prédication romaine de Pierre.
En présence de l’insurmontable difficulté, nous sommes amenés à nous demander si la présence du Prince des Apôtres à côté de l’Apôtre des Gentils correspond à une réalité quelconque et si nous ne nous trouvons pas tout simplement en face d'un phénomène d'attraction facile à comprendre. Le fait certain que Paul est venu dans la Ville et y a séjourné, a pu déterminer, par une sorte de nécessité d’équilibre, la conviction que Pierre, aussi, y a joué un rôle. Cette conviction, si elle est telle que nous Pimaginons dans son origine, a dû se former très naturellement et de bonne heure, dès que le développement de la communauté romaine, dans un milieu riche et particulièrement favorable’, eut assuré à son Église une importance intrinsèque, qu’augmentait encore le prestige unique de la capitale de l'Empire. Elle n’a pu, d’ailleurs, naître qu’en un temps où vivaient encore dans l'esprit des chrétiens les souvenirs de la rivalité que, bon gré mal gré, les deux Apôtres avaient incarnée?, entre le judaïsme et l’hellénisme, et qui créait comme une nécessité de leur attribuer des œuvres équivalentes. Où, mieux que dans la commune évangélisation de Rome, pouvait s’accomplir la réconciliation des deux rivaux et la fusion des
1. Denys de Corruthe loue déjà sa généreuse charité, qui suppose des ressources considérables; les catacombes, qui ont dû coûter fort cher, portent un témoignage de même ordre.
2, Je suis convaincu que l'hostilité entre Pierre et Paul a été beaucoup plus aiguë après leur mort que de leur vivant.
deux conceptions différentes de la foi ? Comment exprimer sous une forme plus saisissante la réalité qui se mauifesta au cours du n° siècle, quand les Églises judéo-chrétiennes,s’enfermant dans leur foi première sans issue et s’isolant dans leur Orient syrien, laissèrent la voie libre au syncrétisme nécessaire qui unit la tradition synoptique, la paulinienne et la johannique ?
Avant de nous prononcer sur la valeur de l’hypothèse que notre incertitude nous suggère, il nous faut cependant encore considérer la tradition du séjour de Pierre à Rome sous une autre de ses faces. Suivant le dire de textes assez nombreux, l’Apôtre se serait rendu dans la Ville pour combattre et confondre Simon le Magicien’. Essayons donc de voir si cette histoire mérite confiance.